MTOTO, préhistoire

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Connue depuis 2013, la grotte de Panga ya Saidi, située au Kenya, à quelque 15 kilomètres des côtes, au nord de Mombasa, a livré de nombreux restes lithiques. Mais c’est en 2017, lors de nouvelles fouilles menées par une équipe internationale que fut découverte (et publiée en 2021) la sépulture d’un enfant baptisé Mtoto (« enfant », en kiswahili) dans des niveaux, riches en outils taillés et en faune, qui ont été datés de 78 300 ans (± 4 100) par la méthode de luminescence optiquement stimulée (Optically Stimulated Luminescence ou OSL).

Reconstitution de Mtoto, l’enfant de Panga ya Saidi (Kenya)

Photographie : Reconstitution de Mtoto, l’enfant de Panga ya Saidi (Kenya)

Les images de gauche (en haut, vue de face ; en bas, vue du dessus) sont des reconstitutions 3D des scanners du fossile de Mtoto (parties squelettiques retrouvées figurant en blanc) superposées sur un squelette virtuel semi-transparent de comparaison. Les images de droite correspondent à une... 

Crédits : Jorge González/ université de Floride ; Elena Santos/ université Complutense de Madrid

Afficher

Une fosse circulaire, située à trois mètres de profondeur, renfermait le squelette articulé (os en connexion) d’un enfant d’Homo sapiens ancien âgé de deux ans et demi à trois ans (âge estimé sur son anatomie dentaire) trouvé en position fœtale, suggérant un enterrement volontaire et non pas un simple ensevelissement (M. Martinón-Torres et al., 2021). L’inhumation est confirmée par plusieurs indices : les dépôts préservés dans la fosse sont différents des autres sédiments alentour (une fosse a donc été creusée pour déposer l’enfant) ; l’analyse du mode d’enfouissement (taphonomie) montre que les articulations entre les os ne sont pas déplacées, indiquant que le corps avait été déposé sur de la terre ; et, enfin, les études histologiques sur des fragments (altération de l’os, bioérosion) et des microstructures osseuses confirment une putréfaction locale du corps. Un léger basculement des os mais aussi la compression de la cage thoracique avec une rotation des premières côtes indiquent une compaction du corps dans la sépulture et(ou) que le corps était enveloppé dans un linceul. C’est cette dernière hypothèse qui est privilégiée par les chercheurs. Le crâne était dissocié du reste du squelette et sa position a conduit les chercheurs à envisager que la tête de l’enfant reposait sur un oreiller et que suite à la désintégration de ce dernier, celle-ci serait tombée. Quelques os apparaissaient en surface des sédiments mais, en raison de leur extrême fragilité, ils ont été sortis en un seul bloc, qui a été transporté puis scanné à Burgos (Espagne), permettant d’y observer le squelette et de l’étudier.

Les comparaisons dentaires avec des Néandertaliens et des Homo sapiens fossiles et récents ont révélé de fortes ressemblances avec ces derniers malgré la présence de quelques caractères plus primitifs (émail fortement crénelé et tubercules accessoires) que ceux des hommes modernes.

Des morceaux d’achatine (un grand escargot) ont été trouvés près de l’enfant, mais rien ne permet d’attester qu’ils ont été cassés intentionnellement.

Les plus anciennes inhumations ont été mises au jour au Proche-Orient (100 000 ans en Israël, à Qafzeh). Entre 300 000 et 50 000 ans environ (à peu près à l’époque où se développent les Néandertaliens en Europe), les cultures du Middle Stone Age (ou MSA ; époque de la préhistoire africaine correspondant au Paléolithique moyen européen) émergent en Afrique et certaines sont associées aux premiers Homo sapiens. Le site de Panga ya Saidi a livré la première sépulture d’Afrique orientale du MSA. Les inhumations de cet âge sont assez rares, particulièrement en Afrique où seulement deux autres sépultures d’Homo sapiens anciens sont connues : en Égypte à Taramsa Hill (69 000 ans) et en Afrique du Sud à Border Cave (74 000 ans).

En resituant la découverte dans un contexte plus global, il est certain que l’Europe a livré de très nombreuses sépultures d’un âge proche, alors que trois seulement ont été mises au jour en Afrique. Cela pourrait s’expliquer par le fait que peu de gisements d’un âge similaire ont été découverts sur le continent africain – et qu’il reste encore un énorme travail de prospection à réaliser – plus que par des comportements différents dans ces deux zones géographiques. Notons par ailleurs que la dépouille de Mtoto a fait l’objet d’un soin réel, posant la question de savoir si les enfants bénéficiaient de traitements particuliers après leur mort. Cette découverte exceptionnelle permet d’appréhender les comportements funéraires chez de proches ancêtres et de combler la connaissance sur les rites funéraires et leur diversité en Afrique. Mais l’intérêt du gisement ne se limite [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : professeure de première classe au Muséum national d'histoire naturelle

Classification

Pour citer l’article

Brigitte SENUT, « MTOTO, préhistoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mtoto-prehistoire/