HAGGARD MERLE (1937-2016)

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Merle Haggard fut une des dernières superstars incontestées de la country music. Et ses innombrables disques d'or ne l'ont jamais empêché de dire sans détour ce qu'il pensait. Ses critiques acerbes du Nashville sound – le « son de Nashville », système de production tirant la country vers des variétés affectées et sirupeuses – et des vedettes aseptisées que le système a engendrées n'ont fait que renforcer sa réputation de conscience morale de la « vraie » country music, élaborée au cours de quatre décennies d'une carrière exemplaire.

Merle Ronald Haggarerd naît à Bakersfield (Californie) le 6 avril 1937. Enfant d'une famille misérable du Dust Bowl de l'Oklahoma, région rendue célèbre par Woody Guthrie, Merle braque très jeune une banque, ce qui lui vaut un séjour au pénitencier de San Quentin, où il a l'occasion d'assister au spectacle donné par Johnny Cash en 1958. Il rencontre en prison un musicien de country qui lui apprend son art et lui fait partager son admiration pour le western swing de Bob Wills. Libéré, il décide de devenir musicien et regagne Bakersfield. Il s'y mêle aux différents acteurs de la country music locale, à la fois traditionnelle et innovante, dominée par Buck Owens, qui l'enregistre en 1963. Ces 45-tours attirent sur Merle – sa voix chaude et virile, ses compositions sensibles et son orchestration simple mais efficace dans le style honky tonk – l'attention d'un public lassé des sucreries indigestes de Nashville.

En 1966, Haggard forme son orchestre, The Strangers, et signe un contrat avec le label Capitol, entamant une carrière discographique dense et aussi riche en qualité qu'en succès (Strangers, Swinging Doors, I'm a Lonesome Fugitive, Branded Man, Sing Me Back Home...). Son refus de tout compromis, autant dans les orchestrations que dans le ton direct et souvent décapant de ses textes (The Fightin' Side of Me, Daddy Frank, Workin' Man Blues ou Okie from Muskogee), lui attirera souvent les foudres des bien-pensants de tout bord mais aussi, en contrepartie, la fidélité d'un public de plus en plus nombreux. Outre sa voix sensuelle, Haggard est également un excellent guitariste de jazz, à la façon des orchestres de western swing, et il affirmera à la revue de jazz Down Beat souhaiter que l'on se souvienne de lui d'abord pour ses solos de guitare !

Merle Haggard utilise d'ailleurs sa popularité pour faire partager ses goûts pour ce type de country music teintée de jazz, alors un peu tombé en désuétude. L'album-hommage à Bob Wills qu'il enregistre en 1970, A Tribute to the Best Damn Fiddle Player in the World, va remettre en selle le créateur du western swing et entraîner une renaissance du genre, qui perdure.

Avec l'avènement dans les années 1970 de la « outlaw country » (country hors-la-loi), la musique de Merle Haggard apparaît moins originale sur la scène d'une country music davantage dominée par le mouvement outlaw. En 1977, Haggard quitte Capitol pour MCA, un label avec lequel il ne se sentira jamais à l'aise. Bien qu'il réussisse malgré tout à obtenir des succès avec ses disques (Red Bandana, The Way I Am), Merle décide de prendre un peu de champ avec la musique, se consacre à la rédaction de ses mémoires et entreprend une petite carrière cinématographique, jouant notamment dans Bronco Billy (1980) de Clint Eastwood, qui devient son ami. Il encourage Clint, lui-même grand amateur de country music, à chanter et ils forment un duo qui obtient en 1981 une surprenante première place dans le Top 40 avec Bar Room Buddies ! Haggard décide alors de produire lui-même ses disques. Il peaufine encore davantage ses textes, souvent remarquables (Big City, Are The Good Times Really Over ?), enregistre de nombreux duos avec son épouse Leona Williams, George Jones, Willie Nelson ou Janie Fricke. L'âge venant, et bien qu'il ne cesse d'enregistrer et de jouer sur scène, Merle cultive surtout son image de patriarche, observateur sans concessions d'une country music qu'il juge excessivement commerciale. Il meurt à Palo Cedro en Californie le 6 avril 2016, jour de son soixante-dix-neuvième anniversaire.

Les quatre CD Drinkin' (Capitol 34452), Prison (Capitol 34453), Hurtin' (Capitol 34454) et Cheatin' (Capitol 34455) présentent, selon un classement thématique très réussi, l'essentiel des réalisations magistrales de Haggard pour Capitol. Le coffret de quatre CD Down Every Road, 1962-1994 (Capitol 35711) regroupe l'essentiel de l'œuvre de Merle Haggard.

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Gérard HERZHAFT, « HAGGARD MERLE - (1937-2016) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/merle-haggard/