JAPON (Le territoire et les hommes)Géographie

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

quelques données-clés.
CapitaleTōkyō
Langue officielleaucune 1
Note : Le japonais est la langue nationale
Unité monétaireyen (JPY)
Population125 816 000 (estim. 2022)
Superficie (km2)377 976

Des campagnes et des périphéries en mutation

Tandis que la Mégalopole s'étend et se densifie, la périphérie rurale traverse une mutation contrastée entre restructuration agricole sévère, développement du tourisme en certains lieux et repli sur des formes d'autosuffisance ou de « nouvelle ruralité » soucieuse d'échapper à la vie effrénée des grandes villes.

Le sacrifice de l'agriculture japonaise

La réforme agraire de 1946 (Nōchi kaikaku), qui est suscitée par les forces d'occupation américaines, touche deux millions d'hectares de terres cultivables, tandis que les forêts ne sont pas concernées. Un million et demi de « propriétaires fonciers » (jinushi) sont expropriés et indemnisés par l'État.

La réforme agraire liquide les dernières formes de la féodalité, à l'exception des coutumes d'irrigation qui disparaîtront par la suite. Elle n'en introduit pas moins les dispositions qui iront à contresens de son objectif de renforcer une société paysanne. En effet, le parcellaire et le morcellement ne sont pas touchés. La dimension moyenne des exploitations se situe toujours autour d'un hectare. Les activités réellement coopératives qui auraient pu compenser l'éparpillement restent insuffisantes. Les paysans doivent alors se lancer dans une course à la productivité pour rester rentables. Ils se mécanisent, utilisent des engrais chimiques et, pour cela, s'endettent. Afin de rembourser leurs emprunts, ils exercent de plus en plus une double activité, souvent le salariat dans l'industrie, et ils finissent généralement par renoncer à l'agriculture.

La réforme va donc paradoxalement vider les campagnes pour donner la puissance aux villes et aux capitaux urbains. Elle pose les conditions du décollage industriel, non par un accroissement de la demande en milieu rural, conformément au credo keynésien de ses instigateurs, mais par l'arrivée sur le marché de l'emploi d'une énorme masse de main-d'œuvre. La prolétarisation partielle ou totale de milliers de ruraux peut commencer. Politiquement, la réforme coupe court au bouillonnement révolutionnaire qui couvait dans les campagnes.

L'agriculture régresse en hommes comme en surface. De 1950 à 2000, le nombre des exploitants passe de six à trois millions environ. La population agricole totale (nōka jinkō) chute au même rythme : 37 millions de personnes en 1950, 8,3 millions en 2005. La surface agricole utile passe de 6 millions d'hectares en 1960, son pic, à 4,6 millions en 2005. La majorité des exploitants adoptent un emploi partiel non agricole : 65,7 p. 100 d'entre eux en 1960, déjà, et 77 p. 100 en 2008, dont la moitié d'entre eux ont plus de 65 ans.

L'agriculture, qui représente encore 8,8 p. 100 du P.I.B. en 1960, chute à 4,2 p. 100 en 1970, à 1 p. 100 en 2000, puis remonte à 1,6 p. 100 en 2010. Le taux d'autosuffisance alimentaire s'effondre, passant de 90 p. 100 à 40 p. 100 pour la même période. Même les forêts, pourtant l'une des richesses en matière première du Japon, reculent : leur exploitation ne concerne plus que 36 000 ha (coupes et boisements artificiels) au lieu de 1,2 million d'hectares au cours du même intervalle. L'autosuffisance sylvicole n'est plus que de 19 p. 100.

Le sacrifice de l'agriculture japonaise est patent. Les campagnes, exsangues, ont fourni les contingents de travailleurs mégalopolitains de la « haute croissance ». À partir des années 1970, la main-d'œuvre rurale restante, meilleur marché et plus ou moins qualifiée, est utilisée par une industrie de pièces détachées, voire de montage, qui se délocalise en province. La Silicon Island de Kyūshū accueille certes des technopoles, mais aussi des industries électroniques peu sophistiquées, qui embauchent des femmes rurales, et des usines destinées à la construction automobile. Le tourisme, de place en place, constitue une issue économique pour plusieurs campagnes, mais sur fond de forte concurrence.

Le paradoxe d'un Japon mégalopolitain et industriel soutenu par les ruraux

Ce sont les décideurs venus de la campagne qui ont paradoxalement fait la ville et l'industrie. Le système et le découpage électoraux de l'après-guerre ont en effet favorisé la surreprésentation nationale à la Chambre basse (équivalent de l'Assemblée nationale française) des départements de province, et singulièrement des ruraux et des paysans. Certains députés du P.L.D. (Parti libéral-démocrate ou Jimintō, parti conservateur hégémonique jusqu'en 2009) étaient élus p [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 20 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Médias

Japon : carte physique

Japon : carte physique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Le Fuji-Yama, 2

Le Fuji-Yama, 2
Crédits : E. Graf

photographie

Japon : évolution urbaine

Japon : évolution urbaine
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Shinkansen, Japon

Shinkansen, Japon
Crédits : J. Leung / Shutterstock.com

photographie

Afficher les 7 médias de l'article

Écrit par :

Classification

Autres références

«  JAPON  » est également traité dans :

JAPON (Le territoire et les hommes) - Géologie

  • Écrit par 
  • Michel FAURE
  •  • 3 970 mots
  •  • 11 médias

L'archipel nippon appartient à l'ensemble des guirlandes insulaires qui bordent la façade orientale de l'Asie. Il est composé de six segments : l'archipel des Kouriles et l'est de l'île de Hokkaidō ; l'île de Sakhaline et le centre de Hokkaidō ; l'ouest de Hokkaidō et le nord de l'île de Honshū (ou Japon du Nord-Est) ; la partie centro-méridionale d […] Lire la suite

JAPON (Le territoire et les hommes) - Histoire

  • Écrit par 
  • Paul AKAMATSU, 
  • Vadime ELISSEEFF, 
  • Valérie NIQUET, 
  • Céline PAJON
  •  • 41 082 mots
  •  • 49 médias

Dans l'histoire de l'Asie, le Japon occupe une place particulière du fait de son insularité. On l'a souvent comparée à celle de l'Angleterre dans l'histoire de l'Europe. Mais cette similitude géographique ne doit pas masquer les dissemblances qui, de fait, ont donné au Japon l'élément essentiel de son originalité et le caractère spécifique de son évolution historique.L'Angleterre, face à l'Europe, […] Lire la suite

JAPON (Le territoire et les hommes) - Droit et institutions

  • Écrit par 
  • Jacques ROBERT
  • , Universalis
  •  • 9 635 mots
  •  • 3 médias

Au cours d'un développement d'une vingtaine de siècles, le droit japonais a connu bien des transformations spontanées ou suscitées par des influences extérieures. Jusqu'au milieu du xixe siècle, ces influences venaient principalement des civilisations indienne et chinoise, et, pendant des milliers d'années, le droit japonais a évolué sous l'empire exc […] Lire la suite

JAPON (Le territoire et les hommes) - L'économie

  • Écrit par 
  • Evelyne DOURILLE-FEER
  •  • 10 723 mots
  •  • 2 médias

Les racines de la puissance économique du Japon remontent à l'ère Meiji (1868-1912), lorsque le pays passe du féodalisme à la modernité. Le but de rattraper l'Occident soude la population dans un effort collectif, matérialisé par le décollage économique : la croissance du P.I.B. passe de 1,2 p. 100 par an, en moyenne, entre 1879 et 1885, à 4,3 p. 100 entre 1885 et 1898.Dès la fin du […] Lire la suite

JAPON (Arts et culture) - La langue

  • Écrit par 
  • Bunkichi FUJIMORI
  •  • 2 785 mots
  •  • 3 médias

Le japonais, langue commune de quelque cent vingt millions de locuteurs, emprunte au chinois une partie importante de son vocabulaire et la base de son écriture, mais ses caractéristiques fondamentales sont totalement étrangères à celles du chinois. En revanche, le japonais présente des ressemblances frappantes avec le coréen et avec le groupe des langues d […] Lire la suite

JAPON (Arts et culture) - La littérature

  • Écrit par 
  • Jean-Jacques ORIGAS, 
  • Cécile SAKAI, 
  • René SIEFFERT
  •  • 20 418 mots
  •  • 2 médias

Dans le domaine des lettres comme en bien d'autres, les Chinois avaient été les initiateurs des Japonais. Avec l'écriture, en effet, ceux-ci avaient importé, entre le ive et le viiie siècle, à peu près tous les écrits de ceux-là. Mais après une période d'apprentiss […] Lire la suite

JAPON (Arts et culture) - Les arts

  • Écrit par 
  • François BERTHIER, 
  • François CHASLIN, 
  • Nicolas FIÉVÉ, 
  • Anne GOSSOT, 
  • Chantal KOZYREFF, 
  • Hervé LE GOFF, 
  • Françoise LEVAILLANT, 
  • Daisy LION-GOLDSCHMIDT, 
  • Shiori NAKAMA, 
  • Madeleine PAUL-DAVID
  • , Universalis
  •  • 56 382 mots
  •  • 34 médias

Issu, comme tous les arts de l'Extrême-Orient, de la Chine qui lui a fourni techniques et modèles, l'art japonais se distingue, cependant, par l'originalité de ses créations.Son développement est scandé de périodes d'absorption, où se manifeste un intérêt avide pour les formules étrangères, et de périodes d'adaptation au cours desquelles se dégagent les te […] Lire la suite

JAPON (Arts et culture) - Le cinéma

  • Écrit par 
  • Hubert NIOGRET
  •  • 5 587 mots
  •  • 2 médias

Un échange permanent entre les influences étrangères et la transmission d'un patrimoine culturel national a caractérisé les débuts de l'industrie en devenir du cinéma japonais. La concentration industrielle dès le début des années 1910, la structuration en genres spécifiques établis dès 1921, un tournant de l'industrie vite enrayé par une catastrophe nationale en 1923 ont marqué le développement d […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Philippe PELLETIER, « JAPON (Le territoire et les hommes) - Géographie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/japon-le-territoire-et-les-hommes-geographie/