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NITSCH HERMANN (1938-2022)

Figure majeure de l’actionnisme viennois aux côtés de Günter Brus et Otto Muehl, entre autres, Hermann Nitsch, né le 29 août 1938 à Vienne, sort diplômé de l’Institut des arts graphiques en 1958. Ses goûts le portent vers les sujets religieux peints par Titien, le Greco et Rembrandt et vers le langage expressionniste de ses compatriotes Oskar Kokoschka et Egon Schiele. Il s’intéresse à la littérature psychanalytique (Sigmund Freud) et classique (Aristote, Eschyle, Sophocle), avec une attention toute particulière au drame qui se mêle à la poésie lyrique en traitant des mythes tragiques de l’Antiquité (Dionysos, Œdipe, Attis). Il est également attiré par l’histoire des religions du monde. Nitsch est conscient que son projet d’élaborer un nouveau genre d’art – total – ne peut aboutir avec les moyens traditionnels de la peinture et du théâtre dans le climat pesant de la société autrichienne d’après-guerre qui prône le maintien de l’ordre bourgeois plutôt que l’élaboration de la modernité. Illustrant la tragédie humaine et mettant en avant une réflexion existentialiste, tout en défendant la liberté de la création et de la fantaisie, il conçoit un « jeu » qui cherche à libérer l’individu de la répression psychique ou sociale. Depuis 1957, ce Théâtre des orgies et mystères est la préoccupation essentielle de Nitsch, une œuvre d’art global s’adressant aux cinq sens du spectateur-participant.

Du tableau à l’action

Influencé par les acteurs de la peinture informelle tels que Markus Prachensky, Hans Hartung ou Georges Mathieu, Hermann Nitsch réalise sa première Malaktion (action avec de la peinture) à la fin de l’année 1960, dans son atelier viennois : un panneau en fibre de bois est apprêté en blanc, de la peinture rouge y est aspergée et versée, une éponge imbibée de peinture rouge est essorée au-dessus du tableau. Enfin, avec un large pinceau, Nitsch fouette le tableau.

Enrichissant le vocabulaire technique de Max Ernst et de Jackson Pollock, Nitsch aboutit ainsi à ses Schüttbilder, des supports sur lesquels du liquide est déversé. L’excitation sensuelle éprouvée par l’artiste et le public au moment où la substance entre en contact avec son support parachève l’effet dynamique et dramatique recherché par l’artiste.

Nitsch semble toutefois insatisfait des effets « tachistes » obtenus. Il transforme dès 1962 l’acte de peindre par l’utilisation d’objets réels et de substances différentes : l’artiste remplace la peinture rouge par du sang et mêle à son tableau les entrailles et le cadavre d’un agneau, fraîchement écorché par un professionnel. Dans cet esprit a lieu, en décembre 1962, devant un public invité dans l’appartement d’Otto Muehl, cofondateur de l’actionnisme viennois, l’action no 1 : un homme, âgé de vingt ans, est habillé d’une chasuble blanche ; placé comme crucifié contre l’un des murs de la pièce, il est aspergé de sang, qui coule sur sa figure et ses vêtements. Ici, Nitsch crée le lien entre sa peinture d’action, un élément essentiel dans le projet global du Théâtre des orgies et mystères, et le motif de base de son œuvre, la victime crucifiée. Durant l’action, le port par Nitsch d’un costume cérémoniel, tel celui d’un prêtre, souligne le caractère sacré et rituel de l’action, qui dès lors se déroule à chaque fois devant un public.

En mars 1963, Nitsch investit la galerie d’art de Josef Dvořák à Vienne pour l’exécution de l’action no 2 :l’artiste arrose de sang le cadavre écorché d’un agneau suspendu au plafond. Il le fait balancer de façon à ce que non seulement les murs, mais aussi les spectateurs soient aspergés de sang. Le geste initial de peindre s’étend à l’espace entier de la pièce. L’artiste et les invités se trouvent ainsi littéralement « dans le tableau », et font partie intégrante de l’œuvre d’art.[...]

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Écrit par

Classification

Pour citer cet article

Matthias SCHÄFER. NITSCH HERMANN (1938-2022) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ACTIONNISME VIENNOIS

    • Écrit par Matthias SCHÄFER
    • 2 242 mots
    ...œufs, excréments), poudres colorées ou farine. Elles sont choisies moins pour leur valeur symbolique que pour leurs propriétés physiques. Muehl, Brus ou Nitsch (Nitsch utilise le sang animal comme matériau libérateur) ont recours à ce « langage-matériau » pour provoquer les sensations les plus extrêmes...
  • BODY ART

    • Écrit par Anne TRONCHE
    • 4 586 mots
    • 1 média
    ...structures sociales. Faisant suite au projet d'une forme d'art total qu'il avait esquissé en 1957 avec son Théâtre des orgies et des mystères, l'artiste Hermann Nitsch entreprend des « actions » avec les peintres Otto Muehl et Günter Brus. Engagés dans un expressionnisme gestuel, ils passent de...

Voir aussi