BECHER JOHANNES ROBERT (1891-1958)

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« Ce jeune fils de bourgeois criant sa révolte dans un expressionnisme débridé », comme le décrit A. Abusch, ce militant acharné de la paix, engagé dans l'action communiste, après la Première Guerre mondiale, devient, après 1945, l'un des fondateurs de la politique culturelle de la République démocratique allemande.

Né à Munich de père juriste, il fait des études de lettres et de médecine à Berlin, Munich et Iéna à partir de 1911, date de sa première publication — un hommage à H. Kleist — qui sera suivie d'une abondante production poétique de facture expressionniste. À partir de 1913, il collabore l'édition des revues Revolution et Die neue Kunst, et, pendant la guerre, Die weissen Blätter et Die Aktion. Dans Décadence et triomphe (Verfall und Triumph, poèmes, 1914), Becher dénonce la misère des grandes villes et clame son angoisse et sa révolte devant un monde chaotique et absurde. La guerre accélère le processus de rupture avec son milieu d'origine et il prend résolument parti pour la paix dans À l'Europe, Fraternisation (An Europa, Verbrüderung, poèmes, 1916) et Péan contre notre époque (Päan gegen die Zeit, poèmes, 1918).

Enthousiasmé par la révolution d'Octobre, il rejoint les Spartakistes et adhère, en 1919, au Parti communiste allemand tout en gardant une tendance à la religiosité et au mysticisme. Ouvriers, paysans et soldats (Arbeiter, Bauern und Soldaten, drame, 1921 et 1924) met en scène un homme qui est fils et frère de Dieu et rêve d'un pays saint où règne la vraie fraternité humaine. Dans sa production d'après-guerre : Le Cadavre sur le trône (Der Leichnam auf dem Thron, poèmes, 1925) et Le banquier traverse à cheval le champ de bataille (Der Banquier reitet über das Schlachtfeld, récit, 1926), la dénonciation de la guerre reste permanente. Levisite ou la Seule Guerre juste (Levisite oder Der einzig gerechte Krieg, roman, 1926) qui valut à son auteur un procès pour haute trahison, condamne les trusts allemands responsables ainsi que l'utilisation des gaz asphyxiants — la seule guerre juste étant la lutte de classes.

De plus en plus engagé dans l'action politique, il devient secrétaire de l'Union des écrivains révolutionnaires prolétariens fondée en 1928 et en dirige l'organe mensuel, Die Linkskurve.

En 1933 il émigre à Vienne, Prague et Paris, pendant que les nazis brûlent ses œuvres et le privent de sa nationalité en 1934. Il se consacre alors à la lutte contre le fascisme et à la défense de la littérature humaniste et antifasciste. Il plaide pour une politique d'alliance de tous les antifascistes allemands au Ier Congrès international pour la défense de la culture, à Paris, en 1935, date à laquelle il se fixe à Moscou. Sa réflexion sur le destin national détermine chez lui un nouveau style d'écriture, notamment un recours à des mètres classiques. Le sonnet qu'il juge fondamental, par sa structure dialectique, lui permet d'opposer à la barbarie nazie la beauté du pays natal et toute la tradition des humanistes allemands. Outre son roman autobiographique Adieu (Abschied, 1940) où il peint la société bourgeoise allemande au début du xxe siècle, il publie des recueils poétiques inspirés par les circonstances : Certitude de la victoire (Gewissheit des Sieges, 1939), Merci à Stalingrad (Dank an Stalingrad, 1943). Dans Bataille d'hiver (Winterschlacht, tragédie, 1942), un jeune soldat qui croit servir l'Allemagne en servant Hitler et doute peu à peu sa « vérité », illustre la responsabilité des Allemands et leur tragédie.

Rentré en Allemagne dès 1945, il crée la même année l'Union culturelle pour la rénovation démocratique de l'Allemagne, la maison d'édition Aufbau et édite diverses revues culturelles. Il compose l'hymne national de la R.D.A. et, nommé ministre de la Culture en 1954, il poursuit par ailleurs son œuvre poétique et théorique.

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  • : ancien élève de l'École polytechnique, secrétaire général de la société Ernault Toyota-Automation

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Jean-Paul MATHIEU, « BECHER JOHANNES ROBERT - (1891-1958) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/johannes-robert-becher/