DELORS JACQUES (1925- )

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Né à Paris d'un père encaisseur à la Banque de France, c'est là qu'il entrera en 1945 après une licence de sciences économiques. Il complète sa formation en suivant les cours du Centre d'études supérieures de la banque. Il y est chef de service (1945-1962) et attaché au cabinet du directeur général des titres et du marché monétaire à la Banque de France (1950-1962).

Après cette carrière à la Banque de France, Jacques Delors aborde d'autres questions déjà plus politiques. Pierre Massé l'appelle à ses côtés. Il devient chef du service des affaires sociales au Commissariat général au plan (1962-1969). Il s'illustre, en 1963, comme rapporteur de la Commission des sages qui est chargée de trouver une issue à la grande grève des mineurs.

Cette carrière ne permettrait pas de comprendre pourquoi l'entrée de Jacques Delors au cabinet de Jacques Chaban-Delmas en 1969, comme conseiller pour les affaires sociales et culturelles puis comme chargé de mission, a suscité tant de questions. En fait, parallèlement à son activité professionnelle, Jacques Delors a gardé une activité militante très importante. Catholique pratiquant, élevé notamment dans les patronages, l'homme s'est engagé très tôt sur le plan social puis politique. Adhérent du M.R.P. dès 1945, syndiqué au début des années 1950 à la C.F.T.C. — puis à la C.F.D.T. après la déconfessionnalisation de la centrale chrétienne —, Jacques Delors s'inscrit en même temps à Vie nouvelle, un groupe de réflexion qui réunit des chrétiens de gauche. Il y crée Citoyens 60, plus ouvertement politique, et travaille en liaison avec le club Jean-Moulin qui réunit d'éminents hommes de gauche appartenant à l'Administration. Il adhère même un temps au P.S.U.

Pour la Chambre à majorité conservatrice élue en juin 1968, le conseiller social du nouveau Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas, apparaît comme le diable. D'autant que Jacques Delors ne reste pas inactif dans la construction de la « nouvelle société ». Il est notamment l'inventeur des contrats de progrès qui fondent la politique contractuelle. Il est aussi l'inspirateur de la loi sur la formation permanente (1971). Après le départ du Premier ministre en 1972, Jacques Delors se replie sur l'université Paris-Dauphine où il anime le centre de recherches Travail et société (1975-1979) en même temps qu'il crée un nouveau club : Échanges et projets (1974). De 1973 à 1979, il est membre du Conseil général de la Banque de France.

C'est en 1974 seulement qu'il rejoint le Parti socialiste où certains se méfient de lui. Il n'entre d'ailleurs au comité directeur qu'en 1979. Jacques Delors y sera délégué national pour les relations économiques internationales (1976-1981) et représentera son parti au Parlement européen dont il présidera la commission économique et monétaire (1979-1981). François Mitterrand lui saura gré de l'avoir soutenu au bon moment contre Michel Rocard. Le nouveau président de la République en fait le ministre de l'Économie et des Finances des trois gouvernements Mauroy (1981-1984). Jacques Chaban-Delmas l'avait choisi parce qu'il avait la confiance des syndicats, François Mitterrand parce qu'il a la confiance des milieux économiques, notamment sur le plan international.

Maître d'œuvre d'une vague de nationalisation d'entreprises industrielles et bancaires qu'il aurait préféré limitée à 51 p. 100 du capital, Jacques Delors s'efforce de faire prévaloir des vues réalistes dans la conduite des affaires économiques. Il s'attache en particulier à améliorer l'efficacité des circuits de financement (loi bancaire de 1983 sur la déspécialisation des établissements) et se fait l'artisan d'une relance modérée. La prise de conscience par la gauche de la « contrainte extérieure » va renforcer son poids au sein du gouvernement. Le ministre met sa démission en jeu pour convaincre Matignon et l'Élysée de maintenir les engagements du pays au sein du système monétaire européen et de pratiquer une politique de rigueur. Jacques Delors, qui a ajouté à ses responsabilités celle du Budget (1983) et s'est décidé (tardivement, aux yeux de certains) à livrer personnellement bataille pour gagner la mairie de Clichy (1983-1984), fait progressivement figure de possible Premier ministre.

Il choisira Bruxelles où il succède à François-Xavier Ortoli à la présidence de la Commission des Communautés européennes (janv. 1985-déc. 1994), donnant à cette institution un poids inédit. Son long mandat est marqué par l'élargissement de l'Europe communautaire à de nouveaux membres, mais surtout par son approfondissement. Celui-ci s'accomplit à la faveur d'une activité normative intense et d'étapes essentielles comme l'adoption de l'Acte unique, qui débouche en 1993 sur le « grand marché », la réforme de la politique agricole commune, la signature du traité de Maastricht et l'instauration de l'Union européenne.

Jacques Delors et Margaret Thatcher, 1984

Photographie : Jacques Delors et Margaret Thatcher, 1984

Le Premier ministre conservateur britannique Margaret Thatcher reçoit, à Londres, Jacques Delors, président de la Commission des Communautés européennes de 1985 à 1994. 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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En 1994, à l'approche de l'expiration de son mandat à Bruxelles (son successeur, le Luxembourgeois Jacques Santer, est désigné président de la Commission en juillet), Jacques Delors apparaît en France comme possible vainqueur de l'élection présidentielle de 1995. En décembre, pourtant, malgré la publication de sondages qui le placent en tête des intentions de vote et les appels des socialistes qui voient en lui le seul espoir de la gauche, il annonce sa décision de ne pas être candidat. Les raisons invoquées par lui-même sont notamment son âge et la certitude de ne pouvoir disposer d'une majorité qui soutiendrait ses projets de réforme.

Il se met alors en retraite de la vie politique, mais préside plusieurs commissions ou groupe d'études, français ou européens. Il est notamment à la tête du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale, organisme dépendant du Premier ministre, de 2000 à 2008.

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Pour citer l’article

Christian SAUVAGE, « DELORS JACQUES (1925- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-delors/