JACQUET ILLINOIS (1922-2004)

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C'est grâce aux attaques obstinées de son long solo sur Flying Home que le saxophoniste ténor américain Illinois Jacquet s'est fait, dès 1942, une place dans l'histoire du jazz. « On peut même estimer que Jacquet a d'emblée atteint là le maximum de son altitude. » (Jacques Réda, in Jazz Magazine, octobre 1997). Il donne ainsi naissance à ce que l'on qualifie de « Texas tenor style ». L'émergence de ce style très personnel suscitera de nombreux émules. Rares en effet sont les joueurs de saxophone ténor des années 1950 qui ont échappé à son influence : Wardell Gray, Gene Ammons, Dexter Gordon, Eddie Chamblee, Johnny Griffin, Eddie « Lockjaw » Davis ou Stanley Turrentine ont, chacun à sa manière, prolongé cette esthétique de la véhémence.

Jean-Baptiste (ou Battiste) Illinois Jacquet naît le 31 octobre 1922 à Broussard, près de Lafayette, en Louisiane, dans un foyer qui unit racines américaines et culture créole. Son père travaille aux chemins de fer mais, musicien amateur fervent, constitue avec ses trois fils aînés une formation où le jeune Jean-Baptiste fait des claquettes. À Houston (Texas) où se fixe la famille, Illinois Jacquet tâte de la batterie, prend des leçons de saxophone alto et s'essaie au saxophone soprano. Il se fait remarquer dans le Houston Big Band du trompettiste Milt Larkin, où il officie en 1939 et au début de 1940. Il découvre la musique de Count Basie et s'établit en septembre 1940, avec son frère trompettiste Russell, à Los Angeles, où il effectue un bref séjour dans la formation de Floyd Ray (1940) ; il opte définitivement pour le saxophone ténor. Il fréquente un contrebassiste alors inconnu, Charlie Mingus, et se produit fréquemment avec lui. Patronné par Nat « King » Cole, il est engagé en 1941 dans la formation du vibraphoniste Lionel Hampton, dont il sera jusqu'en 1942 un des solistes vedettes. Son improvisation rugueuse sur Flying Home, gravé le 26 mai 1942, lui vaut immédiatement une immense popularité.

Après avoir quitté Hampton, Illinois Jacquet joue chez Cab Calloway (1943-1944), participant avec ce dernier au film Stormy Weather (1943, Andrew L. Stone) puis au célèbre court-métrage Jammin' the Blues (1944), réalisé par Gjon Mili et dont Norman Granz est directeur technique. Le 2 juillet 1944 à Hollywood, il anime de son jeu survolté la séance fondatrice des J.A.T.P. (Jazz At The Philharmonic) du même Norman Granz, dont il sera au fil des années l'un des intervenants les plus fidèles. Il appartient au big band de Count Basie d'octobre 1945 à août 1946. Puis il réunit ses propres formations, qui verront passer des solistes de la stature de Fats Navarro, Joe Newman, Miles Davis, Dicky Wells, Trummy Young, Shadow Wilson, J. J. Johnson, Leo Parker, Cecil Payne, Bill Doggett, Sir Charles Thompson, Freddie Green et John Lewis. Entre deux participations aux concerts du J.A.T.P., Illinois Jacquet se produit en soliste free lance et anime plusieurs groupes instrumentaux. Il joue en trio avec Milt Buckner (1966-1974) et avec Wild Bill Davis (1972, 1977). Il ne saurait manquer aux divers all stars reconstitués autour de Lionel Hampton (1967, 1972, 1980). Il fonde en 1984, avec Buddy Tate et Arnett Cobb, un groupe nommé Texas Tenors. Illinois Jacquet, qui demeurera en activité jusqu'à la fin des années 1990, meurt le 22 juillet 2004 à Queens (New York).

Illinois Jacquet se situe dans une double descendance. Celle de Coleman Hawkins et de ses disciples, Herschel Evans pour la vibration chaleureuse de son timbre et Chu Berry pour le tranchant de ses attaques. Celle de Lester Young aussi pour l'audace de son découpage rythmique. Son jeu bouillonnant semble jaillir avec exubérance dans un débit intarissable.

La sonorité est âpre, dense, portée par un très large vibrato. Exhibitionniste jusqu'au paroxysme sur tempo rapide, il affectionne ces débordements vers le suraigu, ces effets de growl (« grognements ») et ces sifflements qui électrisent le public du J.A.T.P. Pourtant, quand il [...]

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Pierre BRETON, « JACQUET ILLINOIS - (1922-2004) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/illinois-jacquet/