MICHAUX HENRI (1899-1984)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Sagesse et contemplation

Un dernier massif est venu, dans la vieillesse, compléter l'œuvre. Tout ce qui précédait se trouve repris et dépassé sur chacun des deux versants, dont l'un est tourné vers la sagesse, l'autre vers la contemplation.

On trouvait déjà, çà et là, dans les ouvrages de l'âge mûr, des aphorismes, qui étaient d'un moraliste. Poteaux d'angle (1981) est un recueil de préceptes que le poète s'adresse à lui-même ; et la sagesse qu'ils contiennent se situe au-delà de toute sagesse. Michaux se défend d'être un « gourou » : « Quoi qu'il arrive, ne te laisse jamais aller – faute suprême – à te croire maître, même pas un maître à mal penser. Il te reste beaucoup à faire, énormément, presque tout. La mort cueillera un fruit encore vert. »

Comment le poète réfractaire pourrait-il enseigner autre chose que la liberté ? Les principes de sa morale sont l'authenticité et l'autonomie : être soi, être à soi. Mais cela conduirait au blocage du moi si cette sagesse n'était pas aussi un mouvement d'ouverture au monde et d'élan vers l'inconnu. Comment conserver quelque chose du prodigieux foisonnement des possibles, sinon en gardant une totale disponibilité ? « Si tu ne t'es pas épaissi, si tu ne te crois pas devenu important..., alors peut-être l'Immense toujours là, le virtuel Infini se répandra de lui-même. »

Dans Face à ce qui se dérobe (1975), Michaux décrivait la « survenue de la contemplation ». Elle ne peut naître que dans le silence. « Une fois repoussés les variations et ce qui nourrit les variations : les informations, les communications, le prurit de la communication... on retrouve la Permanence, son rayonnement, l'autre vie, la contre-vie. » Il est significatif que l'un de ses derniers textes soit la suite de poèmes intitulée Jours de Silence (recueillis dans Chemins cherchés, chemins perdus, transgressions, 1981). Il ne décrit plus la contemplation mais la chante, la célèbre, avec la ferveur retrouvée des mystiques d'Occident et d'Orient.

Parallèlement au poète, parfois en discordance avec lui, le peintre Henri Michaux a connu lui aussi, dans sa vieillesse, [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Écrit par :

  • : agrégé des lettres, ancien directeur de l'Institut français de Lisbonne
  • : maître assistant à l'université de Provence

Classification

Autres références

«  MICHAUX HENRI (1899-1984)  » est également traité dans :

MISÉRABLE MIRACLE, Henri Michaux - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Guy BELZANE
  •  • 1 210 mots

Publié en 1956 aux éditions du Rocher, Misérable Miracle, sous-titré « La Mescaline », est le premier d'une série d'ouvrages d'Henri Michaux (1899-1984) consacrés aux drogues. Suivront L'Infini turbulent (1957), Connaissances par les gouffres (1961) et Les Grandes Épreuves de l' […] Lire la suite

ŒUVRES COMPLÈTES, tome I (H. Michaux)

  • Écrit par 
  • Pierre LOUBIER
  •  • 1 354 mots

Assurément, un an avant le centenaire de sa naissance et quatorze ans après sa mort, ce premier tome des Œuvres complètes de Michaux (édition établie par Raymond Bellour, avec Ysé Tran, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1998) est un événement. Michaux l'insubordonné sur papier bible ? Michaux l'insoumis dans la « prestigieuse collection » ? Et après tout, pourquoi p […] Lire la suite

L'ESPACE DU DEDANS, Henri Michaux - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Pierre VILAR
  •  • 979 mots

Lorsque paraît en 1944 L'Espace du dedans, d'Henri Michaux (1899-1984), le poète et le peintre, d'origine belge, ne sont encore connus que d'un petit nombre. Michaux a publié cependant sept livres chez Gallimard, et un nombre plus important de plaquettes et de petits recueils chez d'autres. Quelques appuis l'encouragent à mettre au […] Lire la suite

BELGIQUE - Lettres françaises

  • Écrit par 
  • Marc QUAGHEBEUR, 
  • Robert VIVIER
  •  • 17 541 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Le refoulement des avant-gardes »  : […] Cet ébranlement des assises sociales et culturelles du pays est perçu – et théorisé jusqu'à ses ultimes conséquences – par le jeune Clément Pansaers dans sa revue Résurrection . Publié en pays occupé à l'époque où triomphe, en Russie, la révolution d'Octobre, le périodique défend des points de vue internationalistes et révolutionnaires qui passent par l'abolition des frontières nationales. Le patr […] Lire la suite

DROGUE

  • Écrit par 
  • Alain EHRENBERG, 
  • Olivier JUILLIARD, 
  • Alain LABROUSSE
  • , Universalis
  •  • 12 110 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « La « bonne » perception de soi  »  : […] Que soit en cause l'évaluation sociale ou l'évaluation personnelle, l'usage des drogues est ainsi lié à la perception que chacun peut avoir de son corps et de sa vie. Les substances qui ne nourrissent pas ont cet étrange privilège d'avoir toujours quelque effet sur la pensée. Louis Lewin écrit : « Rien dans la nature n'est peut-être plus extraordinaire, plus miraculeux que l'existence même de nos […] Lire la suite

FRAGMENT, littérature et musique

  • Écrit par 
  • Daniel CHARLES, 
  • Daniel OSTER
  •  • 9 389 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Œuvres fragmentaires par hasard ou par décision »  : […] Les cent trente-six fragments d'Héraclite que nous connaissons tirent une grande part de leur éclat d'un désastre. « Tout cède et rien ne tient bon », dit le fragment cent trente-cinq (édition Marcel Conche). En confiant son livre à l'Artémision d'Éphèse, le plus vaste des temples d'Éphèse, dû en partie à la magnificence de Crésus, Héraclite avait compté sans Érostrate qui y mit le feu en 356 ava […] Lire la suite

HALLUCINOGÈNES, littérature

  • Écrit par 
  • Jacques JOUET
  •  • 1 054 mots
  •  • 1 média

« Je comparerai », dit Baudelaire dans Du vin et du haschisch (1851), « ces deux moyens artificiels, par lesquels l'homme exaspérant sa personnalité crée, pour ainsi dire, en lui une sorte de divinité. » Pour Baudelaire, à ce moment, la différence entre les deux substances est assez radicale : si le vin rend sociable, le haschisch isole celui qui en use. À peine dix ans plus tard, dans Les Parad […] Lire la suite

SHOAH LITTÉRATURE DE LA

  • Écrit par 
  • Rachel ERTEL
  •  • 12 489 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Nommer l'innommable »  : […] Si les poètes yiddish et quelques rares poètes de langue polonaise n'ont cessé de faire entendre leur cri, leur lamentation en parlant du fond de « ... la fournaise de l'extermination juive » (Sutzkever), en recourant aux images mêmes qu'ils récusaient, il a fallu un certain temps aux autres langues, pour parvenir à « transposer les innommés nommément ». Pourtant, par sa nature même, la poésie a v […] Lire la suite

MONSTRES, esthétique

  • Écrit par 
  • Gilbert LASCAULT
  •  • 3 479 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Angoisse, désirs et monstres »  : […] Mais les liens qui unissent le monstre de l'art aux affects sont plus importants que ceux qui le relient aux savoirs. Plus qu'à notre volonté de savoir, c'est à nos désirs, à notre angoisse que le monstre a affaire. Bien des monstres naissent de l'angoisse et la suscitent. Henri Michaux ( Plume ) écrit : « Avec simplicité, les animaux fantastiques sortent des angoisses et des obsessions [...]. La […] Lire la suite

UNICA ZÜRN (exposition)

  • Écrit par 
  • Nelly FEUERHAHN
  •  • 1 078 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les poèmes-anagrammes »  : […] Entre 1953 et 1964, Unica Zürn a composé cent vingt-quatre poèmes-anagrammes, des productions analysées dans le catalogue par Barbara Safarova et Victoria Appelbe, deux contributions remarquables d’auteures déjà présentes dans le catalogue de l’exposition tenue à la Halle Saint-Pierre. Les anagrammes relèvent d’une multitude de significations. Néanmoins, il est possible d’identifier certains thème […] Lire la suite

Pour citer l’article

Robert BRECHON, Pierre ROBIN, « MICHAUX HENRI - (1899-1984) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 avril 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henri-michaux/