TURCO-MONGOLES LANGUES ET LITTÉRATURES

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Les langues turques et mongoles présentent un certain nombre de caractères communs qui les font considérer comme étroitement parentes, et il a été convenu depuis le milieu du xixe siècle de leur donner le nom de langues altaïques, du nom des monts Altaï qui auraient été le berceau des peuples turco-mongols. Plus tard, on leur adjoignit le tongouse, et, finalement, les linguistes de la fin du xixe siècle créèrent un vaste groupe ouralo-altaïque. Cependant, certains spécialistes estimèrent que ce groupe était factice et jugèrent avec juste raison que les langues finno-ougriennes ou ouraliennes constituaient un groupe indépendant et que les langues altaïques en formaient un autre, où Ramstedt voulut faire entrer le coréen ; Vladimircov établit en 1929 un arbre généalogique dans lequel il voulait faire figurer le mongol et le turc comme issus du mongol commun et du turc commun, lesquels remontaient à une prélangue altaïque par l'intermédiaire d'un turco-mongol commun. Malheureusement, il oubliait des langues comme le khitan, qui, bien que très imparfaitement connu, semble présenter une forme très archaïque du mongol, ou le tabghatch (Wei), ce parler, très vraisemblablement apparenté au turc, qui fut noté par les Chinois. Il s'agit là de langues issues probablement de la même souche, mais qui s'étaient différenciées très tôt pour former des groupes distincts, l'un du mongol, très palatalisé, l'autre du turc.

À vrai dire, il y a peut-être un degré très lointain de parenté entre les langues turques, mongoles, tongouses et le groupe finno-ougrien, mais, dans la situation présente des connaissances, il est prématuré de vouloir y chercher des liens de parenté, et l'on doit se contenter d'étudier les emprunts qui ont pu être faits par les langues turques de Sibérie au samoyède, celles de la Volga au finno-ougrien et même l'osmanli au hongrois, comme les emprunts faits par les langues turques, et en particulier le turc de la période ancienne, aux langues des peuples avec lesquels ils ont des contacts.

La littérature mongole apparaît seulement au xiiie siècle, soit donc environ cinq cents ans plus tard que la littérature turque. Elle paraît se présenter sensiblement dans les mêmes conditions, ayant reçu des Ouïgours l'alphabet qui lui était nécessaire de même que les Turcs avaient reçu le leur de l'araméen par l'intermédiaire de l'Iran. Mais ce ne sont là que des apparences, car la littérature turque connut à haute époque deux aspects, l'un principalement ouïgour avec une littérature en grande partie de traductions, alors que l'autre s'incorpora au monde musulman et subit des influences du monde arabo-persan. En effet, si la littérature mongole reçut dans ses débuts des apports du monde ouïgour, elle fut par la suite nettement influencée par le monde chinois, puis par la littérature tibétaine, en attendant de tomber dans l'orbite sino-mandchoue dès le xviie siècle. Cependant, un fait différencie la littérature des Turcs de celle des Mongols : c'est que, chez ces derniers, se sont conservées une série de chroniques dont la première apparaît dans les environs de 1240 ; le genre se perpétuera jusqu'à nos jours. Dans le monde turc d'Asie centrale rien de tel n'a subsisté, sans doute par suite de l'importance des œuvres historiques arabes et persanes qui amena le monde turc à renoncer jusqu'à Babour à ce genre littéraire.

Langues

Origines des rapports

La période orale

Les débuts des rapports ethniques entre Turcs et Mongols remontent à une période très ancienne ; il est possible qu'ils datent de l'époque où les cultures du Baïkal florissaient, au Ier millénaire et même à la fin du IIe millénaire avant l'ère chrétienne. C'est à ce moment que les ancêtres des Turcs amorcèrent leur progression vers le sud et vers l'ouest, bousculant des peuples d'une autre appartenance qui occupaient la vallée de l'Iénisseï, la Touva et la Mongolie, depuis les confins de l'Altaï jusqu'aux confins de la future Mandchourie. Aucun monument écrit n'a été conservé et le seul mot qui ait subsisté en transcription chinoise à haute époque, le mot Kun qui peut représenter un original *Kun / *Γun, peut être rapproché du nom des Huns, en grec *χο̃υν(οι), en sogdien χwn, en sace et en sanskrit Hūna, etc. ; ce mot se retrouve au viie siècle dans le chinois Hun (*γuən) qui représente le nom d'une tribu de l'Altaï. Louis Bazin le rapproche du suffixe turc -gun, qui concerne les groupements humains, et aussi, selon toute vraisemblance, du mongol gü'ün > kümün (« homme »), bien que, dans ce dernier cas, il y ait une difficulté par suite de la différence de classe des voyelles. La langue des Wei, parlée dans la Chine du Nord entre 386 et 556, est tout à fait particulière ; elle ne semble pas être une langue turque mais paraît être issue de la même souche, à une époque assez haute, et s'être différenciée des parlers turcs, probablement sous l'influence de langues dont la nature nous échappe. Il en est de même de celle des Xianbei dont une branche (les *Tuyuγun) s'est installée au ive siècle dans les steppes du Kökö-nor ; la langue de ces derniers est mal connue, mais P. Pelliot a montré qu'il s'agissait d'une langue mongole dans laquelle le pronom de la 2e personne se prononçait * ču et non * či comme en mongol ; ce fait tendrait à prouver que la forme ancienne supposée (* ti > či) avait déjà pris la valeur de * či au ive siècle, montrant la stabilité de la langue mongole pendant plus d'un millénaire.

En fait, la situation géographique des peuples turcs, vraisemblablement héritiers des peuples auteurs des cultures anciennes de la région du Baïkal, dut les mettre de bonne heure en contact assez étroit avec ceux qui allaient devenir les Mongols. En même temps, les Turco-Mongols eurent des relations avec les peuples de langues indo-européennes qui, à cette époque, occupaient toute l'Asie centrale et une partie de la haute Asie, en particulier avec ceux du groupe iranien (Śaka) et avec ceux du groupe agno-koutchéen, appelé d'abord « tokharien ». Le mot tümän (« dix mille »), commun au turc et au mongol, est un emprunt au koutchéen tumane, tmane, à l'agnéen tmāṃ.

Du fait des contacts avec le monde indo-européen, un bon nombre de mots de civilisation sont passés de l'indo-européen (branche iranienne) dans les langues turco-mongoles ; certains noms de métaux, d'animaux, des termes techniques, etc. ; leur étude est en cours. D'autre part, la découverte par les chercheurs soviétiques (Členova), dans le bassin de Minousinsk, de toponymes de type indo-européen, qui malgré la turquisation de ce secteur ont survécu près de quinze siècles, paraît confirmer cette remarque.

Le turc et le mongol, langues écrites

Le turc, en tant que langue écrite, apparaît au moment où les [...]

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  • : directeur de l'Institut des hautes études chinoises, professeur au Collège de France

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Pour citer l’article

Louis HAMBIS, « TURCO-MONGOLES LANGUES ET LITTÉRATURES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/langues-et-litteratures-turco-mongoles/