DRŽIĆ MARIN (1508 env.-1567)

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Méconnu en France avant que son chef-d'œuvre Dundo Maroje ne soit représenté en 1958 au théâtre des Nations, Marin Držić (en italien Marino Darsa) est pourtant le plus grand écrivain de la Renaissance dalmate.

Abbé, organiste, comédien et auteur dramatique, secrétaire d'un comte, chapelain et conspirateur, ce Figaro ragusain, cadet de Machiavel, contemporain de Ruzzante et précurseur de Molière, dont la vie agitée, de Vienne à Istanbul et de Dubrovnik à Sienne et à Venise, témoigne de l'intense circulation des idées et des hommes sur la frange occidentale de l'Empire ottoman, a su, par la vigueur de la satire sociale, renouveler les stéréotypes de la pastorale, de la farce et de la commedia erudita héritée du théâtre latin.

Les vicissitudes d'un prêtre voyageur

Auteur comique croate, fils d'une famille de commerçants, Marin Držić, né à Dubrovnik vers 1508, entre dans les ordres en 1526 et devient en 1538 organiste à la cathédrale Sainte-Marie de Dubrovnik. Cette conjoncture lui permet d'aller faire des études à Sienne, où il devient recteur du foyer d'étudiants (Domus sapientiae) et vice-recteur de l'université. Esprit turbulent aux talents multiples, Držić s'occupe plus de théâtre que d'études, si bien qu'il se fait également comédien. En tout état de cause, un séjour à Sienne le marque profondément, en accentuant son penchant pour les arts. La position particulière de Dubrovnik, république miniature, étonnante enclave, chrétienne et libre, dans l'Empire ottoman d'alors, fait que la vie théâtrale y est liée dogmatiquement à une idéologie : en l'occurrence, l'idéologie chrétienne de la Contre-Réforme. À son retour de Sienne, Držić séjourne dans sa ville natale de 1545 à 1562. C'est à cette époque qu'il écrit l'essentiel de son œuvre, se consacrant entièrement au théâtre. Bien que prêtre, il mène joyeuse vie et dépense gaiement sans compter. En 1545, il entre comme secrétaire au service du comte autrichien Rogendorf. Il voyage en sa compagnie, va de Vienne à Istanbul, revient à Dubrovnik, et dilapide l'héritage maternel. Sa parole acerbe et sa vie dissolue lui valent l'inimitié de ses concitoyens. C'est en 1548 qu'est jouée Pomet, pièce malheureusement perdue ; la même année, Držić écrit un drame pastoral, Tirena ; en 1551, il publie un recueil de chansons d'amour, puis une pastorale, Venera i Adon, suivie enfin d'une farce, Novela od Stanca. Son chef-d'œuvre, Dundo Maroje (Oncle Maroje), date aussi de cette époque. Citons encore Hekuba, tragédie librement adaptée de Ludovic Dolce. Les dernières années de sa vie agitée, Držić les passe à Venise où, en 1563, il devient chapelain du Patriarcat. En cette qualité, il tente de mettre à exécution une idée peu banale : dans des lettres au duc de Toscane Cosme Ier, il expose tout un plan pour renverser l'oligarchie aristocratique de Dubrovnik, qu'il dépeint comme composée de « douze monstres débiles ». Les lettres en italien de Držić sont une combinaison tout à fait extraordinaire de douloureuse sensibilité artistique et de lucidité critique. On ne peut les considérer ni comme un véritable système d'action politique, ni comme une œuvre littéraire pure, mais elles constituent un document humain exceptionnel : d'un côté l'auteur y dépeint la réalité de la petite république, de l'autre, il donne la clé de sa poétique, qui permet de distinguer, dans son œuvre, l'original de l'imitation. Il ne reçoit pas de réponse du duc, et meurt à Venise, en 1567.

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Écrit par :

  • : professeur de littérature croate moderne à la faculté des lettres de Zagreb, directeur de Croatica, revue pour l'histoire de la littérature croate

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Dans le chapitre « Aux avant-postes »  : […] Mais l'art littéraire fait vraiment son apparition avec l'œuvre de Marko Marulić (1450-1524). Latiniste réputé (notamment pour une épopée, Davidias , dont la publication ne date que d'une époque récente), auteur d'ouvrages de morale abondamment publiés à l'étranger, Marulić est le premier écrivain croate d'audience internationale. De son œuvre en langue croate, on retient essentiellement Judith ( […] Lire la suite

Pour citer l’article

Ivo FRANGES, « DRŽIĆ MARIN (1508 env.-1567) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marin-drzic/