SIVADIER JEAN-FRANÇOIS (1963- )

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La première mise en scène de Jean-François Sivadier, en 1996, révèle avec éclat l'originalité d'une démarche théâtrale dont l'écriture, la réflexion et la portée artistique se colorent d'une séduction ludique. Italienne avec orchestre évoque avec humour une répétition de La Traviata de Giuseppe Verdi à laquelle le public est convié. Celui-ci prend place dans la fosse d'orchestre, pour s'associer, en même temps que les acteurs, à l'élaboration de la représentation, découvrant ainsi de nouveaux repères à même de susciter une relation inédite avec l'acte théâtral et l'opéra. Cette préoccupation est au cœur des objectifs artistiques du metteur en scène.

Né le 11 juillet 1963, Jean-François Sivadier est également comédien. Après avoir fréquenté le conservatoire du Mans, il suit la formation de l'école du Théâtre national de Strasbourg de 1986 à 1989. Proche de l'auteur et metteur en scène Didier-Georges Gabily, il est notamment son interprète pour Violences (1991) et Enfonçures (1993), avec le Groupe T'chan'G', emblématique d'un esprit de troupe et adepte de la création collective. Sa pratique de comédien le conduit à collaborer avec des metteurs en scène aussi différents que Jacques Lassalle, Daniel Mesguich, Alain Françon, Dominique Pitoiset, Serge Tranvouez, Laurent Pelly, Yann-Joël Colin ou Stanislas Nordey.

Aujourd'hui encore, Jean-François Sivadier demeure un interprète dans certaines de ses créations. Auteur et metteur en scène d'un impromptu inspiré par Oscar Wilde et Shakespeare, Noli me tangere, créé en 1998 au festival Mettre en scène de Rennes, il livre deux ans plus tard une version remarquée de La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais. Inspiré par le premier titre de cette comédie, Sivadier fait souffler sur la scène un vent de folie, joyeusement irrévérencieux et jubilatoire en associant au jeu pétillant des comédiens de savoureuses trouvailles scéniques ponctuées de musiques et de chansons, sans altérer pour autant le sens et la portée subversive de cette œuvre. En 2002, il aborde le théâtre de Brecht avec La Vie de Galilée en se libérant des a priori souvent accolés à la dramaturgie brechtienne. Il réinvite une manière de distanciation, chère au dramaturge allemand, à travers une forme insolite et ludique qui renouvelle avec intelligence le regard et la réflexion portés sur les enjeux scientifiques et politiques, comme sur les interrogations soulevées par la fable.

En 2003, Jean-François Sivadier revient sur sa première création de 1996 et en propose une version renouvelée et augmentée sous le titre Italienne Scène et orchestre, qui affine encore les intentions de l'auteur et du metteur en scène dans son désir d'association active avec le public. Celui-ci est partie prenante de la représentation. À la fois témoin et acteur dans la figuration du chœur de l'opéra, il occupe tour à tour la scène et la fosse d'orchestre et se voit ainsi intimement intégré à la genèse de l'acte théâtral. Il en perçoit de manière sensitive les mécanismes d'élaboration, les désirs, les ambitions, les rivalités et les oppositions, épinglés avec humour, qui animent les différents participants dans l'espace clos du théâtre et de l'opéra. Une forme de miroir tendu sur la société extérieure, qui constitue aussi, avec intelligence et sensibilité, un questionnement du théâtre et de la position du spectateur. Représenté avec grand succès au cours d'une longue tournée, ce spectacle a reçu en 2004 le grand prix du Syndicat de la critique. Passionné de musique, Jean-Marie Sivadier prolonge sa relation à l'opéra avec ses réalisations à l'Opéra de Lille : Madame Butterfly de Giacomo Puccini en 2004, Wozzeck d'Alban Berg en 2006. Il met également en scène La Traviata au festival d’Aix-en-Provence 2011. Sans abandonner le théâtre pour autant : à preuve La Mort de Danton de Georg Büchner, créé au printemps 2005 au Théâtre national de Bretagne. Il s'agit là du dernier volet de ce qui peut apparaître, après Le Mariage de Figaro et La Vie de Galilée, comme un triptyque où se croisent politique et poétique autour de la notion de pouvoir. L'association, dans un même espace scénique, des pièces de Brecht et de Büchner lors du festival d'Avignon 2005, allait dans ce sens. Le drame du jeune Büchner constitue à la fois un manifeste politique et artistique. Sa vision des cheminements de pensée et des dernières luttes sans espoir de Danton et de Desmoulins à l'ombre de la mort fait tomber les masques des héros révolutionnaires et appelle de nouvelles formes de dramaturgie. Deux aspects restitués avec une liberté tonique par la mise en scène de Jean-François Sivadier, qui s'attache ici à éclairer l'humanité des protagonistes, créant là encore par l'interprétation et le jeu théâtral une relation complice avec les spectateurs. Présenté lors du festival d'Avignon 2007, Le Roi Lear, s'inscrit heureusement dans la continuité d'une pratique théâtrale originale et attachante. Dans cette nouvelle version, la pièce de Shakespeare est portée par une vitalité communicative et animée d'un esprit bateleur qui intègre différentes formes scéniques. Elle aborde les thématiques et les interrogations de la tragédie avec un souffle communicatif et déstabilisant qui est aussi l'expression d'un plaisir du théâtre. À travers ses spectacles, dont le caractère politique est évident, tout en étant dépouillé de tout didactisme idéologique, avec des moyens simples, qui privilégient la présence de l'acteur et un esprit de troupe, Jean-François Sivadier procède à une démythification de certaines formes théâtrales pour ouvrir avec exigence sur une dimension ludique et populaire, comme on le voit encore avec La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau (2009), ou Le Misanthrope, de Molière (2013).

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LA VIE DE GALILÉE (mise en scène J.-F. Sivadier)

  • Écrit par 
  • Didier MÉREUZE
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À l’été 2002, Jean-François Sivadier triomphait au festival d’Avignon. Quelques mois seulement après l’avoir créée au Théâtre national de Bretagne, à Rennes, il présentait sa mise en scène de La Vie de Galilée. Jouée tambour battant à la manière du théâtre de tréteaux, cette œuvre testamentaire (la troisième version établie […] Lire la suite

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Jean CHOLLET, « SIVADIER JEAN-FRANÇOIS (1963- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-francois-sivadier/