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MISÉRABLE MIRACLE, Henri Michaux Fiche de lecture

Publié en 1956 aux éditions du Rocher, Misérable Miracle, sous-titré « La Mescaline », est le premier d'une série d'ouvrages d'Henri Michaux (1899-1984) consacrés aux drogues. Suivront L'Infini turbulent (1957), Connaissances par les gouffres (1961) et Les Grandes Épreuves de l'esprit (1966). Le texte fera l'objet, en 1972, chez Gallimard, d'une nouvelle édition « revue et corrigée », c'est-à-dire pour l'essentiel complétée d'addenda qui constituent à la fois un bilan et un congé donné à l'expérience commencée dans les années 1950. Si les livres sur la drogue occupent, on le voit, une place bien circonscrite dans l'œuvre de l'écrivain, celui-ci avait déjà, à plusieurs reprises, évoqué ou abordé le thème dans ses premières œuvres (allusion à l'éther et à l'opium dans Ecuador en 1929, au haschisch dans La nuit remue, en 1935). Il y reviendra, de loin en loin, jusqu'à la fin de sa vie (« Le Jardin exalté », en 1983). On ne peut donc nier la permanence d'une préoccupation : de là à conclure à une aliénation, il y a un pas que Michaux, dès la fin de Misérable Miracle, décourageait par avance quiconque de franchir : « Aux amateurs de perspective unique, la tentation pourrait venir de juger dorénavant l'ensemble de mes écrits comme l'œuvre d'un drogué. Je regrette. Je suis plutôt du type buveur d'eau. Jamais d'alcool. »

« Comment dire cela ? »

Misérable Miracle s'ouvre sur un Avant-propos (chapitre i) qui expose les difficultés auxquelles l'auteur a été confronté, et qui justifie la forme originale du livre. Suivent quatre chapitres : « Avec la mescaline » (ii) restitue d'aussi près et aussi fidèlement que possible les états où se trouve tour à tour plongé le sujet. Plus distants, « Caractères de la mescaline » (iii) analyse de façon clinique les effets de la drogue et leur évolution, tandis que « Le Chanvre indien » (iv) compare la mescaline et le haschisch. Enfin, « L'Expérience de la folie » (v) rapporte comment une erreur de dosage à fait basculer l'auteur dans le gouffre d'une « effroyable » schizophrénie : « Une porte jusque-là ouverte venait de se fermer d'un coup dans un silence absolu. » « Quelques Remarques » et une Postface – à quoi il convient d'ajouter les quatre addenda rédigés entre 1968 et 1971 et ajoutés à l'édition de 1972 – tirent le bilan contrasté de l'aventure.

La structure même du livre rend compte de la complexité d'une entreprise qui semble vouloir – ou devoir – concilier le document, l'essai et le poème. Ainsi, trois niveaux au moins d'écriture et de lecture sont immédiatement – parce que matériellement – repérables : le texte principal est la transcription non pas littérale mais remise « en forme » de notes prises au cœur de l'expérience, et jugées trop désordonnées pour être reproduites telles quelles. Ce texte lui-même n'est pas uniforme : il penche tantôt vers le compte rendu direct, le document brut (ii, v), tantôt vers le commentaire et l'analyse (iii, iv). En marge, des notes en italique introduisent une distance supplémentaire entre le Moi du drogué et le Moi de l'auteur, distance confirmée et accentuée par la reproduction, à intervalles irréguliers, de feuillets manuscrits et de dessins qui viennent témoigner du caractère insaisissable et, à certains égards, intraduisible des « visions subies ».

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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