HARDOUIN-MANSART JULES (1646-1708)

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Jules Hardouin-Mansart a créé les symboles de la puissance de Louis XIV : Versailles et le dôme des Invalides. Le reflet grandiose de ce règne, mais aussi son ambiguïté ont rejailli sur l'architecte. Le courtisan accompli, favori du roi, le grand organisateur des arts, l'homme qui a perfectionné le classicisme français : des jugements sur des plans très différents, professionnels et personnels, mais qui tendent malgré cela à devenir exclusifs l'un de l'autre.

Château de Versailles en 1668

Photographie : Château de Versailles en 1668

Le château de Versailles en 1668 : l'ancien rendez-vous de chasse de Louis XIII a commencé sa mue. Huile sur toile de Pierre Patel (1605-1676), château de Versailles 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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Dôme des Invalides, Paris

Photographie : Dôme des Invalides, Paris

Dôme des Invalides, Paris. Architecte : Jules Hardouin-Mansart. 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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Quel que soit le jugement porté sur Jules Hardouin-Mansart et sur son architecture, il y a une « époque Mansart » qui restera le lieu de référence pour le classicisme français. Les œuvres de Robert de Cotte, Germain Boffrand et encore de Jacques-Ange Gabriel en dérivent directement. Il a créé une organisation structurée et efficace qui assura l'hégémonie et l'expansion de l'architecture française au xviiie siècle.

Un architecte courtisan

Né à Paris dans une famille de constructeurs, Jules Hardouin est le petit-neveu de François Mansart dont il unit le nom au sien en 1668. Entrepreneur en bâtiments (associé en particulier à son frère Michel), il se consacre définitivement à l'architecture vers 1672 et reçoit alors ses premières commandes d'État. Deux ans plus tard, il entre dans l'orbite de la cour ; en 1677, il est à Versailles, bientôt admis à l'Académie d'architecture. Dès 1678, il prend la direction des grandes transformations de Versailles et va dominer dès lors l'architecture française.

Versailles

Photographie : Versailles

La cour d'honneur du château de Versailles. Gravure du XVIIe siècle. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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La carrière de Mansart s'est faite en cinq ans, de 1673 à 1678, grâce à la protection de Mme de Montespan, de Louvois, de Condé, éventuellement à celle de Le Nôtre d'abord et du roi ensuite. Premier architecte en 1681, anobli en 1682, intendant en 1685 et inspecteur général des bâtiments en 1691, il prend de plus en plus la place du faible surintendant Villacerf auquel il succède en 1699. Fait comte de Sagonne en 1702, il meurt six ans plus tard à Marly.

Mansart dirigeait un des plus grands services du royaume, « personne n'avait auprès du roi un accès si fréquent et si familier ». Il a accumulé une fortune considérable par ses revenus, les émoluments reçus de Louis XIV, par la spéculation et d'autres affaires qui restèrent toujours dans les limites de ce qui était considéré comme licite. On lui reconnaissait du charme et de l'esprit, et une admirable assiduité au travail malgré une santé fragile.

Mansart n'est pas le créateur absolu comme Michel-Ange, le Bernin ou bien son oncle François Mansart. Il dut son succès auprès du roi à ses dons d'organisateur, à la rapidité et à la précision des devis qu'il exécutait. Il ne faut pas en conclure qu'il est un artiste sans talent. Cette légende date de Saint-Simon, qui le qualifiait de flatteur, l'accusait d'exploiter ses subordonnés et d'être incapable de dessiner. Certains historiens ont essayé de vérifier partiellement ce jugement : F. Kimball pour la décoration intérieure, A. Laprade pour une partie de l'œuvre architecturale. Toute la difficulté tient à l'organisation de l'atelier royal et au rôle des « dessinateurs » principaux. Malgré une division du travail très poussée, les tâches de Mansart étaient si multiples (qu'on pense seulement à son existence de courtisan), les œuvres si nombreuses qu'il était dans l'impossibilité de s'occuper de tous les aspects artistiques des réalisations. Mansart devait au minimum contrôler les projets, l'essentiel de son rôle consistant à esquisser une idée, à intervenir dans les différentes phases de développement, à surveiller de loin les chantiers. Mais cela vaut seulement pour la période des grandes entreprises royales à partir de 1676 et surtout de 1678. Or c'est justement dans ses débuts que Mansart montra le plus d'invention dans les plans (château du Val près de Saint-Germain, 1674-1677) et qu'il poussa le plus loin le système de proportions des projets (dôme des Invalides à partir de 1676) : toutes préoccupations purement artistiques. Sa première grande œuvre, le château de Clagny (1675-1683), était considérée comme la plus parfaite. En outre, son décret de nomination à la charge de surintendant des bâtiments royaux mentionne parmi ses œuvres des vases, des piédestaux et des ornements. À de Cotte et à Gabriel qui lui succédèrent à la place de premier architecte, on reprocha aussi de dessiner grossièrement ou pas du tout : c'est le dessin d'architecte jugé par des initiés du dessin de peintre. G. Boffrand et J. F. Blondel lui concèdent en tout cas la perfection dans la mouluration. D'autre part, Françis d'Orbay a pu avoir un rôle important dans les premiers travaux de Mansart dans l'atelier royal, puisqu'il y assurait l'intérim depuis la mort de Louis Le Vau. On est plus enclin à attribuer à Mansart la responsabilité entière des œuvres proprement architecturales que des décorations où c'est l'élaboration détaillée qui détermine finalement le style ; Kimball a constaté que l'avènement de Pierre Lassurance en 1684 et de Pierre Lepautre en 1699 marquent des tournants sensibles dans ce domaine. De même faut-il attribuer à de Cotte, « architecte du roi » en 1685 et successeur désigné, une importance croissante (le Grand Trianon, 1686-1687 ; deuxième projet pour la place Vendôme, 1699 ; chapelle de Versailles, 1801).

Versailles, Chapelle royale

Photographie : Versailles, Chapelle royale

Chapelle royale, château de Versailles. Architecte : Robert de Cotte. 

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Reste Louis XIV lui-même. Dans quelle proportion est-il coauteur de Versailles et des maisons satellites ? On connaît son intérêt intense et continu pour la bâtisse, ses nombreuses interventions ; mais on ne sait pas s'il a vraiment accédé à la pratique de la création architecturale. Si Mansart a donné son visage définitif à Versailles, la formation de Versailles est une œuvre collective qui dépasse le roi, l'architecte et son équipe.

Château de Versailles depuis le Parterre d'eau

Photographie : Château de Versailles depuis le Parterre d'eau

Château de Versailles, vue de la façade ouest depuis le Parterre d'eau 

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André Chastel a trouvé une formule heureuse, heureuse parce qu'elle est sans exclusive : Mansart « interprète » du roi, le bureau « interprète » du premier architecte.

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Château de Versailles en 1668

Château de Versailles en 1668
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Dôme des Invalides, Paris

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  • : docteur de l'université de Vienne, professeur assistant à l'université de Montréal

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Pour citer l’article

Jörg GARMS, « HARDOUIN-MANSART JULES - (1646-1708) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jules-hardouin-mansart/