NUSSBAUM MARTHA (1947- )

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La question de la vie bonne

Le livre qui fait connaître Nussbaum paraît en 1986. The Fragility of Goodness (1986 ; trad. fr. 2016) pose la question de la possibilité de la vie bonne pour des êtres vulnérables, en proie au besoin et exposés à la fortune. Nussbaum y examine la manière dont les Grecs ont répondu à ce problème en se concentrant sur les approches des poètes tragiques, de Platon et d’Aristote, et soutient que seul ce dernier a su y apporter une réponse convaincante. Tout en soulignant que la vie bonne dépend de la formation d’un bon caractère et de la pratique délibérée de la vertu, Aristote reconnaît en effet la dépendance de la vie bonne à l’égard de biens qui ne dépendent pas de nous. Sa philosophie se fonde sur une vision de l’être humain comme être « vulnérable et capable » et transcende, selon Nussbaum, les oppositions entre raison et émotion, activité et passivité, individu et collectivité, qui empêchent de saisir la vie humaine dans sa complexité.

Parce qu'elle dépend des efforts de l’individu et de sa bonne fortune, mais aussi de l’organisation de la communauté politique, la question de la vie bonne conduit à celle de la justice sociale. Ce thème devient central à la fin des années 1980. Nussbaum entame alors une collaboration avec Amartya Sen, à l’Institut mondial pour la recherche sur l’économie du développement, autour du problème de la définition et de la mesure de la qualité de vie. Elle contribue avec lui à développer « l’approche des capabilités », selon laquelle les outils adéquats de mesure du développement ne sont pas le PIB par habitant ou l’utilité mais les « capabilités » – soit l’ensemble des actions qu’un individu a le pouvoir de mettre en œuvre et l’ensemble des états qu’il peut effectivement atteindre.

Le travail de Nussbaum sur les capabilités aboutit à la publication de Women and Human Development. The Capabilities Approach (2000 ; trad. fr. 2008), dans lequel elle défend une forme originale de libéralisme politique. Fondé sur la conception aristotélicienne de l’être humain élaborée dans les années 1980, le « libéralisme aristotélicien » se donne pour objectif la promotion pour tous de dix « capabilités humaines centrales » que toute société devrait garantir à un certain niveau pour pouvoir être dite juste. Pour Nussbaum, la liste des capabilités humaines centrales vaut universellement et constitue un outil de lutte contre les formes de domination qui structurent les sociétés humaines, en particulier la domination de genre, à laquelle elle consacre des articles réunis dans le livre Sex and Social Justice (1999 ; trad. fr. 2008). Comme elle le souligne dans Frontiers of Justice (2006), le libéralisme aristotélicien représente aussi une alternative féconde au libéralisme contractualiste de John Rawls. Parce qu’il prend au sérieux la vulnérabilité humaine, le caractère relationnel de l’existence et l’inclusion des hommes dans la nature, il permet de rendre compte des obligations de justice que nous avons à l’égard des personnes en situation de handicap, des étrangers et des animaux.

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Écrit par :

  • : docteure en philosophie, chercheuse rattachée au laboratoire SOPHIAPOL, université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense

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Pour citer l’article

Marie GARRAU, « NUSSBAUM MARTHA (1947- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/martha-nussbaum/