ROUX-SPITZ MICHEL (1888-1957)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Michel Roux-Spitz occupe une place centrale dans le débat architectural français entre 1925 et 1950. Partisan et artisan d'une modernité qui ne renie ni les leçons de l'histoire ni la mutation des techniques constructives, il se pose en héraut d'une architecture spécifiquement française, héritière du rationalisme tout autant que du classicisme.

Né en 1888 à Lyon, élève de l'atelier Redont-Recoura à l'École des beaux-arts de Paris, Michel Roux-Spitz obtient le grand prix de Rome en 1920. Ses premières constructions lyonnaises (école et dispensaire dentaire, salle des fêtes de la Croix-Rousse, 1924-1929) témoignent de la forte influence de son maître local Tony Garnier, mais aussi d'Auguste Perret avec la nette affirmation de la structure en béton armé, les remplissages de briques ou encore l'utilisation des claustras. Toutefois, Roux-Spitz s'oriente rapidement vers une voie plus personnelle. Installé à Paris, il livre en 1925 un immeuble de rapport, rue Guynemer, dont la clarté des espaces et la finesse de l'écriture seront immédiatement reconnus : le bow-window à trois pans de la façade sur rue est repris par de nombreux architectes, Roux-Spitz développant lui-même ce dispositif, devenu un véritable type (quai d'Orsay, 1928-1931 ; boulevard du Montparnasse, 1930-1931 ; boulevard d'Inkermann à Neuilly, 1929-1931). L'immeuble Ford, boulevard des Italiens et, dans une moindre mesure, les ateliers d'artistes de la rue de la Cité-Universitaire (1931), montrent pour leur part les possibilités d'adaptation de la doctrine de Roux-Spitz à des programmes plus spécifiques.

Très présent dans le débat des années 1930, Roux-Spitz s'élève contre ce « nouveau formalisme » qu'incarne selon lui l'architecture de Le Corbusier et de ses disciples. En cela, il se rallie aux positions de Perret, dont il ne suit cependant pas entièrement les théories : peu soucieux de donner au béton armé la noblesse des matériaux traditionnels, Roux-Spitz recourt le plus souvent au plaquage de pierre, qu'il met en œuvre – pour une clientèle aisée le plus souvent – avec un soin particulier. Architecte des Postes, architecte des Bâtiments civils et Palais nationaux, il applique une logique de construction rigoureuse, voire austère, à chacun de ses chantiers : le central des chèques postaux, rue des Favorites à Paris (1932-1935), la direction régionale des P.T.T. à Lyon (1935-1938) ou, à Versailles, le dépôt annexe de la Bibliothèque nationale (1933) dont il réalise par ailleurs le département des Estampes à Paris (1938-1945).

Rédacteur en chef de la revue L'Architecte, entre 1925 et 1932, Roux-Spitz milite notamment pour la création d'un Ordre des architectes visant à « séparer nettement l'exercice de l'architecture, profession libérale, de celui de l'entreprise, profession commerciale ». À partir de 1943, et jusqu'en 1950, il dirige la revue L'Architecture française ; profitant de cette tribune mensuelle, Roux-Spitz attaque violemment les partisans d'une reconstruction basée sur la préfabrication et la normalisation. Nommé professeur de théorie à l'École des beaux-arts en 1943, il y poursuit son credo pour un nouveau classicisme, « à riches dessous scientifiques et techniques ».

Peu féru d'urbanisme, Michel Roux-Spitz achève sa carrière avec la reconstruction de la ville de Nantes, où il édifie notamment l'ensemble de logements des Hauts Pavés (1947) et le Centre hospitalier régional, à structure métallique (1947-1963, achevé par son fils Jean). À Paris, il est chargé de la restructuration de l'îlot insalubre no 16 dans le Marais : procédant à un savant mélange de restauration et de curetage des immeubles, il tente de reconvertir ce quartier en cité d'intellectuels. Il meurt en 1957 à Dinard, dans la villa qu'il s'était construite à partir de 1938, son œuvre à la fois la plus personnelle et la plus complexe : alliant composition classique, construction en béton armé – notamment pour l'étonnant porte-à-faux du salon – et parement de granit local, elle incarne à la fois le savoir-faire, la cohérence et les ambiguïtés de cet architecte, qui fut également un excellent décorateur.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  ROUX-SPITZ MICHEL (1888-1957)  » est également traité dans :

PARIS

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre BABELON, 
  • Michel FLEURY, 
  • Frédéric GILLI, 
  • Daniel NOIN, 
  • Jean ROBERT, 
  • Simon TEXIER, 
  • Jean TULARD
  •  • 32 099 mots
  •  • 21 médias

Dans le chapitre « Moderniser la capitale »  : […] La modernisation est dans un premier temps purement théorique, comme la mission de définition de nouveaux types d'immeubles de logements, confiée à Michel Roux-Spitz en 1941. Les recommandations de l'architecte orienteront toutefois la construction des premières opérations menées par l'Office public d'H.L.M. de la Ville de Paris en 1950-1952. Mais la crise du logement impose une échelle et un d […] Lire la suite

URBANISME - L'urbanisme en France au XXe siècle

  • Écrit par 
  • Simon TEXIER
  •  • 10 184 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Une nouvelle doctrine urbaine »  : […] La politique urbaine menée à Paris par le gouvernement de Vichy, notamment sur le développement de l'équipement sportif de la ceinture, trouvera après guerre certains prolongements. La Ville de Paris avait ainsi confié à l'architecte Michel Roux-Spitz l'étude de nouveaux types d'immeubles de logements. Publiée en 1946, elle constitue la base doctrinale de nombreuses opérations réalisées par l'Off […] Lire la suite

Pour citer l’article

Simon TEXIER, « ROUX-SPITZ MICHEL - (1888-1957) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-roux-spitz/