MOREAU YOLANDE (1953- )

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C'est en 2008 que Yolande Moreau a triomphé sur les écrans. À la télévision (prix d'interprétation féminine au festival de La Rochelle pour Villa Marguerite de Denis Malleval) comme au cinéma, dans Louise-Michel (Benoît Delpine et Gustave Kervern) et Séraphine (Martin Provost), qui lui vaut le césar de la meilleure actrice, moins de cinq ans après avoir obtenu une première fois cette distinction avec Quand la mer monte... (2004). Sa carrière s'était amorcée près d'un quart de siècle avant qu'elle n'atteigne le haut de l'affiche.

Yolande Moreau est née à Bruxelles en 1953. C'est là qu'elle joue dans des spectacles pour enfants et, après un peu de théâtre expérimental, débute dans les cafés. En 1985-1986, pour son « one woman show », Salle affaire, du sexe et du crime, elle sillonne les petites scènes du Nord (France et Belgique) avec un masque à grand nez de papier mâché touchant et ridicule, sa valise et ses bras peints en rouge. Elle impose un physique lourd, son accent belge du terroir, une gestuelle lente et une élocution difficile, pour exprimer des réflexions d'un bon sens torturé, des états d'âme provoqués par les détails insignifiants du quotidien. Ces traits atypiques lui confèrent une présence indéfinissable fondée sur le paradoxe d'une banalité aussi humble qu'étrange. Elle admire alors Zouc et suit l'enseignement de l'école de théâtre de Jacques Lecocq.

Les cinéphiles la découvrent dans Sans toit ni loi (1985, Agnès Varda), où Yolande Moreau fait partie des gens qui ont croisé Mona (Sandrine Bonnaire) durant les derniers jours de sa vie de routarde. Son interprétation s'inscrit aux limites indécises entre l'authenticité miraculeusement préservée d'un amateur et le professionnalisme d'une composition extrêmement maîtrisée, s'extrayant peu à peu du statut de témoin privilégié pour acquérir l'épaisseur d'un véritable protagoniste. À l'inverse d'une comédienne de composition, Yolande Moreau s'affirme comme une actrice-personnage. Elle ne se coule dans aucun rôle, ne va pas au personnage mais l'attire à elle, le vampirise jusqu'à l'incarner d'une façon évidente et unique.

En 1989, à la suite d'une audition, elle est engagée par Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. Elle restera douze ans dans la troupe des Deschiens, dont elle devient une figure de légende sur toutes les scènes de France, avec Lapin chasseur (1989), Les Pieds dans l'eau (1992), Les Brigands d'Offenbach (1993), C'est magnifique (1994), Le Défilé (1996), Les Pensionnaires (1999) et même dans leur mise en scène des Précieuses ridicules (1997). Leur participation à « Nulle part ailleurs » en 1994, sur Canal Plus, transforme alors le burlesque de ces niais obtus en phénomène de société.

Parallèlement, Yolande Moreau travaille pour le cinéma. Dans des rôles de boulangère, de patronne de P.M.U., de femme de ménage ou d'employée des postes, elle fait d'abord des incursions décalées dans des films souvent médiocres, même lorsqu'elle est face aux comiques à la mode (Elie Semoun et Didier Bourdon dans Tout doit disparaître, de Philippe Muyl, 1997) ou en compagnie de quelques-uns des Deschiens (Olivier Broche, premier rôle du Voyage à Paris de Marc-Henri Dufresne, 1998). En 2001, en revanche, Jean-Pierre Jeunet lui offre un véritable personnage (celui de la Concierge) dans Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain et, la même année, Dominique Cabrera lui permet de quitter son image de comique de service pour aborder des rôles dramatiques : elle sera une femme complexe dans Le Lait de la tendresse humaine puis, sous la direction du même metteur en scène, une malade mentale prise dans les tourments de l'Histoire dans Folle Embellie (2004).

À ce moment, elle vient d'écrire et de réaliser son premier long-métrage, Quand la mer monte... (2004, cosigné par Gilles Porte). En tournée pour la représentation de Sale Affaire, Irène (Yolande Moreau) noue une tendre relation avec un porteur de géants en osier qui servent à l'animation de fêtes locales. L'onirisme du comique triste de son rôle rencontre la douceur poétique et chaleureuse de l'aventure sentimentale que vivent ces êtres simples et fragiles. Le schématisme de l'intrigue s'enrichit de détails documentaires pleins de drôlerie : l'actrice rejoue sur scène son spectacle des années 1980, permettant à la caméra de saisir en direct les réactions du public de ces modestes salles conviviales qui donnent au film sa tonalité originale.

Dès lors, Yolande Moreau se voit enfin proposer [...]

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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René PRÉDAL, « MOREAU YOLANDE (1953- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/yolande-moreau/