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NOUVEL JEAN (1945- )

Une « architecture critique »

Combatif, rebelle, Jean Nouvel le restera longtemps. Son architecture trouve l'essentiel de sa vigueur, le prétexte à ses choix, dans cette attitude critique qui l'anime tout entier. En pleine période postmoderne, il élabore des édifices « réactifs ». Ainsi pour la maison Dick, construite en 1978 près de Troyes, comme on lui refuse un permis de construire, il feint de s'incliner, mais trace à la brique rouge les corrections du censeur et fait d'une violence qu'on lui impose le fondement même de son esthétique. Ainsi encore, l'année suivante, comme il doit construire à Antony un collège à partir d'un système industrialisé tout à fait médiocre, en renchérissant sur la standardisation, en numérotant chaque pièce de ce pauvre Meccano, en multipliant les effets de trame, imagine-t-il une sorte de paysage d'architecture normalisée, baigné des lueurs lugubres de tubes d'éclairage au néon.

Ailleurs, il s'essaie, avec une certaine maladresse qui suscite pourtant la curiosité, à la manipulation des significations croisées et à cet exotisme moderne qui est resté l'une de ses caractéristiques. Ainsi pour la clinique du Val-Notre-Dame de Bezons (Val-d’Oise), terminée en 1979, qu'il emballe sous une carrosserie de métal ondulé et brillant, et qu'il enrichit de passerelles et d'échelles de coupée pour tenter d'évoquer le caractère passager de la maladie et greffer sur cet édifice sanitaire l'idée du transatlantique mâtinée de celle des trains qui traversent l'Europe.

Si certains de ses projets de concours semblent un peu univoques et simplistes, d'autres réalisations ont un caractère stupéfiant, malgré quelques maladresses de détail et leur peu de souci de la commodité la plus élémentaire. Ainsi, en 1980, la rénovation drastique du vieux théâtre de Belfort, mis à nu, gratté, rayé, brûlé au chalumeau en certains endroits, et drapé en d'autres lieux de fastes quasi baroques. Dans le même registre « blessé », la réhabilitation en 1985 du lycée technique Dhuoda, à Nîmes, où se mêlent étrangement le saccage d'un bâtiment scolaire très ordinaire et son exaltation à grand renfort de feuilles d'or, de touches d'un bleu Klein profond et de bandes d'un rouge éclatant.

Jean Nouvel et les nombreuses équipes d'associés dont il a su s'entourer avant de rompre, le plus souvent d'ailleurs dramatiquement, fournissent à l'actualité des concours d'architecture des contributions toujours remarquées, rarement décevantes et bien souvent à deux doigts de l'emporter. On citera, parmi les concours perdus : le ministère des Finances, le parc de La Villette, la Défense, la Bibliothèque de France, l'Opéra de Tōkyō et l'aéroport d'Osaka. On citera également son extraordinaire proposition de médiathèque enfouie sous un sol de verre, à laquelle en 1984 la ville de Nîmes a préféré le projet de Norman Foster.

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Écrit par

  • : critique d'architecture
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ARCHITECTURE (Thèmes généraux) - Notions essentielles

    • Écrit par Antoine PICON
    • 4 952 mots
    ...années 1970. En marge de ce courant dominant, des architectes comme Rem Koolhaas refusent de se plier aux exigences des espaces urbains traditionnels. D'autres, comme Jean Nouvel, annoncent la fin de l'architecture tridimensionnelle, la fin de l'espace architectural, au profit d'un univers de textures...
  • LA SEINE MUSICALE, Boulogne-Billancourt

    • Écrit par Eve ROY
    • 1 088 mots
    • 1 média
    En 2009, Jean Nouvel, longtemps opposé à la démolition du site, est nommé architecte coordinateur du projet. Le plan directeur qu’il dessine prévoit notamment un jardin central sous serre (Michel Desvigne en est le paysagiste) et une mixité des programmes destinés à créer dynamisme et animation....
  • PARIS

    • Écrit par Jean-Pierre BABELON, Michel FLEURY, Frédéric GILLI, Daniel NOIN, Jean ROBERT, Simon TEXIER, Jean TULARD
    • 32 119 mots
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    ...plusieurs immeubles de part et d'autre de la rue des Hautes-Formes (xiiie, 1975-1979), inaugure quant à lui un moment de renouvellement formel important, dont Jean Nouvel et Henri Gaudin seront également deux des principaux acteurs. Le premier se fait connaître avec l'Institut du monde arabe (ve, 1981-1987),...
  • QUAI BRANLY-JACQUES CHIRAC MUSÉE DU, Paris

    • Écrit par Julien GUILHEM, Barthélémy JOBERT
    • 3 199 mots
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    ...officiellement musée du quai Branly, ouvre au public le 23 juin 2006. Son identité est d'abord à chercher dans un édifice à la conception très originale, dû à Jean Nouvel. Celui-ci a joué à la fois de l'espace qui lui était alloué, des contraintes urbanistiques et d'une nécessaire insertion dans l'environnement...

Voir aussi