NORDEY STANISLAS (1966- )

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Fils de la comédienne Véronique Nordey et du cinéaste Jean-Pierre Mocky, Stanislas Nordey est né à Paris le 12 septembre 1966. Il se tourne vers la scène après avoir entrepris des études d'histoire.

Je suis Fassbinder, S. Nordey et F. Richter

Photographie : Je suis Fassbinder, S. Nordey et F. Richter

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Crédits : Elizabeth Carecchio

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Il entre au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, constituant dès cette époque une partie de l'équipe avec laquelle il ne cessera de travailler. On touche là à l'essentiel de la démarche de Nordey : la troupe comme outil de création, ce qui n'implique pas nécessairement une pratique telle que l'écriture collective. L'acte de naissance de la compagnie se situe en 1987, dans le cadre du festival off d'Avignon, avec une version ludique, initiatique et enjouée de La Dispute de Marivaux.

À partir de 1990, Stanislas Nordey va mener de front une double carrière de metteur en scène et de comédien, jouant aussi bien dans les pièces qu’il monte que dans celles d’auteurs qui lui sont proches. C'est autour d'auteurs contemporains que la troupe, à l'intérieur de laquelle se détachent quelques figures (Valérie Lang, Myrto Procopiou, Virginie Volmann, Frédéric Fisbach) bâtit son identité. L'emblème de leur démarche est Pasolini, dont Nordey met en scène Bêtes de style (1991), puis Calderón (1993), et Pylade (1994). Ici le politique est véhiculé par le poétique, et Stanislas Nordey entreprend de faire résonner, de rendre audible le texte, de trouver la scansion fidèle à son rythme. Pylade, tragédie de l'échec révolutionnaire, est aussi un essai théâtral sur la parole publique, sur les formes frontales du discours politique.

Manfred Karge (La Conquête du pôle Sud, 1993), Heiner Müller (Ciment, 1995), s'ajoutent à la liste. Stanislas Nordey, adepte d'un dispositif scénique minimal, et d'une esthétique qui, à l'instar de celle d'Artaud, fait de l'acteur le foyer de la représentation, choisit les œuvres où s'incarnent sa conception d'un théâtre antiquotidien, aux antipodes du naturalisme, où l'acte de parler fait lui-même l'objet d'une mise en scène.

Entre ses mains, le texte est un matériau dont il n'éclaire souvent que quelques aspects : dans Ciment, la crise qui frappe le couple central prend le pas sur l'épopée bolchevique. De même pour La Noce de Wyspianski (1996), qu'il débarrasse de son ancrage dans la culture et le folklore polonais, la privant du même coup de toute référence au contexte politico-historique de son écriture. Son goût de l'inédit le conduit à investir une œuvre bancale : attiré par le rituel macabre et le travestissement, il bute sur Splendid's (1995), une pièce que Genet souhaitait mettre au rebut.

Vole mon dragon (1994), d'après un court récit de Hervé Guibert, est son manifeste artistique, et rappelle certaines expériences de Bob Wilson. Mêlant comédiens professionnels et sourds-muets, Nordey met ici sa maîtrise chorégraphique au service d'une mise en scène du processus théâtral auquel il aspire : un art fragile, car toujours réinventé, de la rencontre et de l'écoute qui exige adhésion et presque abandon de la part du public.

Les spectacles de Nordey sont souvent exceptionnellement longs (quatre heures trente pour Pylade, huit pour Vole mon dragon).

Précocement rompu aux responsabilités institutionnelles (en résidence au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis dès 1994, puis associé à la direction artistique des Amandiers de Nanterre, directeur de 1997 à 2004 du Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis), il a tenté une incursion dans le théâtre chanté (Pierrot lunaire de Schoenberg et Le Rossignol de Stravinski, au Châtelet en 1997, sous la direction de Pierre Boulez). Par la suite, il mettra en scène plusieurs opéras : Le Grand Macabre de Ligeti en 1998, Pelléas et Mélisande de Debussy en 2008, Lucia di Lammermoor de Donizetti en 2013.

En juillet 1997 à Avignon, Stanislas Nordey met en scène La Dispute pour la troisième fois, suivie de Contention, « baisser de rideau » à la pièce de Marivaux, écrite par Didier-Georges Gabilly (1955-1996). Directeur pédagogique de l’école supérieure du Théâtre national de Bretagne, il y monte notamment L'Épreuve du feu de Magnus Dahlström (2002), Le Triomphe de l'amour de Marivaux (2003), Incendies de Wajdi Mouawad (2007) et Les Justes d'Albert Camus (2010).

Au côté de l'auteur, comédien et metteur en scène congolais Dieudonné [...]

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Écrit par :

  • : écrivain, metteur en scène, maître de conférences à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

David LESCOT, « NORDEY STANISLAS (1966- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/stanislas-nordey/