LA SEINE MUSICALE, Boulogne-Billancourt

« Posé » sur l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt, le nid tressé de l’auditorium de la Seine musicale, construit par les architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines, marque le premier aboutissement de l’histoire longue et complexe du réaménagement de l’île Seguin. Il vient couronner un ensemble de large extension (36 500 m2) dont les différents éléments architecturaux se complètent sur un socle commun.

La Seine musicale, Shigeru Ban et Jean de Gastines

La Seine musicale, Shigeru Ban et Jean de Gastines

photographie

Au terme d'un véritable feuilleton à épisodes commencé en 1992 avec la fermeture des usines Renault à Boulogne-Billancourt, le projet de réaménagement de l'île Seguin commence à voir le jour avec le complexe de la Seine musicale, réalisé par Shigeru Ban et Jean de Gastines. 

Crédits : Didier Boy de la Tour

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De l’île-machine à la vallée de la culture

Les îles de Billancourt (Saint-Germain et Seguin) sont des îles naturelles de la Seine situées à l’ouest de Paris, qui constituèrent à la Belle Époque un lieu de loisirs pour les Parisiens. Mais l’histoire retient surtout l’époque où l’île Seguin fut acquise par Louis Renault, en pleine expansion industrielle. Entre 1919 et 1935, elle fut remodelée, surélevée pour affronter les crues, réduite en amont pour favoriser la circulation fluviale tandis que deux ponts la relièrent à Boulogne et à Meudon. Le profil des bâtiments en ciment armé de l’île-machine s’imposa comme un symbole dans le paysage.

En 1992, la fermeture des usines Renault de Boulogne marque la fin de l’exploitation industrielle de l’île. Le site est alors au cœur d’enjeux patrimoniaux, mémoriels et fonciers. Renault lance une consultation architecturale internationale, mais, après de nombreux débats, les anciens bâtiments de l’usine sont détruits en 2004-2005, à l’exception des ponts et de quelques « lieux-témoins », tels que le portail d’entrée de l’usine ou le fronton de la pointe amont de l’île. Au même moment, François Pinault renonce à son projet de fondation d’art contemporain et la ville de Boulogne rachète le terrain. L’ensemble de l’aménagement est alors repensé, en lien avec le projet du Grand Paris.

En 2009, Jean Nouvel, longtemps opposé à la démolition du site, est nommé architecte coordinateur du projet. Le plan directeur qu’il dessine prévoit notamment un jardin central sous serre (Michel Desvigne en est le paysagiste) et une mixité des programmes destinés à créer dynamisme et animation.

À la pointe amont de l’île, au projet de la fondation Pinault succède celui du centre d’art porté par la fondation Emerige (RCR Arquitectes, lauréats du prix Pritzker 2017) et annoncé pour 2021. En pointe aval, la Seine musicale s’élève sur un terrain de 2,3 hectares acquis en 2010 par le département des Hauts-de-Seine et issu d’un partenariat public-privé (PPP) signé en 2013 entre le département et le groupement d’entreprises Tempo-Île Seguin.

Ce montage complexe est lié à l’ambition du projet et à sa position stratégique, symbole du renouveau du site, inoccupé durant plus de vingt ans. Les architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines ont cherché à prendre en compte les contraintes urbaines et environnementales, tout en créant un véritable repère dans le paysage.

Un nid de bois sur un navire de béton

Le projet des architectes, associés depuis 2003, consiste en un assemblage de plusieurs programmes unifiés par un socle de béton. Le complexe occupe presque intégralement la parcelle de plus de 300 mètres de long, soit près d’un tiers de l’île. L’élément phare, l’auditorium, adopte la forme d’un œuf dont la structure en résille de bois est protégée par des vitrages teintés. Sa salle « en vignoble » de 1 150 places est destinée à la musique non amplifiée. Les places, réparties en terrasses autour de l’orchestre, offrent une acoustique de qualité et une proximité rare avec les musiciens. Les murs et les plafonds sont recouverts de bois tressé et de sections de tubes de carton, signature de Shigeru Ban. Entre la double-peau de béton de l’auditorium et la peau de verre extérieure, des coursives suspendues permettent de circuler au plus près des piliers de béton et de la résille de bois, avec vue sur la Seine. En rotation permanente autour de l’auditorium, une voile de 45 mètres de haut ornée de panneaux photovoltaïques assure à l’équipement vitré une ombre indispensable et une certaine autonomie énergétique, labellisée haute qualité environnementale (HQE).

Au pied de l’auditorium, un vaste parvis surplombe les locaux de l’orchestre en résidence, Insula Orchestra. Au-delà, un escalier monumental dessert la pointe aval de l’île, espace de promenade privilégié.

De l’autre côté de l’auditorium, au cœur de la parcelle, la grande salle polyvalente de 4 000 à 6 000 places accueille les concerts de musique amplifiée. Sa scène inclinable montée sur vérins hydrauliques et ses gradins rétractables permettent également d’accueillir tous les types de spectacle vivant. Édifice introverti contrairement à l’auditorium, la salle est recouverte par un jardin en toiture (Bassinet Turquin Paysage) et ne se devine de l’extérieur que par l’étagement progressif du socle de béton.

Le sud-est de la parcelle, enfin, est occupé par le bâtiment de la maîtrise des Hauts-de-Seine (chœur d’enfants de l’Opéra de Paris). Simple parallélépipède doté d’un écran LED de 800 mètres carrés, il semble émerger au cœur du socle de béton, qui laisse place à un parvis desservi directement par le pont Renault.

Jean de Gastines et Shigeru Ban ont su tirer parti des contraintes du plan directeur de l’île, et notamment celle de préserver la circulation publique pour inventer un véritable « voyage » au cœur d’une cité musicale : face à Boulogne, une rue intérieure publique traverse le projet longitudinalement. Percée de vastes baies et ponctuée de piliers de béton obliques, elle dessert les salles de spectacle, mais aussi les studios d’enregistrement, les espaces dédiés aux entreprises, le foyer, les restaurants et boutiques.

On retrouve dans cette capacité à articuler les espaces, à fluidifier une succession de programmes, les qualités du duo franco-japonais qui s’était notamment illustré avec le Centre Pompidou-Metz, inauguré en 2010. Pour ce qui constitue le premier équipement de spectacle de leur carrière, les architectes livrent une œuvre complexe, imposante, qui prendra toute sa mesure lorsque le reste de l’île sera construit.

—  Eve ROY

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Écrit par :

  • : docteure en histoire de l'art

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Pour citer l’article

Eve ROY, « LA SEINE MUSICALE, Boulogne-Billancourt », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/la-seine-musicale-boulogne-billancourt/