MACROÉCONOMIEPolitique économique

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Les économies modernes sont des économies de marché. Le marché constitue le moteur de l'activité économique, et l'expérience du xxe siècle – en Europe de l'Est ou ailleurs – a montré combien il était difficile de s'en passer. Ses défauts sont non moins visibles. Son extension au monde entier semble loin de profiter à tous. Il peut laisser inemployées des forces productives ou, au contraire, les gaspiller. Il détruit souvent autant qu'il crée, qu'il s'agisse de l'environnement, de capacités de production ou de modes de vie antérieurs.

Pourtant, les forces du marché, si puissantes soient-elles, ne sont pas livrées à elles-mêmes. La société peut les encadrer, les infléchir ou les compléter. Les choix politiques n'ont donc pas disparu du champ de l'économie. Ils s'expriment à travers la politique économique, qui désigne l'ensemble des décisions et des actions entreprises par l'État en matière économique. Les politiques conjoncturelles ont un horizon de court terme et visent à améliorer le fonctionnement de l'économie, sans toucher à ses structures. Les politiques structurelles tentent au contraire de faire évoluer ces dernières et ont, en général, un horizon plus long.

Les trois objectifs de la politique économique

On peut suivre l'économiste américain Richard Musgrave (1910-2007) en assignant trois objectifs généraux à la politique économique : améliorer l'allocation des ressources ; modifier la répartition des richesses ; réguler le niveau de l'activité économique.

Depuis Adam Smith et son analyse en 1776 de la « main invisible » qui pousserait chacun, sans qu'il le sache, à contribuer à l'intérêt de la société, la théorie économique proclame les vertus du marché. Les prix qui émergent sur un marché concurrentiel guident de manière efficace l'allocation des ressources et l'organisation de la production. Ce principe général comporte pourtant des exceptions qui amènent l'État à devoir intervenir dans l'allocation des ressources. Des biens et services publics comme la sécurité ou la recherche fondamentale ne peuvent être produits de manière efficace par le secteur privé, car leur fourniture serait peu rentable et donc insuffisante. L'usage et la production de certains biens sont à l'origine d'effets externes négatifs ou positifs qui échappent aux mécanismes du marché. De nombreuses activités polluent ou détruisent l'environnement, sans que les entreprises responsables en subissent les coûts. Les coûts sociaux dépassent les coûts privés, seuls pris en compte a priori par l'entreprise privée dans ses décisions. En sens inverse, la production s'accompagne souvent d'apprentissages collectifs et d'une accumulation de connaissances techniques – par la recherche et l'innovation – dont les bénéfices s'étendent bien au-delà des contours de l'entreprise concernée. Les gains sociaux excèdent dans ce cas les gains privés. L'intervention de l'État doit alors permettre de réorienter les efforts dans un sens plus conforme à l'intérêt bien compris de la société. Une attitude possible consiste à laisser fonctionner le marché, mais à le corriger en réglementant, en taxant ou en subventionnant certaines activités productives. Il revient aussi à l'État d'assurer les conditions d'un bon fonctionnement du marché. Il doit, pour ce faire, maintenir la concurrence en empêchant la constitution de cartels et en évitant les situations de monopole ou en les encadrant. C'est là l'objet de la politique de la concurrence.

Le deuxième objectif général de la politique économique est d'assurer une répartition satisfaisante des revenus et des richesses. S'il est souvent efficace, le marché est rarement équitable. Il engendre de grandes inégalités et peut amener certains travailleurs à recevoir des salaires de misère ou à être tout simplement exclus du marché du travail, alors que d'autres, plus productifs ou plus inventifs – et souvent ayant tiré parti des avantages financiers, culturels et sociaux de la naissance – , reçoivent des rémunérations dont les montants explosent. L'État doit procéder à une redistribution des revenus et assurer une égalité des chances. L'État-providence s'est ainsi développé après la Seconde Guerre mondiale pour permettre à tous de bénéficier des fruits de la croissance économique et d'une protection sociale face aux aléas de la vie.

Le troisième objectif général de la politique économique est la régulation du niveau d'activité. Les économies de marché connaissent des périodes prolongées de récession et de chômage, ou de surchauffe et d'inflation. Ces déséquilibres revêtent souvent un caractère cumulatif et sont entretenus par les anticipations pessimistes ou optimistes des agents. John Maynard Keynes fut le premier, lors de la crise des années 1930, à prôner une intervention de l'État destinée à réduire ces déséquilibres par une régulation de la demande globale. L'État peut mettre en œuvre des politiques macroéconomiques de stabilisation. Il recourt pour cela à la politique budgétaire, qui joue sur le niveau des dépenses publiques et des prélèvements fiscaux, ou à la politique monétaire, qui régule la quantité de monnaie et contrôle le financement de l'activité économique en jouant sur les taux d'intérêt.

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Écrit par :

  • : professeur de sciences économiques à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Antoine d' AUTUME, « MACROÉCONOMIE - Politique économique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/macroeconomie-politique-economique/