MODIFICATION ARTIFICIELLE DU TEMPS ET DU CLIMAT

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Les perturbations atmosphériques peuvent avoir des conséquences catastrophiques. Elles font chaque année près de 1,5 million de victimes et entraînent des pertes économiques évaluées à plus de 900 milliards d’euros. D’après l’Organisation météorologique mondiale (OMM), plus de 90 % des catastrophes naturelles sont d’origine météorologique.

Dans des régions désertiques comme le Sahel, les grandes sécheresses entraînent la destruction des cultures et mettent en cause la vie de millions de personnes. Même sous des climats tempérés, l’absence de précipitation a des conséquences économiques et humaines importantes : en France la sécheresse de 2003 aurait coûté plus de 2,8 milliards d’euros.

Si l'absence de nuages précipitants engendre la sécheresse, leur présence peut devenir tout aussi dramatique et provoquer des inondations dévastatrices ou donner naissance à des chutes de grêle, des foudroiements, des coups de vent violents, des tornades ou des cyclones, phénomènes que les évolutions climatiques, annoncées, pourraient rendre encore plus nombreux, plus violents et plus catastrophiques.

Il n’est donc pas surprenant que, depuis la nuit des temps, l’être humain cherche à contrôler les éléments atmosphériques qui le menacent et détruisent ses récoltes et ses biens. Les méthodes utilisées ont suivi l’évolution de la pensée et des connaissances, sans toujours pouvoir effacer une certaine persistance des croyances et des superstitions.

Pendant longtemps, il s’agissait d’intervenir à petite échelle pour essayer de forcer un nuage à fournir de la pluie ou l’empêcher de grêler, de dissiper les brouillards pour augmenter la visibilité, voire de les épaissir pour des opérations de camouflage, ou encore de modifier ou détourner les cyclones tropicaux. Aujourd’hui, avec un changement climatique en cours, les projets changent d’échelle : il ne s’agirait plus d’agir localement, mais rien de moins que refroidir la planète dans sa totalité.

Ainsi, les projets de modification artificielle du temps ne manquent pas. La question est de préciser dans quelle mesure les connaissances sur la physique de l’atmosphère permettraient de les réaliser.

Le bruit et la pluie

Il fut un temps où faire la pluie et le beau temps était l’affaire de Dieu, des dieux et des démons. Ce sont eux qu’il fallait apitoyer, séduire ou circonvenir. Les rituels pour faire venir la pluie sont de toutes les cultures, le plus souvent enracinés dans des rites de fécondité et d’une grande complexité symbolique, surtout là où la sécheresse est une menace mortelle. Les rituels des orages et de la grêle sont en général plus simples : il s’agit de combattre puisque l’on ne peut pas composer. Après avoir imploré les dieux par des prières, des offrandes, des sacrifices, ou sonné les cloches des églises pour chasser le diable et les démons censés habiter les orages, les hommes ont osé s'attaquer directement aux phénomènes météorologiques redoutés. On peut imaginer qu’on ait depuis toujours cherché à menacer les éléments hostiles comme on menace ses adversaires, avec des cris et des armes. Un rituel languedocien des orages du début du xve siècle en donne bien l’esprit : si les imprécations et les sonneries de cloches « pour le bien de la Terre » (al be de la tera) ne servent à rien, alors on jette des pierres ou même les chaussures du curé en direction des nuages pour détourner l’orage du village. Dans un mouvement plus technique, considérant les nuages comme des outres, on leur tira dessus pour tenter autant de les crever et les obliger ainsi à libérer leurs pluies que de les détruire avant qu’ils ne produisent de la grêle ou des foudroiements. Aux arcs succédèrent les arbalètes, les fusils, les canons et les fusées. Ainsi, en 1527, Benvenuto Cellini aurait préservé Rome de la grêle grâce à un tir d'artillerie soutenu contre les nuées d’orage.

Canons à grêle

Photographie : Canons à grêle

À la fin du XIXe siècle, l'usage de canons à grêle s'est répandu. L'hypothèse était que l'émission de turbulences toriques à partir d'un canon conique chargé d'explosif perturberait la formation de la grêle. Sur ce dessin du Petit Journal du 7 juillet 1901, on voit plusieurs canons... 

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L’association du bruit aux précipitations est une constante de toutes les époques et de toutes les cultures : les fortes pluies ne sont-elles pas le plus souvent précédées de coups de tonnerre ? En 1890, cherchant à donner à ce lien un contenu scientifique, le Congrès américain accepta de financer des opérations visant à déclencher la pluie avec des charges explosives transportées à l’aide de ballons ou de fusées. L'objectif affiché était de générer suffisamment de bruit pour provoquer des tremblements de l'air capables de modifier la formation des gouttes de pluie. On a ainsi vu l'essor d’une variété de moyens explosifs destinés à perturber les nuages tant pour provoquer la pluie que pour fragmenter les grêlons ou les empêcher de se former. En 1900, en Autriche, en Italie et en France, on comptera ainsi plus de 15 000 canons paragrêles composés d'un entonnoir pouvant atteindre 9 mètres de hauteur et chargés de poudre (jusqu’à 9 tonnes), pour produire des vibrations de l’air dirigées vers les nuages menaçants.

Juste après la guerre de 1914-1918, en France, on recyclera une partie des canons antiaériens de l'armée pour des opérations qui s'avérèrent rapidement d’un coût prohibitif et particulièrement dangereuses : les obus explosifs en acier laissaient retomber des éclats sur les populations. Vers 1937, ce sont des bombes chargées d'un explosif à base de chlorate de potassium ou de sodium et de dinitrotoluène (cheddite) qui seront larguées, à partir d'avions, dans les nuages. Entre 1900 et 1952, les fusées paragrêles explosives devinrent extrêmement populaires.

Même s’il existe encore aujourd’hui des partisans des canons paragrêles, on sait désormais que la production de bruits et de vibrations de l’air a peu d’effet sur les précipitations. Et les théories qui sous-tendaient ce type d’application ne sont pas cohérentes avec la physique de la formation des nuages et des précipitations.

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Canons à grêle

Canons à grêle
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Collection de l’eau des brouillards

Collection de l’eau des brouillards
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Ensemencement de nuages pour provoquer la pluie

Ensemencement de nuages pour provoquer la pluie
Crédits : UAEREP

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Jean-Pierre CHALON, « MODIFICATION ARTIFICIELLE DU TEMPS ET DU CLIMAT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/modification-artificielle-du-temps-et-du-climat/