MÉROÉ

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

C'est sans doute à la dévastation de Napata, lors du raid égyptien de Psammétique II en ~ 591, qu'il faut attribuer le transfert de la capitale koushite de Napata à Méroé, c'est-à-dire, bien au-delà vers le sud, non loin de la sixième cataracte du Nil. Napata demeura toutefois la capitale religieuse du royaume ; aussi les souverains continuèrent-ils à se faire enterrer dans la nécropole de Nouri jusqu'à la fin du ~ ive siècle.

Méroé

Photographie : Méroé

Méroé (Nubie). Vue des pyramides. 

Crédits : Valerian Guillot/ Flickr ; CC-BY 2,0

Afficher

-600 à -200. Philosophes et conquérants

Vidéo : -600 à -200. Philosophes et conquérants

Éveil philosophique en Méditerranée. Les Achéménides au Moyen-Orient. Monte Albán en Amérique centrale. Alexandre le Grand.Le milieu du Ier millénaire avant J.-C. est une époque de conquêtes.Dans les steppes de Sibérie, les Xiongnus fondent une vaste confédération de tribus, aussi... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

En ~ 525 se dessine la menace perse ; l'armée de Cambyse ne put franchir la deuxième cataracte du Nil et dut se replier avec de lourdes pertes ; pourtant, les Perses ont compté les habitants de Koush parmi leurs sujets ; faut-il admettre qu'une frange de la Nubie était restée dans leur obédience ?

Le transfert de la capitale à Méroé peut aussi s'expliquer par des raisons climatiques et économiques. Aux ressources de l'élevage s'ajoutaient celles de l'agriculture, fort possible dans cette zone de pluies d'été ; de vastes bassins d'irrigation (hafirs) furent creusés à proximité des grands sites. Le commerce devait être actif ; Méroé constituait un carrefour de choix pour les voies caravanières entre la mer Rouge, l'Érythrée, le haut Nil et le Tchad. Mais surtout, l'abondance relative des arbres et des buissons fournissait le combustible nécessaire au traitement du fer ; des amoncellements de scories attestent à Méroé l'ampleur d'une activité industrielle intense : Méroé a pu être appelée avec quelque exagération la Birmingham de l'Afrique.

Les premières fouilles de la ville antique, qui s'étend en une vaste zone sur la rive est du Nil, près du village moderne de Begarawiya, datent de 1909-1914, et de nombreux secteurs sont restés longtemps inexplorés. Les travaux, qui ont repris sur le site depuis 1965, ont permis de découvrir des fours destinés au traitement du minerai de fer et d'étudier des temples qui fournissent de précieux repères chronologiques, l'histoire de la ville demeurant bien mal connue.

C'est à l'est de la cité que sont situés les principaux monuments et les nécropoles. Le temple d'Amon, dieu dynastique, est construit en brique, entouré d'une enceinte ; son plan ne diffère pas grandement de celui des sanctuaires égyptiens ; son téménos renferme des édifices royaux. Une autre enceinte, accolée à celle du temple, groupe des palais et des thermes. Ce complexe semble remonter au ~ vie siècle, mais l'occupation majeure se situe du ~ iie siècle au ier siècle après J.-C. Des ruines qui s'étendent à environ deux kilomètres à l'est de la ville doivent peut-être s'identifier au temple du Soleil dont parle Hérodote (II, 29) : une rampe conduit à une plate-forme qui supporte le sanctuaire entouré d'un portique à colonnes ; les murs extérieurs de ce podium sont décorés de reliefs représentant des prisonniers, des scènes de victoires et de processions ; l'édifice semble dater du règne d'Aspelta (~ vie siècle), il a été restauré à la fin du ~ ier siècle. Le temple du lion Apedemak, dieu typiquement méroïtique, fut construit au sommet d'un crassier, également à l'est de la ville ; le seul témoignage chronologique est une base de statue au nom du roi Teqerideamani (246-266). Au nord de l'enceinte royale se trouve le temple dit d'Isis. Dans son état le plus récent, il date de la fin du ~ ier siècle. D'autres temples de la cité sont bien mal connus ; au nombre des dernières découvertes se comptent plusieurs sanctuaires qui jalonnent une allée d'honneur menant à l'entrée principale du grand temple d'Amon.

Un peu plus à l'est de la cité se pressent les nécropoles civiles : au nord les plus anciennes, du ~ ier siècle à la fin du iie siècle ; au centre et au sud, des sépultures s'échelonnant jusqu'à la fin de l'époque méroïtique. Elles sont toutes à peu près du même type ; le caveau est recouvert en surface d'un monticule de sable ou de gravier ; les corps sont souvent placés sur des lits de bois, selon la coutume locale.

De nombreuses tombes privées ont également été trouvées dans les nécropoles royales, qui s'étendent encore plus loin vers l'est et forment trois groupes nettement séparés. Plus que les temples, ce sont les cimetières qui nous renseignent sur l'histoire de l'Empire méroïtique. Informations bien fragmentaires cependant, car des périodes entières demeurent encore totalement obscures. Le cimetière sud, le plus ancien, se compose surtout de fosses privées — plus de deux cents. D'autres sont des mastabas ou des pyramides appartenant probablement à des membres [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Médias de l’article

Méroé

Méroé
Crédits : Valerian Guillot/ Flickr ; CC-BY 2,0

photographie

-600 à -200. Philosophes et conquérants

-600 à -200. Philosophes et conquérants
Crédits : Encyclopædia Universalis France

vidéo

Stèle du roi Ezana

Stèle du roi Ezana
Crédits : Merilyn Thorold, Bridgeman Images

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

  • : secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres

Classification

Autres références

«  MÉROÉ  » est également traité dans :

AFRIQUE NOIRE (Arts) - Histoire et traditions

  • Écrit par 
  • Jean DEVISSE, 
  • Francis GEUS, 
  • Louis PERROIS, 
  • Jean POLET
  • , Universalis
  •  • 6 686 mots

Dans le chapitre « L'art méroïtique »  : […] On ne connaît pas l'origine des hommes qui prirent en main au viii e  siècle avant J.-C. les destinées de la Nubie, mais, s'ils furent sans conteste les héritiers des rois de Kerma et de leurs éventuels prédécesseurs de Qoustoul, ils se réclamèrent vigoureusement des traditions de l'Égypte pharaonique. S'appuyant sur Amon, dieu suprême de l'Égypte thébaine, et sur son clergé de Napata, où un temp […] Lire la suite

ÉGYPTE ANTIQUE (Histoire) - L'archéologie

  • Écrit par 
  • Jean LECLANT
  •  • 9 481 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Archéologie du Soudan »  : […] Passons à des centaines de kilomètres au sud vers un autre domaine, où le patrimoine mondial a failli connaître un désastre irrémédiable : la Nubie et le nord du Soudan. Tous ont encore en mémoire les appels lancés dans les années 1960 par l'U.N.E.S.C.O. en faveur du sauvetage des vestiges de la Nubie vouée à la submersion sous les eaux du grand lac Nasser. Comme nous l'avons rappelé, des dizaine […] Lire la suite

FALACHAS

  • Écrit par 
  • Vittorio MORABITO
  •  • 2 197 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Des origines entre légende et histoire »  : […] Quant à l'histoire, Friedmann cherche habilement à se rapporter aux diverses opinions sur la question controversée des origines des Falachas. La tradition amharique et la tradition des Juifs éthiopiens font référence au roi Salomon (972 env.-env. 932 av. J.-C.) et à la séduction déployée par la reine de Saba pour expliquer l'origine des dynasties et l'ensemble historico-culturel de l'Éthiopie. Un […] Lire la suite

PYRAMIDE

  • Écrit par 
  • Jean-Philippe LAUER
  •  • 8 785 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « Les dernières pyramides »  : […] En plus des deux pyramides de la XIII e dynastie déjà citées, une seule autre, au massif de brique crue presque rasé (de 100 coudées de côté), située à environ un kilomètre au sud de celle d'Amenemhat III à Dahchour, est attribuable à l'un des nombreux rois de la II e Période intermédiaire ; portant le nom d'Ameny ‘Aamou (l'Asiatique), ce roi serait peut-être l'un de ces Hyksos (XV e -XVI e dyn […] Lire la suite

SOUDAN, ROYAUMES SUR LE NIL (exposition)

  • Écrit par 
  • Catherine BERGER-EL NAGGAR
  •  • 1 380 mots

Aux royaumes du Nil, ignorés du grand public, pour qui trop souvent la vallée se résume aux célèbres pyramides et à l'éclat des Ramsès, l'Institut du monde arabe a consacré, du 5 février au 31 août 1997, une exposition remarquable au succès bien mérité ; car, à l'abri des cataractes qui coupent le fleuve à six reprises entre Assouan et Khartoum, des civilisations originales se sont succédé dans c […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean LECLANT, « MÉROÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/meroe/