WILLS BOB (1905-1975)

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Bob Wills a créé le western swing en réalisant une remarquable fusion entre le jazz, le blues et toutes les tendances existantes de la country music.

James Robert Wills naît à Kosse, dans le comté de Limestone, au Texas, le 6 mars 1905. Fils d'un violoniste réputé, Bob Wills apprend cet instrument et, dès l'âge de huit ans, accompagne son père dans les bals du samedi soir. Bob assimile alors toutes les musiques qu'il entend : airs de fiddle, thèmes mexicains des vaqueros, chansons des cow-boys, valses et polkas des immigrants d'Europe centrale et, surtout, jazz et blues noirs, qui constitueront le soubassement de sa musique. Il va introduire ainsi dans la country music les blue notes, les rythmes syncopés, le swing, le sens de l'improvisation, la pulsation des orchestres de jazz de La Nouvelle-Orléans, bref cette exubérance, sur scène et au disque, qui fera son succès.

Wills se fait bientôt engager dans un medicine show ; grâce à ce spectacle itinérant, il rencontre d'autres musiciens texans qui partagent ses idées novatrices, notamment Milton Brown, un fan de jazz néo-orléanais. Les deux hommes enregistrent en février 1932 deux titres swinguants qui assoient leur réputation dans tout le Texas et tout l'Oklahoma. Mais des divergences personnelles les séparent, Milton Brown étant appelé à graver lui aussi une magnifique œuvre pionnière interrompue brutalement en 1936 par sa mort accidentelle.

Bob Wills fonde alors les Texas Playboys, un formidable orchestre plein d'énergie, d'entrain et de vitalité, qui comprendra de superbes solistes, comme le chanteur Tommy Duncan, le steel guitariste à la façon hawaïenne Leon McAuliffe, le pianiste Al Stricklin ou encore Eldon Shamblin, un pionnier de la guitare électrique. Sans oublier, au fur et à mesure des années, quatre fiddles, une section de cuivres, une contrebasse et une batterie... Grâce à « Playboy Time », un programme radiophonique quotidien qu'il diffuse depuis Tulsa (Oklahoma) jusqu'en Californie, Bob Wills accroît très vite son audience. Bob Wills And His Texas Playboys animent alors de gigantesques salles de bal où se mêlent cow-boys et ouvriers du pétrole.

En septembre 1935, Wills commence à enregistrer une œuvre copieuse (qu'il poursuivra jusqu'en 1973 !) et globalement brillante. Cette combinaison des instruments du jazz et de la country music, ce mariage si réussi entre deux feelings a priori très différents donnent un résultat remarquable. Les Texas Playboys sont alors véritablement irrésistibles. Quoi qu'ils jouent – et leur répertoire est extraordinairement varié, allant du blues au standard de jazz en passant par un air de square dance, une ballade de cow-boy, un morceau de variétés à la mode... –, ils déploient une virtuosité, une décontraction, une vitalité, une joie débridée et un swing qui transforment le morceau le plus terne en une pièce rythmée qui appelle la danse.

Les succès commerciaux s'enchaînent (New San Antonio Rose, Take Me Back to Tulsa, Stay a Little Longer...). À la fin des années 1930, Wills est contacté par les studios hollywoodiens afin de jouer dans différents westerns chantants. Il s'installe alors en Californie, suivant en cela son public texan, venu travailler en masse dans les usines de la côte ouest, dopées par l'effort de guerre. Afin d'honorer la demande, qui est forte, Bob crée plusieurs orchestres familiaux, confiés à son père John et à ses frères Johnnie Lee, Luke et Billy Jack, afin d'être présent partout et tous les soirs !

Mais Bob Wills a tant marqué public et musiciens qu'il doit faire face désormais à la concurrence de nombreuses formations rivales, souvent très talentueuses et plus ouvertes aux nouvelles tendances musicales de l'après-guerre. D'un caractère ombrageux, presque paranoïaque, il vit très mal l'arrivée de ceux qu'il considère comme des plagiaires. Alors que les années 1950 voient le western swing peu à peu supplanté par ses rejetons directs comme le country boogie et le rock'n'roll, Bob Wills doit tourner de façon incessante afin de payer ses traites. Une série de crises cardiaques l'obligent cependant à dissoudre en 1964 ses Texas Playboys et à ralentir ses prestations.

C'est alors qu'il voit arriver à lui quantité de jeunes musiciens de la nouvelle country music – comme Merle Haggard ou Johnny Cash –qui se pressent pour le rencontrer et lui rendre hommage. Cela engendre au début des années 1970 un mouvement de renaissance du western swing (« western swing revival ») qui s'est poursuivi avec des groupes comme Asleep at the Wheel. En 1968, Nashville, qui avait jadis tant décrié et combattu Bob Wills – pour « alcoolisme et atteinte aux bonnes mœurs » –, lui réserve un triomphe. Il est intronisé par la Country Music Association au panthéon de cette musique, le Country Music Hall of Fame. Mais Bob Wills est désormais un homme épuisé par les années de tournées, les nuits blanches, les excès d'alcool. En mai 1969, il est terrassé par une crise d'hémiplégie dont il ne se remettra jamais. Il meurt à Fort Worth (Texas), le 13 mai 1975.

L'œuvre de Bob Wills, l'une des plus riches et des plus importantes de la musique américaine, n'a cessé d'inspirer des générations de musiciens autant dans la country music que dans les variétés, le jazz (Charlie Parker fut l'un de ses admirateurs) et, surtout, le rock'n'roll, genre que le western swing anticipait de manière évidente.

San Antonio Rose (Bear Family), somptueux coffret comprenant onze CD et un DVD consacré au film Take Me Back To Oklahoma, de Albert Herman (1940), couvre la meilleure partie de l'œuvre de Bob Wills, de 1932 à 1947. Le coffret de deux CD Bob Wills And His Texas Playboys (Frémeaux & Associés FA 164) présente une sélection de ses meilleurs titres. Le double CD Boot Heel Drag : The MGM Years (Mercury Nashville) écrème l'œuvre plus tardive de Bob Wills.

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WESTERN SWING

  • Écrit par 
  • Gérard HERZHAFT
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Le western swing, qui a opéré dès les années 1930 une étonnante synthèse de la country music et du jazz, est l'une des racines précoces et essentielles du rock'n'roll. Cette country music texane, sorte de hillbilly jazz pratiqué par des musiciens en tenue de cow-boys, connaîtra un succès foudroyant. Ce genre est issu des bals du Texas qui, au xix e  siècle, réunissent dans les ranches des fêtards […] Lire la suite

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Gérard HERZHAFT, « WILLS BOB - (1905-1975) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bob-wills/