VENT INSTRUMENTS À

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Les cuivres

Les cuivres ne le cèdent en rien aux bois pour leur richesse sonore, leur variété de timbre et leur diversité d'emploi. Sans remonter aux danses du Moyen Âge, on connaît les Danseries de Pierre Attaignant (1557) pour quatuor de hautbois, cornets et trombones. Du xve au xviiie siècle fleurissent un peu partout en Europe des suites de danses dont voici quelques-uns des principaux mouvements : bourrée, gigue, passacaille, chaconne, gaillarde, allemande, branle, sarabande, pavane, canarie, gavotte, passe-pied, menuet, sicilienne, forlane, rigaudon. Les instruments à vent, notamment les cuivres, y tiennent un rôle primordial. La Renaissance connut les virtuoses du cornet et du trombone dont l'association était classique (Orfeo, Monteverdi). Le cornet à bouquin (à embouchure) est un instrument en bois ou en métal muni de trous ; il formait un famille complète. D'après Jacques Cellier (1585), on comptait : dessus, haute-contre, taille, sacqueboute et pédale. Pour Mersenne, le cornet « est semblable à l'esclat d'un rayon de soleil qui paroist dans l'ombre ou dans les ténèbres, lorsqu'on l'entend parmy les voix dans les églises cathédrales ».

Vers 1545, à la cour de Côme de Médicis, on entendait des Canzonas à six voix où concertaient deux flûtes, deux violes, deux trombones et deux luths. En 1568, à Munich, un Motet à sept de Lassus réunit au chœur vocal, dont chaque partie est exécutée par douze choristes, cinq cornets, deux trombones et un orgue. Ailleurs, Lassus propose huit violes de gambe, opposées à huit violes de bras et un concert brisé (à chœur divisé en deux) comprenant une flûte, trois cornets, une douçaine, un basson, une cornemuse et un trombone grave. Quand il fut maître de chapelle du duc Albert V de Bavière, Lassus disposait régulièrement de cinq instruments à vent qui jouaient dimanches et fêtes, mais il lui fallait aussi assurer les célébrations musicales de plein air (cortèges princiers) ou les festins. Une Battaglia à huit voix de l'organiste Annibale Padovano (1527-1575) associe elle aussi trombones et cornets, et un madrigal d'Alessandro Striggio (1535 env.-1587 env.) réunit six trombones. Une Sonate pian e forte de Giovanni Gabrieli (1597), pour chœur de cornets et trois trombones, demande de la part des instrumentistes une virtuosité qui n'a pas été dépassée.

Le serpent, contrebasse du cornet, accompagna sous le nom d'ophicléide (serpent à clés) le plain-chant jusqu'en 1925 dans certaines églises françaises. Wagner (Rienzi, 1842), Verdi (Les Vêpres siciliennes, 1855), après Mendelssohn (Ve Symphonie), l'utilisèrent encore comme cuivre-basse.

En France, la symphonie instrumentale dans la musique religieuse pouvait, en plus des cordes, comprendre des flûtes, parfois un hautbois ou un basson, à quoi s'ajoutaient, pour le grand motet avec violoncelles et contrebasses, des trompettes, des cors, des trombones et des timbales. le tout soutenu par l'orgue continuo. Lully, Henry Dumont, Marc Antoine Charpentier, Michel Richard Delalande, Nicolas Bernier, André Campra, Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville... utilisent des ensembles de ce type. Dans l'« orchestre éloigné » du Requiem déjà mentionné, Gossec réunit clarinettes, trompettes, cors et trombones opposés à l'orchestre ordinaire. Cette musique à effets aboutit, à travers Jean-François Lesueur et Cherubini, à l'expressionnisme grandiose de Berlioz. Recherche de l'effet sonore encore, telles sont les Fanfares pour trompettes, timbales, violons et hautbois, avec une suite de symphonies, mêlées de cor de chasse de Jean-Joseph Mouret qui fut, de 1728 à 1734, directeur de la musique au Concert spirituel des Tuileries, ou, plus près de nous, la Fanfare pour un sacre païen d'Albert Roussel (1921-1929, pour quatre cors, quatre trompettes, trois trombones, trois timbales).

Les trompettes

Jusqu'au début du xixe siècle, la trompette (diminutif de trompe – tromba en italien, strombos en grec –, espèce de coquille de mer en spirale) est, avec le trombone, l'instrument type du groupe des cuivres. « Nul instrument n'a été plus utile à l'homme, aussi bien dans la vie civile, religieuse et agricole qu'à la guerre » (M. Franquin). Chez les Hébreux, deux trompettes d'argent battu au marteau devaient convoquer les chefs des douze tribus d'Israël ; les prêtres, fils d'Aaron, embouchent les trompettes sacrées (shatzotzerot) pour le combat, les sacrifices, les fêtes solennelles, les festins. À Rome, le lituus, longue trompette de bronze à pavillon courbe, accompagne la cavalerie ; la tuba, trompette droite, sonne la charge, la retraite et le changement de garde, tandis que la bucina, trompette courbe, indique les veilles, excite au combat. Le Cérémonial romain des papes prévoit douze trompettes pour célébrer l'élection d'un nouveau pontife. Les trompettes sont à l'honneur dans toutes les festivités royales (Cérémonial de France, Théodore Godefroy, 1619).

« Le timbre de la trompette est noble et éclatant ; il convient aux idées guerrières, aux cris de fureur et de vengeance, comme aux chants de triomphe. Il se prête à l'expression de tous les sentiments énergiques, fiers et grandioses, à la plupart des accents tragiques. Il peut même figurer dans un morceau joyeux, pourvu que la joie y prenne un caractère d'emportement ou de grandeur pompeuse. » Ce jugement de Berlioz mérite d'être complété ; des compositeurs comme Haydn (1796) ou Johann Nepomuk Hummel (1803) dans le mouvement lent de leur concerto pour trompette (à clés) la font chanter en effet avec une tendresse empreinte d'une joliesse grave qui n'a rien de guerrier. Le caractère martial des pages de musique de chambre est tout aussi absent dans la Fantaisie en mi bémol pour trompette (cornet à pistons ou saxhorn) et piano de Saint-Saëns, la Légende pour trompette et piano de Enesco, la sonate pour trompette et piano de Hindemith ou le Concertino pour trompette et piano de Jolivet.

Cornet à pistons : exemple sonore (1)

Son : Cornet à pistons : exemple sonore (1)

Cornet à pistons : gammes chromatiques. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Cornet à pistons : exemple sonore (2)

Son : Cornet à pistons : exemple sonore (2)

Cornet à pistons : extrait du Carnaval de Venise de Jean-Baptiste Arban. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Une des premières œuvres connues où une trompette (basse) semble exigée est celle du Rouennais Pierre Fontaine (env. 1380-1447), chantre à la chapelle pontificale de Martin V (in « J'aime bien celuy qui s'en va »). Au début du xviie siècle, Girolamo Fantini, « trombettiere maggiore » du grand-duc de Toscane, écrivit de courtes pages pour une ou deux trompettes, ainsi qu'une Sonate con la trombe e organo insieme (à rapprocher des deux sonates per tromba ed organo du Bolonais Giovanni Viviani). Au xxe siècle, on a repris cette association orgue-instrument(s) à vent, dont les timbres se confortent judicieusement. Dans les églises, leurs voix sonnent avec plus d'ampleur que celles des cordes. Aussi, en musique sacrée, la trompette est-elle fréquemment demandée : Schütz, Symphoniae sacrae (1629) ; Bach, cantates, Magnificat, Messe en si, Oratorio de Noël ; Johann Pezel (1639-1694), qui fut aussi un virtuose du clarino – trompette aiguë –, Opus musicum sonatarum praestantissimum, [...]

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Instruments à vent : embouts

Instruments à vent : embouts
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  • : psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne, musicologue, président de l'Association française de défense de l'orgue ancien

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Pour citer l’article

Pierre-Paul LACAS, « VENT INSTRUMENTS À », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/instruments-a-vent/