BEINEIX JEAN-JACQUES (1946-2022)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Jean-Jacques Beineix, Luc Besson et Leos Carax ont formé, au début des années 1980, un courant dit « néobaroque » censé exprimer la mythologie et les défis de toute une jeunesse. Leur pari : un « tout pour l’image », issu de la BD, des graffitis, de la télévision et de la publicité, davantage que de l’esthétique de Jean-Luc Godard. Mais s’ils recyclent volontiers les clichés issus des magazines et des vitrines de grands magasins, leurs films expriment des passions violentes. Après le libertinage de la nouvelle vague, dans les années 1960, et la libération sexuelle de la décennie 1970, leurs films marquent un retour à l’amour fou.

Né le 8 octobre 1946 à Paris, Jean-Jacques Beineix abandonne, après Mai-68, ses études de médecine pour tenter, sans succès, le concours de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC). Il travaille comme assistant à la mise en scène, dans les années 1970, et réalise un court-métrage, Le Chien de Monsieur Michel (1977). Son premier long-métrage, Diva (1981), séduit par un scénario habile : un jeune facteur se trouve mêlé à la fois à une intrigue policière et à l’enregistrement pirate d’une diva (interprétée par Wilhelmenia Wiggins Fernandez) dont il tombe amoureux. Le grand succès remporté par le film aux États-Unis incite Gaumont à investir son plus gros budget 1982 dans La Lune dans le caniveau, d’après le roman de l’écrivain américain David Goodis. Avec Gérard Depardieu et Nastassja Kinski comme interprètes principaux, le film est réalisé à Cinecittá et renvoie au réalisme poétique de Marcel Carné et Jacques Prévert, mais il est très mal reçu au festival de Cannes 1983 et connaît un échec commercial. Au contraire, 37°2 le matin (1986), adaptation du troisième roman de Philippe Djian, va rassembler 3,6 millions de spectateurs. Zorg (Jean-Hugues Anglade) et Betty (Béatrice Dalle, dont c’est le premier film) s’aiment au milieu des bungalows vides d’une station balnéaire hors saison. Une passion brûlante emporte le couple dans une balade délirante et magnifique à la fois. Avec brio, Beineix filme généreusement affects, étreintes et création (Zorg a écrit un manuscrit que Betty s’acharne à vouloir faire publier). Dérision, surexcitation et contre-rythmes imposent une sincère fureur de vivre, jusqu’à ce que la folie emporte Betty.

Roselyne et les lions (1989) s’ouvre sur une cage vide, un travelling remontant le tunnel vers les fauves, qui surgissent sur la piste pour être domptés par une jeune héroïne (Isabelle Pasco), qui mime dans ce cercle son propre combat pour la vie. Quoiqu’improbable, l’histoire n’en épouse pas moins la réalité du cirque. Ainsi s’imposent la démesure d’un étonnant style décoratif. Enfin, pour IP5 L’île aux pachydermes (1992), Beineix choisit la forme du road-movie, qui réunit deux très jeunes délinquants et un vieil autostoppeur (Yves Montand) qui veut tuer celle qui l’a trahi. Mais c’est lui qui mourra d’un infarctus…

Après cette courte et intense filmographie, tout se dérobe et se bloque : aucune fiction n’est tournée pendant trente ans, sinon Mortel Transfert (2001), entre comédie policière lugubre et thriller psychanalytique de mauvais goût. Cependant, Jean-Jacques Beineix réalise ou produit une douzaine de documentaires, met en scène au théâtre une biographie musicale, Kiki de Montparnasse (2015), écrit un début d’autobiographie, Les Chantiers de la gloire (2006), et un roman, Toboggan (2020). Mais les échecs commerciaux à répétition (La Lune dans le caniveau, Roselyne et les lions, IP5 – L’île aux pachydermes, Mortel Transfert) lui ont fermé les principales sources de financement ; des projets bien amorcés s’enlisent, les propositions américaines disparaissent, sans doute aussi le désir et l’inspiration, Diva et 37°2 le matin demeurant deux belles réussites populaires et critiques sans lendemain.

Jean-Jacques Beineix meurt à Paris le 13 janvier 2022.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

Classification

Pour citer l’article

René PRÉDAL, « BEINEIX JEAN-JACQUES - (1946-2022) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-jacques-beineix/