RÉGAMEY RAYMOND (1900-1996)

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Dominicain, historien de l'art, le père Régamey marqua la réflexion sur l'art religieux au xxe siècle en France.

Fils de Jeanne Heilman et de Frédéric Régamey (1849-1925) Raymond Régamey est né le 10 janvier 1900 à Beblenheim dans une famille protestante d'écrivains et d'artistes. Sa mère, alsacienne, fit une carrière littéraire ; son père était peintre et illustrateur. Après de solides études secondaires au collège Chaptal (durant lesquelles il découvrit Bossuet), devançant l'appel, il s'engagea en juillet 1918. Après sa démobilisation en décembre 1919 il fit en Sorbonne une licence d'histoire et de géographie (1921) suivie d'un diplôme d'études supérieures (dirigé par R. Schneider). Il suivait aussi les cours de l'École du Louvre, mais il ne put mener à bien sa thèse sur l'architecte Germain Boffrand, car, étant devenu soutien de famille, il dut travailler. Il avait commencé d'écrire sur l'art dès 1920, dans des journaux (Der Neue Zeitung), des revues (sur David, L'Amour de l'art, sur Géricault, 3e Cahier du mois, 1924). Il fit paraître des ouvrages (Géricault, 1926 ; Prud'hon, 1928 ; Delacroix et la chapelle des Saints-Anges, 1931).

En mars 1926, il reçut le baptême catholique. Peu après, il fut nommé, avec son ami René Huyghe, attaché au département des Peintures du Louvre. Il occupa ce poste jusqu'en juin 1928.

Le 11 novembre 1928, il entrait au noviciat d'Amiens où il choisit Pie comme nom de religion, et en 1929 alla faire ses études théologiques au Saulchoir à Kain en Belgique. Il fit sa profession solennelle le 12 novembre 1932 et fut ordonné le 10 juillet 1934. Cette période marqua le début de son amitié avec le père Marie-Alain Couturier. En juillet 1936, il était assigné au couvent de Saint-Jacques à Paris.

L'année 1937 inaugura l'aventure de la revue L'Art sacré fondée par Joseph Pichard en 1935, passée aux éditions du Cerf en 1937 et qu'il devait diriger avec le P. Couturier jusqu'en 1954. Mais son domaine privilégié restait celui de la théologie spirituelle.

Mobilisé en 1939, prisonnier de juin à décembre 1940, il écrivit sous l'Occupation de nombreux ouvrages de spiritualité. L'Art sacré, stoppé en 1939, reparut à la fin de 1945 grâce à ses efforts. Il assura l'essentiel du travail de la revue durant les trois années suivantes, menant de front le montage d'expositions d'art religieux (à Bordeaux, Nantes, Lyon et Dijon, 1947) et des « Journées d'études » de l'art sacré qu'il organisa à Vanves (1948) et à Versailles (1949, 1950). Membre du Conseil des musées nationaux depuis 1947, il fut chargé en 1950 d'organiser à Rome une importante exposition d'art sacré à la demande du gouvernement français. Il avait d'étroits contacts avec des critiques d'art, des journalistes, des historiens, des conservateurs de musée, des artistes (Rouault, Manessier), des architectes français, suisses (Baur, Metzger), allemands (Steffann, Herkommer). Il donna des conférences en France et en Europe, écrivit des articles d'histoire de l'art et de spiritualité.

De 1949 à 1951, l'église d'Assy, la chapelle de Vence et l'église paroissiale d'Audincourt furent connues du public et L'Art sacré se fit l'écho de ces réalisations rapidement controversées. Le détonateur fut le Christ expressionniste sculpté, en 1950, par Germaine Richier pour le maître-autel d'Assy et la querelle, partie de cette représentation du Christ, s'étendit à d'autres domaines de l'art sacré, notamment celui de l'introduction de l'art non figuratif dans les églises. Les querelles n'épargnèrent pas le P. Régamey, dont la sincérité était ombrageuse et le style mordant. Sa réponse aux détracteurs fut l'ouvrage Art sacré au XXe siècle ?, paru en 1952, grande synthèse d'une réflexion de vingt ans, qui présente toute la complexité de la question d'un art religieux inséré dans une société sécularisée.

Le dilemme entre diriger L'Art sacré et écrire pour la doctrine était constant pour le P. Régamey, mais il ne quitta la revue qu'après la mort du P. Couturier. On lui doit la parution des principaux écrits de ce dernier (Se garder libre, Cerf, 1962 ; L'Évangile est à l'extrême, Cerf, 1970). Il écrivit le grand ouvrage projeté depuis des années, Redécouvrir la vie religieuse, dont le premier tome lui valut d'être appelé à Rome pour rédiger le texte préparatoire à une Lettre du pape Paul VI (Evangelica testificatio, 29 juin 1971). S'intéressant toujours à l'art religieux – Jean Le Moal lui dut sa première commande de vitraux à Rennes [...]

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Écrit par :

  • : professeur agrégé d'arts plastiques (enseignant à l'I.U.F.M. d'Aquitaine) et docteur en histoire de l'art

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Pour citer l’article

Françoise CAUSSÉ, « RÉGAMEY RAYMOND - (1900-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/raymond-regamey/