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NOUVEL JEAN (1945- )

L’architecture comme un art visuel

C'est un concours gagné en 1981, celui de l'Institut du monde arabe à Paris, qui lui permet de réaliser avec Architecture Studio (M. Robain, J.-F. Galmiche, R. Tisnado, J.-F. Bonne) une œuvre phare de la nouvelle architecture parisienne qui le propulse définitivement dans la célébrité. Il obtient le prix de l'Équerre d'argent pour l’IMA. Achevé à l'automne de 1987, cet édifice élégant, lisse et spectaculaire, d'une rare sophistication, fait du collage d'images inspirées de la technique et de références puisées à la tradition orientale (comme les diaphragmes de la façade qui s'ouvrent ou se referment en fonction des variations de la lumière), est parfaitement intégré tant au mouvement du quai en bord de Seine qu'à l'espace plus abstrait et froid de la faculté de Jussieu.

En 1987 également, Nouvel achève avec d'autres associés deux opérations de logement social tout à fait inédites par leur esthétique industrielle, leurs escaliers métalliques, leurs bardages de tôle et par les surfaces abondantes qu'elles offrent. Celle de Saint-Ouen d'abord, celle de Nîmes-Nemausus surtout, dont l'aspect hirsute et acéré, le brutalisme, la place faite aux interventions d'artistes, la situation insolite (deux vaisseaux de fer parallèles, glissés parmi les files de platanes) suscite un énorme intérêt, prouvant que dans le logement social aussi il est possible d'échapper aux modèles traditionnels et de créer le sentiment d'une aventure, peut-être futuriste, anticipant sur les modes de vie à venir, ou peut-être simplement « branchée » : l'avenir le dira. En 1988, il crée l'agence Jean Nouvel, Emmanuel Cattani et associés, à laquelle succédera en 1994 sa propre agence, Architectures Jean Nouvel.

Parmi les projets qui vont suivre – la tour d'Hérouville-Saint-Clair, étudiée en 1988, à la façon d'« un cadavre exquis », par quatre équipes d'architectes européens conversant par télécopie ; la rénovation de l'Opéra de Lyon, édifice néo-classique coiffé d'un haut volume hémicylindrique de verre et d'acier (1993) ; le bâtiment de la fondation Cartier à Paris (1994) ; le nouveau Centre dramatique national de Perpignan ou l'énorme structure qu'il imagine en 1988 pour le centre thermal de Vichy ; ou encore le centre des congrès de Tours, terminé en 1993 –, le plus remarqué est l'extraordinaire Tour sans fin qui remporte en 1989 le concours de la Folie. Conçue avec Jean-Marc Ibos, cette tour extrêmement fine, haute d'environ 400 mètres, un cylindre monobloc, dont la définition technique aurait constitué un renouvellement radical du gratte-ciel de bureaux, n'a finalement pas été réalisée.

Après avoir inauguré un impressionnant monolithe noir (Onyx) sur un parking de Saint-Herblain (un centre culturel conçu avec Myrto Vitard), Jean Nouvel, au début de 1989, achève deux édifices fort différents : le centre de documentation du CNRS à Nancy et l'insolite hôtel Saint-James du restaurateur Amat près de Bordeaux, entièrement voilé d'une sorte de résille d'acier rouillé qui le pare d'un voile mystérieux.

Parmi ses réalisations des années 1990, il convient de citer trois œuvres majeures : le Triangle des gares, Euralille (1994), les Galeries Lafayette, à Berlin (1996), et le centre de culture et des congrès de Lucerne (Suisse, 1999).

Quelques ensembles des années 2000 se distinguent également, comme l'extension du musée Reina Sofia à Madrid (Espagne, 2005), le musée du quai Branly à Paris, consacré aux arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques (2006), la Philharmonie de Paris (2015), le musée du Louvre Abu Dhabi (2017).

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Écrit par

  • : critique d'architecture
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ARCHITECTURE (Thèmes généraux) - Notions essentielles

    • Écrit par Antoine PICON
    • 4 952 mots
    ...années 1970. En marge de ce courant dominant, des architectes comme Rem Koolhaas refusent de se plier aux exigences des espaces urbains traditionnels. D'autres, comme Jean Nouvel, annoncent la fin de l'architecture tridimensionnelle, la fin de l'espace architectural, au profit d'un univers de textures...
  • LA SEINE MUSICALE, Boulogne-Billancourt

    • Écrit par Eve ROY
    • 1 088 mots
    • 1 média
    En 2009, Jean Nouvel, longtemps opposé à la démolition du site, est nommé architecte coordinateur du projet. Le plan directeur qu’il dessine prévoit notamment un jardin central sous serre (Michel Desvigne en est le paysagiste) et une mixité des programmes destinés à créer dynamisme et animation....
  • PARIS

    • Écrit par Jean-Pierre BABELON, Michel FLEURY, Frédéric GILLI, Daniel NOIN, Jean ROBERT, Simon TEXIER, Jean TULARD
    • 32 119 mots
    • 21 médias
    ...plusieurs immeubles de part et d'autre de la rue des Hautes-Formes (xiiie, 1975-1979), inaugure quant à lui un moment de renouvellement formel important, dont Jean Nouvel et Henri Gaudin seront également deux des principaux acteurs. Le premier se fait connaître avec l'Institut du monde arabe (ve, 1981-1987),...
  • QUAI BRANLY-JACQUES CHIRAC MUSÉE DU, Paris

    • Écrit par Julien GUILHEM, Barthélémy JOBERT
    • 3 199 mots
    • 1 média
    ...officiellement musée du quai Branly, ouvre au public le 23 juin 2006. Son identité est d'abord à chercher dans un édifice à la conception très originale, dû à Jean Nouvel. Celui-ci a joué à la fois de l'espace qui lui était alloué, des contraintes urbanistiques et d'une nécessaire insertion dans l'environnement...

Voir aussi