SANSKRITES LANGUE & LITTÉRATURE

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La littérature

Le corpus des textes anciens

La littérature védique est un corpus de textes clos, reconnu comme faisant un ensemble par la tradition indienne qui lui a donné le nom générique de veda (« savoir »). Veda désigne proprement les quatre textes les plus anciens, qui sont des collections d'hymnes aux dieux (Ṛgveda), de mélodies (Sāmaveda), de formules liturgiques (Yajurveda), de formules magiques (Atharvaveda). Ces textes de base sont accompagnés de commentaires et d'excursus de rituel, de mythologie, de spéculations théologiques et métaphysiques, appelés brāhmaṇa, āraṇyaka, upaniṣad et sūtra selon leur forme et leur objet. Ce dernier groupe de textes est de caractère très technique et est censé être un complément d'enseignement. C'est pourquoi le nom de veda est étendu à lui aussi. Les upaniṣad par leur caractère philosophique sont considérées comme l'aboutissement de la pensée religieuse védique et ont reçu le nom de vedānta (« fin du veda »). Les sūtra, recueils de formules où la concision est de rigueur, sont des manuels de rituel, lequel est divisé en domestique (gṛhya), solennel (śrauta) et juridique (dharma), d'astronomie (jyautiṣa), de phonétique (śikṣā), d'étymologie (nirukta), de métrique (chandas) et de grammaire (vyākaraṇa, littéralement « analyse des mots »). On remarque la prédominance des disciplines relatives au langage. Des textes auxiliaires se joignent à ce corpus, tels que le s̄ulba-sūtra, manuel de géométrie.

On ne sait pas dater avec certitude ces textes qui s'échelonnent peut-être sur un millénaire. On estime que l'ensemble était achevé vers le ve siècle avant J.-C. La tradition indienne ultérieure l'a sacralisé. Elle a fait des noms d'auteurs qui lui étaient parvenus des êtres mythiques qui ne sont plus traités comme auteurs, mais comme ayant reçu une révélation. L'ensemble a reçu le nom de śruti (littéralement « audition »). Il est opposé à la smṛti qui est un ensemble de textes dont on accepte qu'ils aient des auteurs humains et dont on reconnaît l'autorité en disant qu'ils sont fondés sur le veda ou éventuellement font connaître le contenu de parties perdues du veda ; smṛti signifie littéralement « ce qui rappelle le veda ». Ce corpus de smṛti comprend des textes exposant le dharma, c'est-à-dire le droit, les coutumes, les règles sociales, les devoirs religieux communs et privés.

Un troisième corpus de textes anciens, lui aussi quasi sacralisé, est constitué par les épopées : Mahābhārata (« Le Grand Poème des descendants de Bharata ») et Rāmāyaṇa (« Le Poème de Rāma »). Leurs auteurs ont été placés au rang des sages mythiques, Vyāsa pour le premier, Vālmīki pour le second. Leur rôle religieux est peut-être encore plus important que celui du veda, en raison de leur caractère moins technique, de leur appel à la dévotion plutôt qu'à la technique ritualistique, du fait aussi que leur contenu narratif se prête à toutes les formes d'art, représentations plastiques, littérature, théâtre, chant, danse, etc.

Mahabharata, enluminure moghole

Photographie : Mahabharata, enluminure moghole

Femmes conversant. Détail d'un folio de manuscrit du Mahabharata datant de 1516, conservé à la bibliothèque de l'Asiatic Society of Bombay. 

Crédits : P. Chandra

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Avec ces trois ensembles, les bases de la littérature sanskrite sont solidement établies, comme celles de la religion, de la science et de l'art en Inde. Ils forment déjà un corpus de textes plus considérable que les littératures grecque et latine réunies de la même époque, plus considérable que ce que la Chine avait produit depuis une date aussi reculée. La production ultérieure dépasse l'imagination par ses dimensions. La philologie moderne n'a pas encore pu inventorier ce qui nous en est parvenu. L'imprimerie n'ayant commencé à prendre de l'importance en Inde qu'au début du xixe siècle, ce qui est imprimé en sanskrit n'est qu'une fraction de cette littérature. Une grande partie est encore sous forme de manuscrits conservés dans des collections privées ou dans quelques grandes bibliothèques d'Inde et d'Europe. Les manuscrits sont sur papier, sur écorce de bouleau ou d'agalloche, sur feuilles de palmier (Borassus flabelliformis ou Coryphaea umbraculifera). Le sanskrit est noté dans toutes les écritures régionales de l'Inde et de l'Asie du Sud-Est. Ces écritures régionales qui notent les langues des diverses régions sont dérivées d'un même prototype appelé brāhmī dont la première attestation date du iiie siècle avant J.-C. Au Tamilnāḍu, on trouve une écriture pour le tamoul et une autre, apparentée, appelée grantha, ayant un plus grand nombre de signes pour noter le [...]

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Pierre-Sylvain FILLIOZAT, « SANSKRITES LANGUE & LITTÉRATURE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/langue-et-litterature-sanskrites/