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HISTOIRE ATLANTIQUE

La « nouvelle » histoire atlantique connaît une vogue ininterrompue depuis les années 1980 aux États-Unis et dans le monde anglophone en général. Elle a imposé une nouvelle manière d'appréhender l'histoire de l'océan, de ses échanges et des sociétés qui en bordent les rivages, depuis la découverte des nouvelles routes maritimes par les Portugais au xve siècle jusqu'à l'abolition de l'esclavage aux Amériques à la fin du xixe siècle.

Les ouvrages qui se réclament de ce courant se comptent désormais par centaines, même si la bibliographie reste déséquilibrée en faveur des espaces qui relevaient autrefois de la souveraineté britannique. L'hégémonie des universités anglo-américaines sur la question, devenue moins écrasante dorénavant, a replié l'Atlantic history sur l'étude quasi exclusive de l'Atlantique nord, avec une nette prédominance des monographies sur les Treize Colonies, aux dépens de l'Europe et, surtout, de l'Afrique. Pourtant, les historiens brésiliens ont toujours été présents sur ce terrain, même si leurs ouvrages ont longtemps été ignorés par les « atlanticistes » nord-américains. En France et en Amérique hispanique, la nouvelle perspective a d'abord suscité la méfiance en raison de ses connotations supposées favorables au Pacte atlantique. Mais ensuite, les concepts de l'histoire atlantique se sont diffusés largement. Ils ont changé notre regard sur les empires coloniaux hollandais, français, espagnol et portugais de l'époque moderne, et s'appliquent maintenant avec profit à de nouveaux espaces, comme l'Europe littorale et l'Afrique.

Pourtant, il n'existe pas de consensus sur les principes fondateurs de l'histoire atlantique, ni même sur sa définition. Des débats animés agitent la communauté scientifique à propos de son intérêt, de sa définition et de ses bornes chronologiques ; ce caractère protéiforme et ouvert constitue l'un des ressorts du dynamisme de l'Atlantic history. Celle-ci ne définit pas un champ théorique, même si elle se caractérise par un intense effort de conceptualisation. L'histoire atlantique est un objet d'étude mobile et dynamique, en constante redéfinition. D'ailleurs, il convient plutôt de parler d'un courant historiographique, plutôt que d'une école ou d'une discipline, voire d'un ensemble de propositions ouvertes qui, si elles sont loin d'être partagées par tous les chercheurs « atlanticistes », apparaissent dans la plupart de leurs travaux. Parmi ces diverses propositions, quatre d'entre elles semblent essentielles : considérer l'espace atlantique comme une unité discrète (au sens statistique, c'est-à-dire un ensemble fini et isolable), dotée de qualités singulières et d'une temporalité commune découlant de la rencontre des Européens, des Africains et des Amérindiens et de ses conséquences ; insister sur les relations, les connexions et les circulations entre les deux rivages pour rendre compte des phénomènes historiques ; considérer systématiquement les faits sur une échelle d'analyse globale (atlantique) ; refuser la perspective euro- ou occidentalo-centrée.

Naissance et affirmation de l'histoire atlantique

Alors que l'essentiel des études atlanticistes s'intéressent avant tout aux sphères du social et de l'économique, les premiers travaux relevaient plutôt de l'histoire politique consacrée aux grandes révolutions de la fin du xviiie siècle et du début du xixe siècle.

C'est Jacques Godechot, grand spécialiste de la Révolution française, qui a, le premier, en 1947, introduit l'idée d'une histoire de l'Atlantique. Quelques années plus tard, cet historien français crée le concept de « révolution atlantique » qui est ensuite repris par l'historien américain Robert[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Nantes

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Pour citer cet article

Clément THIBAUD. HISTOIRE ATLANTIQUE [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le

Médias

Traite des Noirs - crédits : Rischgitz/ Getty Images

Traite des Noirs

Révolte des esclaves noirs de Saint-Domingue, XVIII<sup>e</sup> siècle - crédits : Bettmann/ Getty Images

Révolte des esclaves noirs de Saint-Domingue, XVIIIe siècle

Autres références

  • ANTHROPOLOGIE DES DIASPORAS

    • Écrit par
    • 1 792 mots
    ...tudies, notamment sous la plume de Stuart Hall et Paul Gilroy. La publication en 1993 de l’ouvrage de Gilroy, traduit en français en 2003 sous le titre L’Atlantique noir. Modernité et double conscience, en a marqué le point de départ. Cet auteur conceptualise la diaspora noire à l’échelle de l’Atlantique,...