ART SACRÉ L', revue

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Les grandes années (1945-1954)

L'Art sacré refusa de paraître durant la guerre que le père Couturier passa aux États-Unis et au Canada. Il y bénéficia des collections d'art français, se lia avec nombre d'artistes et approfondit sa réflexion (Art et catholicisme, Chroniques, 1945). Après sa démobilisation le père Régamey resta à Paris ; il se lia avec Rouault, Manessier (en 1944). À la Libération, dans un contexte de totale pénurie, il réussit l'exploit de remettre sur pied la revue et publia en juillet 1945 une brochure (Le Prêtre, gardien d'un patrimoine sacré) suivie de Cahiers au rythme incertain, au nombre de pages variable. Il élimina la publicité, adopta le format, conservé par la suite, de 18 × 26,5 cm, et L'Art sacré fut rattaché aux publications du Centre de pastorale liturgique (C.P.L.). Il fit le point des travaux des historiens de l'art, tira le bilan de la situation artistique française, rédigea des synthèses (Tradition, Académisme), constitua pour les architectes le dossier de la Reconstruction des églises. La conjoncture était telle que l'on dut arrêter la publication à l'automne 1948. Elle reprit l'année suivante (sept.-oct. 1949), dans des conditions toujours précaires mais avec une codirection rétablie.

Les deux directeurs publièrent six numéros annuels de 32 pages, se répartissant les tâches, discutant de tout. Le père Régamey était le plus didactique ; le père Couturier apportait un soin extrême à la présentation, espérant ainsi « restaurer la sensibilité visuelle » de ses lecteurs. Sous son impulsion la revue devint d'une grande beauté. Foisonnante, elle fut traversée par les grands débats de la scène artistique (figuration/abstraction ; socialité de l'art ; options de restauration). Mais on l'associa surtout aux édifices dont elle avait appelé la construction de ses vœux et dont l'achèvement presque simultané (bénédictions d'Assy en 1950, de Vence et d'Audincourt en 1951) provoqua un battage médiatique à l'origine d'une « querelle ».

On avait fait appel pour la décoration de ces lieux de culte à des artistes célèbres qui n'étaient pas nécessairement chrétiens : Rouault, Bonnard, Bazaine, Lurçat, Léger, Matisse. L'initiative provenait de responsables locaux courageux (Devémy à Assy) ou éclairés : sœur Jacques, frère Louis-Bertrand Rayssiguier à Vence, et la très compétente Commission diocésaine d'art sacré de Besançon, animée par le chanoine Lucien Ledeur et François Mathey, qui mena à bien (outre le Sacré-Cœur d'Audincourt) les chantiers des Bréseux avec Manessier, et de Ronchamp avec Le Corbusier. Ces responsables étaient tous en relations – plus ou moins directes – avec L'Art sacré. La « querelle » débuta par le scandale déclenché à Angers à propos du crucifix d'Assy (œuvre de Germaine Richier) par des intégristes influents auprès de prélats romains comme Mgr Celso Costantini. En 1950 l'évêque d'Assy fit déposer le crucifix (actuellement replacé sur l'autel) : la « querelle » se poursuivit près de deux ans dans divers journaux.

Malgré ces controverses, L'Art sacré n'infléchit pas sa ligne : il valait mieux faire appel à un très bon artiste non−croyant, qu'à un talent « médiocre ». Un créateur de génie, bien informé des besoins de l'Église, produirait des œuvres de haute spiritualité – à défaut d'être « sacrées ». Deux numéros traitèrent de la querelle : « Ni snobisme ni démagogie » (mars-avril 1952) et « Bilan de la querelle » (mai-juin), clôturé sur un texte (favorable) des évêques de France. À Rome on ne désarmait pas ; une « Instruction sur l'art sacré » du Saint-Office (juillet 1952) relança la polémique. Le pessimisme des pères Couturier et Régamey était perceptible dans la grande synthèse de ce dernier, Art sacré au XXe siècle ? (Cerf, 1952) : un art sacré pouvait−il se développer sans un consensus culturel ? Toucher sans précautions à l'art sulpicien sur lequel s'édifiait la piété de la plupart des catholiques causerait de grands dégâts. Seule possibilité : favoriser (comme dans le diocèse de Besançon) la construction d'édifices exemplaires, chaque fois que les circonstances s'y prêteraient.

En février 1954 eut lieu la condamnation des prêtres-ouvriers de la Mission de France. Les mesures prises à l'encontre des dominicains englobèrent L'Art sacr [...]

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Écrit par :

  • : professeur agrégé d'arts plastiques (enseignant à l'I.U.F.M. d'Aquitaine) et docteur en histoire de l'art

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RÉGAMEY RAYMOND (1900-1996)

  • Écrit par 
  • Françoise CAUSSÉ
  •  • 936 mots

Dominicain, historien de l'art, le père Régamey marqua la réflexion sur l'art religieux au xx e  siècle en France. Fils de Jeanne Heilman et de Frédéric Régamey (1849-1925) Raymond Régamey est né le 10 janvier 1900 à Beblenheim dans une famille protestante d'écrivains et d'artistes. Sa mère, alsacienne, fit une carrière littéraire ; son père était peintre et illustrateur. Après de solides études s […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Françoise CAUSSÉ, « ART SACRÉ L', revue », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/l-art-sacre-revue/