LAURE, monachisme

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Mot qui, en grec classique, signifie rue ou quartier et qui fut employé à partir du ive siècle, spécialement en Palestine, pour désigner un village de moines. Les ermites vivaient isolés et les cénobites étaient groupés dans des communautés étroitement liées et fortement structurées. Les moines des laures habitaient dans des cellules autonomes, à distance variable les unes des autres, mais toutes situées à l'intérieur d'une vaste enceinte où se trouvait une église, desservie par des moines prêtres. Avec ses falaises calcaires percées de grottes innombrables, son climat chaud et sec, les habitudes frugales de ses habitants, la Palestine se prêtait à ce genre d'organisation.

La première laure naquit spontanément autour de la cellule de saint Chariton, à l'Ouadi Farak, à dix kilomètres de Jérusalem, vers Jéricho, dans le désert de Juda ; son église fut dédiée par l'évêque de Jérusalem, Macaire (313-331). Les laures furent nombreuses dans le désert de Juda, la plus célèbre fut la Grande Laure, fondée en 478 par saint Sabas, dans la vallée du Cédron, à mi-chemin entre Jérusalem et la mer Morte.

Au Sinaï et au mont Athos, les moines constituèrent aussi des laures, mais comme la Grande Laure du désert de Juda, connue actuellement sous le nom de Mar Saba, les laures se transformèrent progressivement en monastères cénobitiques dont dépendaient des ermitages, des cabanes ou des skites. En Orient, le titre de laure est attribué de nos jours à des monastères célèbres, vastes et peuplés.

Les premiers moines gaulois, saint Martin à Marmoutier, près de Tours, saint Honorat à Lérins, saint Romain et saint Lupicin à Condat dans le Jura (Saint-Claude), adoptèrent une formule d'organisation monastique qui rappelait de près les laures palestiniennes, mais qui évolua plus vite encore qu'en Orient vers le cénobitisme. Saint Benoît, à Subiaco, avait créé une sorte de laure, mais au mont Cassin il n'établit qu'un monastère. Sa règle légifère pour le cénobitisme intégral.

Au xie siècle, les premiers camaldules en Italie, les ermites des forêts de Craon, de Collan (près de Tonnerre) et de la Chartreuse en France tentèrent à leurs débuts de mener la vie monastique dans un style qui ressemblait assez à celui des laures d'autrefois, mais ils ne tardèrent pas à reprendre les formes plus structurées du cénobitisme.

—  Jacques DUBOIS

Écrit par :

  • : moine bénédictin, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section)

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Pour citer l’article

Jacques DUBOIS, « LAURE, monachisme », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 août 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/laure-monachisme/