JAPON (Le territoire et les hommes)Géographie

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CapitaleTōkyō
Langue officielleaucune 1
Note : Le japonais est la langue nationale
Unité monétaireyen (JPY)
Population125 497 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)377 975

Un capitalisme d'État en restructuration

Le système japonais est un capitalisme d'État qui s'est forgé dès Meiji (1868) dans le cadre d'un « national-développementalisme », c'est-à-dire d'une priorité nationale, sinon nationaliste, pour sortir du sous-développement.

Une économie de guerre passée en temps de paix

Les principales structures de ce capitalisme d'État sont instaurées au cours des années 1940 caractérisées par une économie de guerre, et elles ont été maintenues après la défaite militaire de 1945. Cette continuité est permise par le revirement géopolitique des États-Unis qui, après avoir voulu transformer le Japon vaincu en un pays rural et pacifique modèle, le remettent en selle industriellement pour qu'il les aide à faire face au triomphe du communisme en Chine et en Corée du Nord.

Par rapport à la période tennō-militariste d'avant 1945, l'occupant américain favorise l'instauration d'une réforme agraire et la démocratisation de la vie publique, sur fond de « clanisation » de la politique et de marginalisation des syndicats radicaux. Les zaibatsu, qu'il démembre (1946-1948), se reconstituent en keiretsu, conglomérats d'entreprises privées à participation croisées et organisées autour d'une banque, avec une cascade de sous-traitants préférentiels. L'État voit son pouvoir renforcé comme agent économique et comme garant du système bancaire.

À partir des années 1980, le capitalisme d'État japonais est remis en cause par les politiques néo-libérales impulsées à l'intérieur par les gouvernements Nakasone et réclamées à l'extérieur par les dirigeants américains. Leur demande de rééquilibrage des échanges commerciaux se conjugue avec la politique de minkatsu (littéralement, « activation du secteur privé »), laquelle implique privatisations d'entreprises publiques et déréglementations dans de nombreux domaines. Le processus d'ouverture des marchés s'accélère avec l'évolution du contexte international, notamment la fin de la guerre froide à partir de 1989, en réalité plutôt « chaude » en Asie (guerres de Corée, d'Indochine, du Vietnam, au Cambodge...), et l'essor de la mondialisation économique.

Les relocalisations industrielles japonaises outre-mer sont stimulées par les accords du Plaza de septembre 1985, lorsque les pays du G5 décident une dévaluation du dollar qui se traduit par une surévaluation du yen (endaka). Les grandes entreprises japonaises s'installent à l'étranger pour pallier l'enchérissement de leurs exportations et conquérir de nouveaux marchés. Simultanément, plusieurs pays industrialisés, États-Unis en tête, s'inquiètent de la concurrence japonaise (automobile, électronique...). Le marché intérieur japonais est pressé de s'ouvrir de plus en plus à leurs produits agricoles (riz, agrumes, viande), manufacturés et financiers.

Plusieurs mesures consacrent simultanément Tōkyō comme place financière mondiale. La Bourse du Kabuto-chō occupe opportunément une place vacante dans le tour du monde des places financières avec des marchés qui veulent fonctionner 24 heures sur 24. Elle ouvre après la fermeture des Bourses américaines et avant l'ouverture des Bourses européennes.

Le capitalisme japonais suit la logique de l'économie libérale et financiarisée. La bulle spéculative, foncière, immobilière et financière caractérise la seconde moitié des années 1980. Son dégonflement (1990-1997) est marqué par les créances douteuses et la faillite de plusieurs banques. Les deux étapes offrent l'occasion de restructurer le système financier japonais, et donc industriel, dont il est le pivot, par le biais de déréglementations, de concentration du capital et du captage de l'épargne publique.

La remise en cause du « système des années 1940 » et du « système de 1955 »

Le système de paiements et du crédit, qui remonte à 1942 et qui voit le renforcement du M.O.F. après la dissolution des zaibatsu et l'instauration des keiretsu, établit jusqu'au milieu des années 1990 une interrelation étroite entre les banques, les grandes entreprises et l'État. Sa politique de « surprêt » et de « surendettement » permet aux grandes banques d'augmenter les crédits en faveur des grandes entreprises de leur réseau sans être tenues d'effectuer des dépôts proportionnels auprès de la Banque centrale.

L'ouverture à la finance internationale depuis les années 1980 et l'autonomisation de la Banque centrale japonaise conformément au modèle américain déstabilisent la cohérence institutionnelle et l'efficacité de cette politique économique. Les grandes entreprises pouvant bénéficier désormais d'un financement direct grâce à l'émission d'actions et d'obligations sur le marché national ou international, le lien classique avec la banque principale de leur keiretsu s'affaiblit. Pour autant, elles ne se livrent pas à la finance étrangère, car le renforcement des grandes banques japonaises le leur permet. La Banque de Tōkyō-Mitsubishi, issue d'une fusion en 1996 et qui absorbe deux autres banques en 2001, se hisse ainsi au quatrième rang mondial en 2006. Le groupe bancaire Sumitomo-Mitsui se situe à la seizième place mondiale. Les banques japonaises qui ont moins investi internationalement dans les prêts hypothécaires à risque subissent mieux les chocs financiers postérieurs à 2008. Le M.O.F. est, comme le M.I.T.I. (Ministry of International Trade and Industry ; ministère de l'Industrie et du Commerce extérieur), épargné par la grande réforme administrative de janvier 2001 qui regroupe la quasi-totalité des ministères.

Le célèbre M.I.T.I. pratique un dirigisme plus ou moins souple. Son origine remonte aux années 1930 et ses principales structures à la période 1939-1943. Ses économistes, qui restent en place après la défaite de 1945, en assurent la pérennité pendant la « haute croissance ». Le M.I.T.I. a pour tâche d'exercer une veille technologique, de stimuler les transferts de technologie et de privilégier les secteurs jugés prioritaires. Sous son nouveau nom de M.E.T.I. (Ministry of Economy, Trade and Industry), il exerce un pouvoir plus discret mais encore très efficace.

La géographie politique que trace la réforme électorale de 1993-1994 ne rompt qu'en partie avec le « système de 1955 » qui avait instauré un binôme sans alternance entre le P.L.D. hégémonique et la gauche reléguée dans l'opposition au niveau national. La réforme cherche à rétablir l'équilibre politique au profit des citadins et à favoriser de nouveaux partis. Mais seuls les excès sont gommés et, sauf quelques cas, les campagnes sont toujours surreprésentées. Le P.L.D. retrouve facilement une majorité à partir de 1996, grâce au vote des campagnes, tandis que le P.S.J. (Parti socialiste d [...]

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Pour citer l’article

Philippe PELLETIER, « JAPON (Le territoire et les hommes) - Géographie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/japon-le-territoire-et-les-hommes-geographie/