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CONSTABLE JOHN (1776-1837)

Peintre des vallées fraîches et fertiles du Suffolk, des ciels chargés de la Manche et de quelques monuments vénérables comme la cathédrale de Salisbury, Constable donne à voir une Angleterre paisible et apparemment somnolente. Profondément attaché à l'univers rural de son enfance, il choisit un nombre limité de sujets vibrants de résonances affectives. Il plaide pour une observation directe, quasi scientifique de la nature, mais son œuvre traduit toujours une intense émotivité. Le public de son temps n'appréciait guère sa facture véhémente et son indifférence au détail ; il lui reprochait ses éclaboussures de blanc et ses verts envahissants. Plus tard, les impressionnistes français reconnaîtront la qualité d'une peinture qui anime des scènes banales d'une intensité dramatique, et qui place Constable au rang d'un Ruysdael et d'un Cézanne.

<it>La Cathédrale de Salisbury vue du jardin épiscopal</it>, J. Constable - crédits :  Bridgeman Images

La Cathédrale de Salisbury vue du jardin épiscopal, J. Constable

Le Champ de blé, J. Constable - crédits : Erich Lessing/ AKG-images

Le Champ de blé, J. Constable

Une existence difficile

Né en 1776 à East Bergholt (Suffolk), Constable appartient à une famille de meuniers assez aisés. Son père, Golding Constable, possède plusieurs moulins à eau et à vent qui seront des sujets de prédilection du peintre. Initié au dessin par un amateur local, il a la chance de découvrir grâce à un mécène, sir George Beaumont, les œuvres de Claude Lorrain et de Thomas Girtin. Malgré les réticences de sa famille, il opte pour une carrière artistique et part en 1799 étudier à la Royal Academy, où il expose à partir de 1802. Il s'essaie d'abord à plusieurs genres – portrait, peinture religieuse –, mais sa préférence va au paysage. Comme ses contemporains Towne, Girtin et Turner, il fait des voyages dans le nord du pays en quête de paysages réputés pittoresques ; pourtant, ce sont les paysages plus humanisés du sud qui le fascineront toute sa vie. Son attachement à la vallée natale de la Stour est bientôt renforcé par son amour longtemps frustré pour Maria Bicknell, la nièce du pasteur d'East Bergholt.

Les années 1815-1816 marquent un tournant dans sa vie : il perd ses parents, auxquels il était très attaché, et épouse Maria, avec qui il s'installe définitivement à Londres. La carrière professionnelle de Constable est marquée au sceau des ambitions déçues. Médiocre portraitiste, le peintre ne trouve pas beaucoup de clients. Même dans le genre du paysage, il doit vite affronter l'indifférence ou l'incompréhension : les critiques lui reprochent le manque de fini de ses toiles, son coloris violent ; on l'accuse plaisamment de jeter de la chaux et même du foin coupé sur ses tableaux... À sa grande déception, il devra attendre l'âge de cinquante-trois ans avant d'être élu académicien. Quant à son bonheur conjugal avec Maria Bicknell, il sera interrompu par la mort prématurée de celle-ci en 1828. Malgré quelques crises de dépression, Constable ne doutera jamais de son talent, et ne cessera jamais d'exposer. À partir de 1829, il prépare avec le graveur David Lucas une série de paysages en mezzo-tinto, English Landscape Scenery, qui ne connaîtra aucun succès. Dans les dernières années de sa vie, il prononcera des conférences sur la peinture dans un ultime effort pour justifier sa conception du paysage. Mais il meurt en 1837, complètement éclipsé par Turner, sans avoir vu son originalité pleinement reconnue.

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Écrit par

  • : professeur à l'université de Clermont-Ferrand-II-Blaise-Pascal

Classification

Pour citer cet article

Jacques CARRÉ. CONSTABLE JOHN (1776-1837) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Médias

<it>La Cathédrale de Salisbury vue du jardin épiscopal</it>, J. Constable - crédits :  Bridgeman Images

La Cathédrale de Salisbury vue du jardin épiscopal, J. Constable

Le Champ de blé, J. Constable - crédits : Erich Lessing/ AKG-images

Le Champ de blé, J. Constable

<it>Le Château de Hadleigh</it>, J. Constable - crédits :  Bridgeman Images

Le Château de Hadleigh, J. Constable

Autres références

  • LE CHAMP DE BLÉ (J. Constable)

    • Écrit par
    • 209 mots
    • 1 média

    Le Champ de blé (National Gallery, Londres), peint en 1826 par John Constable (1776-1837), exposé la même année à Londres à la Royal Academy puis en 1827-1828 à Paris au Salon (sans y être beaucoup remarqué), est une des peintures les plus célèbres de Constable, et probablement la plus populaire...

  • JOHN CONSTABLE ET LA CAMPAGNE ANGLAISE - (repères chronologiques)

    • Écrit par
    • 562 mots

    1776 Naissance de Constable à East Bergholt, dans le Suffolk, où son père est propriétaire, en particulier de moulins. Il grandit dans la vallée de la Stour, une petite rivière, où il habitera pendant longtemps à l'âge adulte, et d'où il tirera le sujet de certains de ses tableaux les plus célèbres...

  • LA PEINTURE DE PAYSAGE, John Constable - Fiche de lecture

    • Écrit par
    • 975 mots
    • 1 média

    John Constable (1776-1837) consacra l'essentiel de sa carrière à la peinture de paysage. Il avait une connaissance approfondie de son histoire et de sa théorie : on a conservé la liste des livres qu'il possédait sur le sujet, et qui montrent l'ampleur de ses curiosités dans ce domaine. Mais relativement...

  • ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Peinture

    • Écrit par et
    • 8 176 mots
    • 12 médias
    Les deux grands maîtres du paysage anglais, John Constable (1776-1837) et William Turner (1775-1851), sont de la même génération, mais presque tout les sépare, du milieu social à la carrière professionnelle et du choix des thèmes à la technique picturale. Constable appartenait à la bourgeoisie rurale...
  • ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Aquarelle

    • Écrit par
    • 3 840 mots
    • 2 médias
    C'est à John Robert Cozens et à John Constable que l'on doit les aquarelles les plus typiquement romantiques, dans la mesure où le paysage, et singulièrement le ciel, y est « le véhicule du sentiment », selon Constable. Certes, beaucoup d'œuvres de J. R. Cozens peuvent paraître caractéristiques de l'esthétique...
  • ROMANTISME

    • Écrit par et
    • 22 170 mots
    • 24 médias
    ...n'a pas fait partie de la confrérie mais suit des principes semblables. Pourtant, c'est dans la peinture anglaise que le romantisme s'est produit sous un tout autre aspect, avec une autorité qui a attiré l'attention de l'Europe artistique, grâce surtout à deux grands paysagistes :Constable et Turner.
  • GIRTIN THOMAS (1775-1802)

    • Écrit par
    • 496 mots

    Formé auprès de l'aquarelliste Edward Dayes, dont l'œuvre est bien représentatif de l'agréable tradition topographique du xviiie siècle, le peintre anglais Thomas Girtin va révolutionner cette dernière. Vers la même époque, en copiant et en coloriant des gravures d'après...