Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

KALMOUKS

La République socialiste soviétique autonome des Kalmouks

L'avènement du régime communiste va infliger de nouvelles épreuves à ceux des Kalmouks (les Buzāva surtout) qui avaient lié leur destin à l'armée Wrangel. L'exil les mène successivement à Istanbul, puis en Bulgarie ou en Tchécoslovaquie, enfin, pour beaucoup d'entre eux, en France où une colonie buzāva assez importante se fixe à partir de 1924, perpétuant depuis lors un culte lamaïque encore vivace et des bribes de coutumes et de folklore ancestraux.

Cependant, en U.R.S.S., les Kalmouks ralliés au régime sont autorisés, en 1920, à constituer sur la rive droite de la Volga un Territoire autonome, lequel est promu en 1935 au rang de République socialiste soviétique autonome, avec une population de 185 000 habitants (dont 75 p. 100 de Kalmouks) et, pour capitale, la nouvelle ville d'Elista (El'st, en kalmouk), fondée en pleine steppe en 1928. La collectivisation et la laïcisation semblent assez mal supportées, de sorte qu'en 1943, après le siège de Stalingrad, plusieurs centaines de familles se joignent, plus ou moins volontairement, à la retraite des armées allemandes. En représailles, les Kalmouks restés sur place sont tous déchus de leur citoyenneté et déportés en Sibérie. C'est en 1957 seulement que le Territoire autonome des Kalmouks est recréé, sur la rive droite de la Volga. Il est proclamé, le 26 juillet 1958, République autonome, avec encore une population de 185 000 habitants (dont 65 000 des 100 000 Kalmouks de l'U.R.S.S.), sur une superficie de 75 900 kilomètres carrés. En 1995, la République comptait 320 000 habitants.

Quant aux Kalmouks entraînés par les armées allemandes, ils se retrouvent, à la fin de la guerre, groupés dans des camps de personnes déplacées et doivent attendre 1951 pour que leur demande d'admission aux États-Unis soit acceptée. Ils sont maintenant concentrés surtout dans deux colonies prospères, au New Jersey et à Philadelphie ; leur aisance et la solidité de leur culte lamaïque incitent nombre de leurs compatriotes de France et d'Europe occidentale à les rejoindre.

Au début des années 1990, après sept décennies de dures persécutions religieuses en République kalmouke (120 temples et monastères lamaïques ont été détruits aux alentours de 1930), le bouddhisme renaît vigoureusement depuis la réouverture d'un temple dans la capitale Elista en juin 1989 et l'ouverture d'un vaste complexe religieux en 1996.

Les Kalmouks ont hérité d'un brillant passé culturel, dont la littérature orale est le plus beau fleuron, comme il convient pour un peuple de traditions nomades : l'épopée de Jǎngar, qualifiée aujourd'hui de « monument de la littérature mondiale », a fait jadis leur célébrité dans les steppes, et la poésie est restée un art florissant dans la république kalmouke.

— Françoise AUBIN

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : directeur de recherche au C.N.R.S. et à la Fondation nationale des sciences politiques (C.E.R.I)

Classification

Pour citer cet article

Françoise AUBIN. KALMOUKS [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • OÏRAT

    • Écrit par Françoise AUBIN
    • 2 087 mots
    • 1 média

    En 1207, Gengis-khan, proclamé depuis l'année précédente empereur, envoyait son fils aîné J̌öči à la conquête des peuples de la forêt de la Sibérie méridionale (cf. mongolie - Histoire). C'est ainsi que les Oirat, qui nomadisaient le long de l'Enisei à l'ouest du lac Baikal, entrèrent...

  • SIBÉRIE

    • Écrit par Vadime ELISSEEFF, Pascal MARCHAND, Guy MENNESSIER
    • 14 170 mots
    • 6 médias
    Bientôt les Oïrats, à leur tour, sous la conduite d'Esentaidji (1439-1455), fondèrent un empire oïrat ou kalmouk qui s'étendit du lac Balkach au fleuve Jaune, et dont les chefs s'allièrent avec le khan de Sibir en 1620. Ils furent à leur tour dominés par les Mandchous qui occupèrent toute la Chine,...
  • TURCO-MONGOLES LANGUES ET LITTÉRATURES

    • Écrit par Louis HAMBIS
    • 10 204 mots
    ...etc., en même temps que deux vastes chants épiques d'origine populaire étaient composés l'un en mongol, La Geste de Guessar, d'après le texte tibétain qui constitue L'Épopée de Guésar de Ling, l'autre enkalmouk, La Geste de Djanggar, qui célèbre les prouesses du héros kalmouk.

Voir aussi