MALTE

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Nom officielRépublique de Malte (MT)
Chef de l'ÉtatGeorge Vella (depuis le 4 avril 2019)
Chef du gouvernementRobert Abela (depuis le 13 janvier 2020)
CapitaleLa Valette
Langues officiellesanglais, maltais
Unité monétaireeuro (EUR)
Population538 600 (estim. 2021)
Superficie (km2)315

Vicissitudes historiques

Antiquité et Moyen Âge

Appartenant à Carthage (au ve siècle), Malte devint ensuite enjeu de la lutte entre Carthaginois et Romains. Ceux-ci la prirent en 218, et Rome disposa ainsi d'une base rapprochée de Carthage. Les Romains récompensèrent les Maltais de leur aide dans les opérations contre la grande ville punique en les reconnaissant pour alliés (socii). Malte profita alors de la « paix romaine ». La christianisation se répandit après le naufrage de saint Paul (58 ou 60), qui, d'après les Actes des Apôtres, vécut trois mois sur l'île. Il semble que Malte ait pu échapper aux premières invasions barbares, celles des Goths et des Vandales, et qu'elle ait vécu paisible jusqu'à l'arrivée des Arabes en 870.

L'invasion arabe marque pour l'archipel maltais le début du Moyen Âge. C'est une expédition partie de Tunis qui s'empara de l'île. La majorité des habitants semblent être demeurés sur place. Pour éviter l'esclavage, les Maltais se convertirent à l'islam. Les Arabes firent de Malte un nid de corsaires, d'où ils rayonnaient vers les pays chrétiens et ramenaient de nombreux captifs qui étaient ensuite vendus. Malte commença ainsi à jouer le rôle qui resta le sien pendant près de mille ans : base de course et centre d'esclavage. La domination arabe, toutefois, ne dura que deux cents ans. En 1090, le comte normand Roger s'empara de Malte : son père, Tancrède de Hauteville, en revenant d'un pèlerinage en Palestine, avait conquis l'Italie du Sud, et lui-même était, depuis cinq ans déjà, maître de la Sicile.

La conquête normande porta un coup très grave à la domination arabe en Méditerranée en coupant les communications entre les États arabes de l'Est (Égypte, Syrie) et ceux de l'Ouest (Espagne, Maroc), mais elle n'entraîna pas le départ des populations arabo-berbères fixées dans l'archipel. Un recensement de 1240 montre qu'à cette époque les musulmans et les juifs étaient encore plus nombreux à Malte que les chrétiens. Plusieurs poètes musulmans vécurent alors sur l'île. Aussi n'est-il pas étonnant que la toponymie de l'archipel soit restée arabe et que la langue maltaise soit demeurée sémitique.

C'est l'empereur germanique Frédéric II qui expulsa les musulmans de l'archipel entre 1240 et 1250. Pour éviter l'exode, beaucoup se convertirent au christianisme ; ainsi se perpétuèrent dans l'archipel des coutumes islamiques telles que la claustration des femmes, qui persista jusqu'au xixe siècle, et l'usage, par celles-ci, de se voiler en public, en portant la faldetta, qui n'a pas totalement disparu de nos jours.

Après la mort de Frédéric II et le règne de son fils Conradin, Malte passa sous la domination de Charles d'Anjou, frère de Saint Louis (1266). Mais le massacre des Vêpres siciliennes (1282) mit fin à l'occupation française. Les souverains d'Aragon se rendirent maîtres de la Sicile et de Malte et restèrent souverains de l'archipel maltais jusqu'à la donation des îles à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, par Charles Quint, en 1530.

Ces changements fréquents de suzeraineté ne modifièrent guère le mode de vie de la population, tout entier tourné vers la mer. L'exiguïté des îles et leur quasi-stérilité ne permettaient guère à l'agriculture et à l'élevage d'être rentables. Les grands seigneurs furent des corsaires ou des pirates, les riches bourgeois des armateurs et des marchands qui trafiquaient avec tous les pays riverains de la Méditerranée. Jusqu'au xixe siècle, la course a d'ailleurs été la fidèle compagne du commerce, assortie de razzias à l'intérieur des terres. Ainsi les Maltais débarquent-ils périodiquement dans l'île de Djerba, sur les côtes tunisiennes (1388, 1432), alors que les Arabes viennent faire des rafles à Malte (1412, 1422, 1423).

La majorité des habitants était donc composée de marins. Les cultivateurs ne semblent avoir jamais connu le servage. Le sol était divisé dès cette époque en de nombreuses petites exploitations où l'on cultivait le blé, le coton et le cumin. Les artisans étaient groupés, dans les villes, en corporations dont la plus importante était celle des tailleurs de pierre. En effet, le calcaire blanc de Malte se travaille facilement et on exportait des cubes de pierre taillée jusqu'en Afrique. La corporation des orfèvres était aussi réputée, par ses travaux en filigrane, qui sont, encore aujourd'hui, une spécialité de Malte. Les bourgeois étaient peu nombreux ; ils habitaient les deux villes, Città Notabile (ou Vecchia) et le Borgo (ou Bourg), à côté de l'actuel fort Saint-Ange.

Pour la population maltaise, le problème capital était celui du ravitaillement, car déjà à cette époque l'archipel n'arrivait pas à nourrir ses habitants. C'est surtout pour assurer le ravitaillement que fut créée la curieuse institution appelée Université, organisme administratif et économique dont la fonction essentielle consistait dans l'achat des grains en Sicile et en Italie et leur répartition entre les habitants. L'italien était la langue des classes cultivées, le maltais étant relégué à l'état de patois.

L'archipel aurait sans doute évolué vers une fusion encore plus profonde avec l'Italie si, depuis la fin du xve siècle, il n'avait été de plus en plus sérieusement menacé par les Turcs. Ceux-ci ont pris Constantinople en 1453 ; en 1522, ils ont chassé de Rhodes les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui avaient fait de cette île un puissant bastion de la chrétienté en Méditerranée orientale ; en 1526, ils débarquent à Malte, mettent à feu et à sang le village de Mosta, et se retirent avec quatre cents captifs. La question se pose alors de savoir si les forces espagnoles seront capables de défendre Malte qui, par suite de l'inquiétante expansion turque, prend une valeur stratégique de premier ordre pour la défense de la Chrétienté.

La citadelle des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem

Au moment précisément où Malte était menacée, les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem cherchaient une nouvelle base. L'ordre de Saint-Jean avait été fondé vers 1050 pour soigner et protéger les pèlerins qui se rendaient en Palestine. Après la perte de la Terre sainte, ils s'installèrent à Chypre (1291), puis à Rhodes (1308). C'est dans cette dernière île que se fixèrent leurs institutions. Ils se recrutaient exclusivement parmi les plus nobles familles catholiques de l'Europe. Ils devaient prononcer le triple vœu de chasteté, d'obéissance et de pauvreté et s'engager à défendre perpétuellement l'Église sans jamais « abaisser la bannière », demander quartier, reculer ou se rendre. L'ordre était divisé en huit « langues », dont trois françaises (Provence, [...]

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Malte : carte physique

Malte : carte physique
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Temple mégalithique, Malte

Temple mégalithique, Malte
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Temple de Ggantija, Malte

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Écrit par :

  • : doyen de la faculté des lettres et sciences humaines de Toulouse
  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, professeur au Collège de France
  • : professeur émérite d'histoire à l'université de Provence
  • : maître assistant à l'université de Toulouse-Le-Mirail, expert de l'Organisation des Nations unies à Chypre

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Pour citer l’article

Jacques GODECHOT, Jean GUILAINE, Jean-Louis MIÈGE, Pierre-Yves PÉCHOUX, « MALTE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/malte/