DESCHAMPS JÉRÔME (1947- )

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Acteur et metteur en scène, Jérôme Deschamps est d’abord le fondateur de la troupe des Deschiens qu’il crée avec Macha Makeïeff. Il codirige avec cette dernière le Théâtre national de Nîmes de 2003 à 2007 et, de 2007 à 2015, il est à la tête de l’Opéra-Comique.

Neveu du comédien Hubert Deschamps, Jérôme Deschamps est né dans une famille bourgeoise de Neuilly-sur-Seine le 5 octobre 1947. Son parcours est celui de toute une génération arrivée au théâtre dans la foulée de Mai-1968 et qui a imaginé une nouvelle relation entre la création et le public. Il fait ses études au lycée Louis-le-Grand à Paris, où il rencontre Jean-Pierre Vincent et Patrice Chéreau.

Formé à l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT) de la rue Blanche, puis au Conservatoire national supérieur d’art dramatique à Paris (CNSAD), il entre à la Comédie-Française. Il y reste trois ans, au cours desquels il joue notamment, en 1975, dans Partage de midi sous la direction d’Antoine Vitez. Ce même Vitez, dont il a été l’élève, l’engage pour la première fois dans Mère Courage de Brecht en 1973, avant d’accueillir ses premières créations au Théâtre des Quartiers d’Ivry : Baboulifiche et Papavoine (1973), Blanche Alicata (1977) et, surtout, La Famille Deschiens (1979). Créé à l’enseigne des Deschiens, sa toute nouvelle compagnie, ce spectacle contient en germe tout ce qui a fait l’originalité du théâtre de Jérôme Deschamps. Vêtus de guingois (blouses, charentaises, vêtements étriqués aux couleurs grises ou pétantes, qui donneront naissance au style Deschiens) et démunis face à un quotidien qu’ils ne maîtrisent pas, ses personnages sont sans cesse en butte aux situations et aux objets qui leur résistent ou se dérobent – table, chaise, vieux landau, assiettes qui volent, litrons de rouge. Incapables de communiquer sinon par borborygmes, il semble que le langage se refuse à eux. Leur style de jeu, tout à la fois clownesque et burlesque, emprunte aussi bien à Charlie Chaplin qu’à Buster Keaton ou Jerry Lewis. La même année, Jérôme Deschamps crée Les Oubliettes, puis La Petite Chemise de nuit. Suivront Les Précipitations (1980), En avant ! (1981), Les Blouses (1982), La Veillée (une satire des animateurs socioculturels ; 1984) et C’est dimanche (1985). Dans Les Petits Pas (1987), Jérôme Deschamps met en scène un music-hall pour artistes à la retraite (la plupart des personnages sont interprétés par des comédiens amateurs).

Ses détracteurs l’accusent de cynisme et de mépris envers les « pauvres gens ». En réalité, s’ils apparaissent souvent « affreux, sales et méchants », ses personnages sont d’abord les représentants d’une humanité dérisoire, combattants de l’existence envers et contre tout ce qui les entrave. Par-delà les gags et les rires, on voit surgir par à-coups chaleur humaine, émotion, tendresse, voire poésie.

Au fil des années, Jérôme Deschamps affirme et peaufine son style, créant à chaque fois la surprise. Ainsi de Lapin Chasseur, en 1989. Le spectacle, au Théâtre national de Chaillot, partage le public en deux groupes : le premier est invité à découvrir la chronique croquignolette d’un restaurant d’abord côté cuisine, puis, après l’entracte, côté salle ; le second groupe suit simultanément le mouvement inverse.

Après Les Frères Zénith (1990) et Les Pieds dans l’eau (1992), Jérôme Deschamps et ses Deschiens connaissent la consécration populaire en passant de la scène au petit écran, sur Canal Plus, de 1993 à 1996, puis de 2000 à 2002 dans le cadre de l'émission « Nulle Part Ailleurs ». Dans la troupe informelle réunie peu à peu par Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff, des personnalités fortes se révèlent : Yolande Moreau, François Morel, Olivier Saladin, Philippe Duquesne... C’est magnifique (1994), Les Pensionnaires (1999), La Cour des grands (2001), Les Étourdis (2003) réservent encore de belles surprises. Pourtant, l’invention s’épuise. Les échappées vers les classiques (Les Précieuses ridicules en 1997, La Méchante Vie d’Henri Monnier en 2006, L’Affaire de la rue de Lourcine de Labiche, en 2007) ne sont guère convaincantes. La tendresse et l’insolence font place à l’académisme, comme en 2010 [...]

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  • : journaliste, responsable de la rubrique théâtrale à La Croix

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Didier MÉREUZE, « DESCHAMPS JÉRÔME (1947- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jerome-deschamps/