PLEČNIK JOZE (1872-1957)

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Fils d'un menuisier de Ljubliana, capitale historique de la Slovénie alors province de l'Empire austro-hongrois, Joze Plečnik fut élève de la section menuiserie de l'école technique de Graz tout en s'initiant à l'architecture sous la direction d'un maître qui avait remarqué ses dons. Il travaille ensuite deux ans à Vienne, dans une entreprise de menuiserie, avant d'être accepté, en 1894, dans l'atelier de l'architecte Otto Wagner. Dans l'ombre du plus célèbre architecte viennois de cette période, Plečnik ne va pas tarder à s'affirmer. Après avoir participé aux travaux du métro de Vienne conduits par son maître, il passe son diplôme, et ce succès lui vaut une bourse de voyage à Rome dont il revient enthousiasmé. Membre actif de la Sécession — avec Klimt et Hoffmann —, Plečnik construit des villas dans le goût Art nouveau. Toute trace en a disparu, dès 1903, dans l'immeuble qu'il édifie pour l'industriel Zacherl, chef-d'œuvre singulier où s'allient rigueur et baroquisme.

Karlsplatz Stadtbahn, Vienne

Photographie : Karlsplatz Stadtbahn, Vienne

Karlsplatz, métro à Vienne, 1896-1900. Architecte : Otto Wagner. 

Crédits : Bridgeman Images

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En 1910, Plečnik reçoit la commande de l'église du Saint-Esprit destinée à un quartier ouvrier de Vienne. C'est la première d'une longue série d'édifices religieux où la foi catholique du maître d'œuvre s'exprime à l'aise. Ici, avant Auguste Perret, il a choisi le béton nu mais sans se dégager de la forme-temple — avec un monumental fronton triangulaire en façade — qu'il n'abandonnera jamais. Après sa nomination comme professeur à l'École des arts et métiers de Prague, on pensera même à lui, en 1912, pour succéder à Wagner : l'échec de ce projet — peut-être dû à ce qu'il appartenait à une minorité remuante — l'affectera beaucoup.

Après 1918 commence la seconde partie de la carrière de Plečnik qui se partage entre deux États nouveaux, la Tchécoslovaquie et la Hongrie. Intime du président Masaryk, il est chargé de transformer le château de Prague. Il aménagera un ensemble de salles — aucune technique de décoration ne lui est étrangère — et il transformera heureusement les jardins du Hradčany. Mais l'opus magnum de Plečnik, c'est désormais sa ville de Ljubliana : à partir des années 1920, il préside à son urbanisme et il occupera le poste de professeur à la faculté d'architecture de Slovénie jusqu'à sa mort. On lui doit les monuments les plus divers, dont l'église Saint-François de Siska (1925-1931) et la Bibliothèque universitaire (1936-1941) sont les plus marquants. Dans la Yougoslavie redevenue indépendante en 1945, la Slovénie occupe le rang de république. La dernière œuvre de Plečnik, en 1956, sera un pavillon de repos pour le maréchal Tito, à Brioni.

L'exposition consacrée en 1986 à Plečnik au Centre Georges-Pompidou, à Paris, a suscité un très vif mouvement de curiosité parmi les architectes français. Presque tous ignoraient son œuvre, occultée par les tenants du Mouvement moderne que l'artisan du Danube tenait en piètre estime : dans les constructions de Le Corbusier, il voyait seulement les travaux hygiénistes d'un protestant suisse. Car Plečnik, issu de l'univers de l'Europe centrale baroque et fervent praticien du bois, délaissé — et même condamné — par les Modernes, n'avait rien de commun avec les constructeurs œuvrant dans le décor industriel des villes tentaculaires.

Sa référence suprême resta toujours Rome. Il se rattache donc au courant néo-classique et il peut apparaître comme l'un des précurseurs des post-modernistes. N'a-t-il pas torturé tout le répertoire formel de l'Antiquité, utilisant constamment les colonnes et prenant plaisir à modifier les volutes du chapiteau ionique ; Il faut souligner en outre la foi très vive de Plečnik, foi sous-jacente à son métier d'architecte. Le Slovène, en effet, ne se maria pas pour pouvoir remplir pleinement sa vocation d'architecte. Il resta toute sa vie fidèle au catholicisme de son enfance et chercha sincèrement, par le mélange des éléments classiques et régionalistes, à inventer une architecture slovène. Une impasse, sans doute, mais dont l'authenticité est trop rare pour ne pas mériter un détour.

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Roger-Henri GUERRAND, « PLEČNIK JOZE - (1872-1957) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joze-plecnik/