HYGIÈNE

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Le passé de l'hygiène

L'Antiquité

L'hygiène se manifeste sous une forme implicite plusieurs siècles avant l'ère chrétienne. Ainsi Moïse, législateur d'Israël, inclut déjà des directives de santé dans les Tables de la Loi. De même Lycurgue, dans le code de « rhêtres » ou sentences dont il dota Sparte, édicta un certain nombre de règles de vie individuelle fort strictes. Hippocrate, l'homme qui a maîtrisé toutes les connaissances médicales de son temps et sans doute celui qui les a le mieux mises en pratique, apporta à l'hygiène ses premières bases scientifiques. Ses écrits, intitulés De l'ancienne médecine, Des lieux dans l'homme. De la nature de l'homme et de la femme, Des épidémies, Du régime salutaire, sont le fruit non seulement de disciplines philosophiques, mais aussi d'une somme d'observations et d'expériences directes.

La Grèce antique avait pleine conscience des problèmes posés par la conservation de la forme physique et sacrifiait d'ailleurs à une déesse nommée Hygie, qui était la déesse de la Santé ; celle-ci n'était au début qu'une abstraction personnifiée et, pendant très longtemps, elle n'a été qu'une qualité appliquée à d'autres divinités, mais vers 500 av. J.-C., elle devint une déesse distincte toujours associée à d'autres dieux guérisseurs et tout particulièrement à Asclepios, son père, et Panacée, sa sœur ; son culte était particulièrement célébré sur les pentes sud de l'Acropole, en Attique. Hippocrate comprend la réalité épidémique des maladies infectieuses, mais il lui manque trop de renseignements sur l'élément essentiel : l'agent infectieux ; il en résulte que, dans son œuvre, l'épidémie est essentiellement une collection d'observations individuelles. S'il ne semble pas étudier le cheminement des épidémies, il s'intéresse cependant aux vents et surtout à ce qu'il appelle la « constitution », c'est-à-dire le rapport qui existe entre « les constitutions atmosphériques et les maladies régnantes ». Son Des airs, des eaux et des lieux constitue un remarquable traité d'hydroclimatologie appliquée à la médecine et à l'hygiène : « Celui qui veut approfondir la médecine doit faire ce qui suit ; il considérera d'abord les saisons de l'année et l'influence respective que chacune d'elles exerce [...] Il est nécessaire aussi de connaître les qualités des eaux, qui diffèrent par la saveur et par le poids, et aussi par leurs propriétés. Donc lorsque le médecin arrive dans une ville de lui inconnue [...] il acquerra des notions très précises sur la nature des eaux dont les habitants font usage, si elles sont ou lacustres et molles, ou dures et sortant de lieux élevés et rocailleux, ou crues et saumâtres [...] Il reconnaîtra le genre de vie des habitants amis du vin, de la bonne chère et du repos, ou laborieux, adonnés aux exercices du corps, mangeant beaucoup et buvant peu. » Au temps d'Hippocrate se trouve ainsi définie, sur des bases logiques, l'hygiène individuelle, et commencent implicitement l'hygiène publique et l'hygiène des populations.

Avec la civilisation romaine débute l'implantation de l'hygiène du milieu : les Romains, en effet, construisent des aqueducs permettant d'amener l'eau pure jusqu'aux agglomérations, installent des égouts permettant aux villes, jusqu'alors fort sales, de s'assainir, créent et installent des « thermes », qui sont encore bien souvent conservés. L'hygiène du milieu et l'hygiène publique commencent à s'intégrer dans l'urbanisme ; la civilisation raffinée qui s'instaure, et où le culte de la beauté est pratiqué, conduit au perfectionnement de l'hygiène individuelle et de l'hygiène publique : les exercices d'athlétisme sont prônés, et il est de bon ton de les appliquer. Ainsi, au cours de toute cette période, l'hygiène relève d'idées religieuses ou politiques, elles-mêmes reliées à l'idée du perfectionnement. Mais la disparition de l'Empire romain entraînera l'effondrement de l'hygiène publique en même temps que se dégradaient les mœurs, et l'on a coutume de dire qu'il fallut attendre près de mille ans pour redécouvrir un embryon d'hygiène, limité d'ailleurs à une série de recettes populaires, dont le Code de la santé de Salerne est un exemple.

L'Islam médiéval

Alors qu'en Europe s'installaient le marasme et la décadence, la civilisation islamique apportait à l'hygiène d'importantes contributions, trop souvent méconnues. Ce sont les savants musulmans du Moyen Âge qui ont remis en honneur le savoir grec et qui, par leurs travaux, comptent parmi les précurseurs de la science moderne. Ils ont médité sur la condition humaine, replaçant l'homme dans la société dont il est partie intégrante, et par là même posé les premiers jalons qui allaient conduire à la médecine sociale, telle qu'elle est envisagée aujourd'hui. L'un d'entre eux, Ḥunayn ibn Isḥāḳ, directeur de la « maison de la Sagesse » du calife Ma'mūn, s'intéressa particulièrement à la médecine (on lui doit entre autres le plus ancien traité d'ophtalmologie) et s'entoura d'une élite de médecins : Rāzī fut un de ces savants orientaux d'extrême renommée ; d'origine persane comme beaucoup de médecins islamiques de cette époque, il consacra une grande partie de son œuvre à l'étude de l'hygiène et de l'épidémiologie ; Rāzī a, pour la première fois, fait la distinction entre la variole et les autres fièvres éruptives, et c'est lui qui insista le premier sur le rôle de l'hygiène alimentaire : il préconisa en particulier une prophylaxie des « indispositions légères » qui pourrait paraître fort moderne. Il avait, sans les connaître, soupçonné la présence des microbes, et il appliqua des principes d'hygiène très en avance sur son temps : à son époque les maladies décimaient une grande partie de la population qui, vivant constamment sous la menace d'épidémies, s'y accoutumait. Et pourtant, n'est-il pas extraordinaire qu'au milieu de ce monde qui se soumettait à la contagion, Rāzī eût acquis une extrême intuition de l'hygiène publique comme le prouve l'exemple suivant : lorsqu'il dut choisir à Bagdad le lieu d'implantation d'un nouvel hôpital, il se rendit dans divers quartiers de la ville où il suspendit deci delà des quartiers de viande qu'il vint examiner périodiquement ; il détermina le lieu d'implantation de l'hôpital en sélectionnant le quartier où la viande pourrissait le plus lentement ! Le traité écrit par cet auteur influença toute la médecine européenne.

Un autre médecin islamique, Ibn Sīnā (Avicenne), écrivit une véritable encyclopédie en cinq volumes appelée Canon de médecine ; dans le premier tome, il traite de l'hygiène et de ce qu'on appellerait aujourd'hui la médecine préventive ; la cure d'eau et de soleil ainsi que le régime hygiénique alimentaire des enfants et des vieillards y sont déve [...]

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Le terrain du choléra

Le terrain du choléra
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Joseph Lister et Louis Pasteur

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  • : professeur de santé publique à la faculté de médecine de Nancy, chef du service d'hygiène du C.H.U. de Nancy
  • : professeur honoraire d'hygiène, de médecine préventive et de santé publique à la faculté de médecine de Rouen, chef du service d'hygiène du CHU de Rouen

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Pour citer l’article

Philippe HARTEMANN, Maurice MAISONNET, « HYGIÈNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hygiene/