GAGARINE IOURI ALEXEÏEVITCH (1934-1968)

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Cosmonaute soviétique, premier homme à être allé dans l'espace, Iouri Alexeïevitch Gagarine naît le 9 mars 1934 dans une famille d'ouvriers de Klouchino (oblast de Smolensk, dans l'ouest de la Russie, aujourd'hui Gagarine). Après ses études secondaires, il devient apprenti fondeur à Lioubertsy, ville proche de Moscou, puis entre au collège industriel de Saratov, sur la Volga. Il devient membre du Komsomol local et apprend le pilotage des avions à l'aéro-club de Saratov. En juin 1955, il obtient son diplôme de technicien fondeur. Mais sa vie se tourne résolument vers l'aviation : à l'automne, il est affecté à l'école d'aviation militaire d'Orenbourg. En 1957, année du lancement du Spoutnik-1 et année où il est promu lieutenant, il se marie avec Valentina Ivanovna Goriatcheva, dont il aura deux filles : Elena, née en avril 1959, et Galina, née en 1961.

Gagarine

Photographie : Gagarine

Le cosmonaute soviétique Iouri Gagarine premier homme dans l'espace à bord de Vostok-1, le 12 avril 1961. 

Crédits : Keystone/ Getty Images

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Photographie : Gagarine

Le cosmonaute soviétique Iouri Gagarine premier homme dans l'espace à bord de Vostok-1, le 12 avril 1961. 

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Au printemps de 1959 commence en Union soviétique le recrutement de cosmonautes : il faut appartenir au corps des pilotes militaires et avoir de 200 à 300 heures de vol. Trois mille candidatures sont enregistrées. Une première sélection réduit le nombre de postulants à cent deux ; il n'en reste plus que vingt en février 1960. Le mois suivant, ce groupe est affecté à l'Académie de l'air de Joukovski, près de Moscou, pour y recevoir un enseignement théorique et y suivre un entraînement physique, dont des sauts en parachute qui s'effectuent dans la région de Saratov, là où auront lieu les premiers retours des vaisseaux Vostok. À l'issue de cette phase, le 30 mai 1960, six parmi les vingt sont retenus : Gagarine, Anatoli Yakovlevitch Kartachov, Andriyan Grigorevitch Nikolaïev, Pavel Romanovitch Popovitch, Guerman Stepanovitch Titov et Valentin Stepanovitch Varlamov. À cette époque, aucun d'entre eux ne connaît encore la nature exacte de la mission, secret oblige. Mais les choses vont se préciser : à la fin de juin 1960, ils sont affectés à la Cité des étoiles. L'entraînement est alors plus spécifique : passage en chambre barométrique et essai en centrifugeuse, notamment.

Le 3 avril 1961, le gouvernement soviétique prend la décision de procéder à un vol humain et, le 8, Gagarine est désigné par la commission d'État, Titov devenant le spationaute de réserve. La commission a en fait entériné le choix de Khrouchtchev lui-même qui, en désignant Gagarine, a choisi un fils d'ouvrier plutôt qu'un fils d'instituteur comme Titov : tout un symbole pour la propagande communiste du moment ! À la fin de la réunion de la commission, Gagarine fait une déclaration dans le ton de l'époque : « Je saurai me montrer digne de la mission qui m'est confiée et, s'il devait y avoir des problèmes, je saurais les surmonter comme doit le faire un bon communiste. »

De mai 1960 à mars 1961, sept vols sont réalisés avec des vaisseaux emportant des chiens. Et, le 12 avril 1961, à 9 h 7 min, Gagarine décolle du pas de tir no 1 de Baïkonour à bord de Vostok-1. Au moment où il part pour l'espace, il sait que la fiabilité cumulée du lanceur Vostok 8K72K et du vaisseau Vostok n'est que de 42 p. 100. À 9 h 21 min, le vaisseau est sur une orbite elliptique de 181 kilomètres de périgée et de 327 kilomètres d'apogée. À 10 h 25 min, après une révolution autour de la Terre, le moteur de freinage est mis à feu. À 10 h 35 min, le module de rentrée de Vostok-1 se sépare du compartiment des équipements mais, lors de l'arrivée dans les couches denses de l'atmosphère, il se met en rotation de façon désordonnée puis effectue des embardées de 90 degrés d'un côté et de l'autre avant de retrouver sa stabilité. À l'altitude de 7 000 mètres, Gagarine est, comme prévu, éjecté du module ; l'un et l'autre descendent alors en parachute. À 10 h 55 min, Gagarine se pose dans un champ à 25 kilomètres au sud-ouest d'Engels (aujourd'hui Pokrovsk), dans la région de Saratov. Le vol a duré 108 minutes. Cet exploit a un retentissement mondial. Dans les mois qui suivent, Gagarine va être reçu dans de nombreux pays où on lui attribuera de multiples distinctions. Le prestige de l'U.R.S.S. est à son apogée.

Iouri Gagarine, en route vers Baïkonour

Photographie : Iouri Gagarine, en route vers Baïkonour

Iouri Gagarine au petit matin du 12 avril 1961, dans l'autobus qui l'emmène vers la fusée Sémiorka qui va lancer Vostok-1. Assis derrière lui, en combinaison spatiale, Guerman Titov, sa doublure pour cette mission. Debout, de gauche à droite, les cosmonautes Grigori Grigoïevitch Nelioubov... 

Crédits : NASA

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Quant à Titov (1935-2000), que tous les tests avaient désigné comme le meilleur des candidats cosmonautes, il partira pour l'espace moins de quatre mois plus tard, le 6 août, à bord de Vostok-2. Il y restera 24 heures, effectuant 17 révolutions. Mais il sera la première victime du mal de l'espace.

Gagarine, promu au grade de colonel, voudra bien entendu reprendre le chemin de l'espace, mais les autorités soviétiques seront toujours réticentes : elles ne voulaient pas prendre le risque de mettre en jeu la vie d'un tel héros au cours d'un nouveau vol. Gagarine obtiendra néanmoins la place de cosmonaute de réserve lors du premier vol habité du vaisseau Soyouz-1, en avril 1967. Il deviendra donc la doublure de Vladimir Mikhaïlovitch Komarov, qui mourra le 24 avril de cette année-là, lors de la rentrée dans l'atmosphère, ce qui interdira à tout jamais à Gagarine de réaliser un second vol.

Mais le destin sera encore plus cruel : le 27 mars 1968, le « 625 », un Mig-15 biplace piloté par Gagarine ne rentre pas de sa mission d'entraînement. Après 3 à 4 heures de recherche, l'épave de l'avion est repérée dans une forêt enneigée près du village de Novosselovo, non loin de Moscou. Le premier homme de l'espace venait de mourir. Ses cendres seront déposées dans le mur du Kremlin, qui renferme aussi celles de Sergueï Pavlovitch Korolev, de Komarov et des trois cosmonautes – Georgi Timofeïevitch Dobrovolsky, Viktor Ivanovitch Patsaïev et Vladislav Nikolaïevitch Volkov – morts le 30 juin 1971 lors du retour de Soyouz-11.

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  • : membre de l'Académie de l'air et de l'espace et de l'International Academy of Astronautics, ancien président de l'Institut français d'histoire de l'espace

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Pour citer l’article

Jacques VILLAIN, « GAGARINE IOURI ALEXEÏEVITCH - (1934-1968) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/iouri-alexeievitch-gagarine/