INTERSEXUALITÉ

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Intersexualité hormonale

Vertébrés

Les recherches sur l'intersexualité hormonale des Vertébrés ont eu pour point de départ l'étude chez les Bovidés, d'intersexués spontanés dits free-martins : lorsqu'une vache porte des jumeaux de sexes différents, dont certaines annexes embryonnaires (chorions) présentent des anastomoses vasculaires, le mâle est normal, la femelle est intersexuée. Le plus faible degré d'intersexualité correspond à la transformation des gonades en ovotestis. Les intersexués « forts » sont caractérisés par une masculinisation presque complète des gonades, par la régression des conduits femelles et le développement des conduits mâles. Ces observations ont conduit simultanément, en 1916, l'Américain Frank Lillie et les Autrichiens Karl Keller et Julius Tandler à penser que des substances hormonales élaborées par l'embryon mâle masculinisent l'embryon femelle. Pour vérifier cette hypothèse et reproduire artificiellement les free-martins, on entreprit une expérimentation comportant d'une part les parabioses d'embryons, les greffes de gonades, d'autre part les injections d'hormones sexuelles.

– Parabioses embryonnaires et greffes de gonades. Les parabioses embryonnaires ont été effectuées chez les Amphibiens par R. K. Burns et par E. Witschi à partir de 1992. Elles ont consisté à souder flanc contre flanc deux jeunes embryons de Batracien. Dans le cas où les deux têtards sont de sexe différent, le têtard femelle est masculinisé par le têtard mâle : le cortex ovarien régresse, la médullaire se transforme en testicule. Parfois, c'est le partenaire mâle qui est féminisé.

Des résultats décisifs ont été obtenus en greffant directement une gonade dans un organisme larvaire. La greffe d'un testicule différencié dans une larve femelle d'Ambystoma mexicanum (R. R. Humphrey, 1929) ou de Pleurodeles waltlii (L. Gallien, 1954) a abouti à des changements de sexe tels que les individus génétiquement femelles transformés en mâles ont pu être croisés avec de vraies femelles et fournir une descendance dont l'étude a démontré (1945) l'hétérogamétie (ZW) du sexe femelle de ces espèces. En effet, si la femelle avait été homogamétique, le croisement entre deux femelles n'aurait donné que des femelles. Or on obtient 25 p. 100 de mâles et 75 p. 100 de femelles. Toutefois, l'hypothèse de l'hétérogamétie femelle entraîne comme conséquence l'existence de deux catégories de femelles : normales (WZ) et anormales (WW). Effectivement, certaines femelles (WZ) de la génération F1 croisées avec des mâles (ZZ) engendrent autant de mâles que de femelles. En revanche, si les femelles (WW) sont croisées avec des mâles (ZZ), elles donnent naissance uniquement à des femelles, ce qui vérifie l'hypothèse.

– Injections d'hormones sexuelles. Chez les Oiseaux, les injections d'hormones sexuelles ont été réalisées pour la première fois en 1935 par trois groupes de chercheurs (V. Dantchakoff en Lituanie, B. H. Willier et coll., aux États-Unis, E. Wolff et A. Ginglinger en France). L'injection d'hormones femelles (folliculine, œstradiol) aux embryons de poulets mâles au début de l'incubation produit suivant la dose et le stade de l'intervention différents degrés d'intersexualité allant jusqu'à l'inversion complète des gonades et des voies génitales. Mais alors que les transformations produites sur le tractus génital sont définitives, la féminisation des gonades ne se maintient pas au-delà de l'éclosion ; le poussin féminisé se transforme après quelques mois en un coq fonctionnel qui possède testicules et voies génitales mâles, tout en conservant l'oviducte apparu au cours de la vie embryonnaire. Une explication partielle de ce phénomène a été donnée par l'étude du comportement des cellules germinales mâles, amenées par voie expérimentale à évoluer dans une gonade femelle (K. Haffen). L'injection d'hormones mâles, telle la testostérone, aux embryons femelles masculinise seulement le tractus génital car chez les Oiseaux, le sexe femelle est dominant. Cette action est tout à fait parallèle à celle de l'hormone naturelle contenue dans les testicules embryonnaires. L'effet des hormones sécrétées par les gonades embryonnaires a été mis en évidence par les expériences de greffes et de parabioses en culture in vitro (E. Wolff et coll.).

Chez les Amphibiens (L. Gallien, E. Witschi et coll.) et chez les Poissons (T. Yamamoto), des résultats très remarquables ont été obtenus avec des [...]

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Pour citer l’article

Katy HAFFEN, « INTERSEXUALITÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/intersexualite/