SZEEMANN HARALD (1933-2005)

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Disparu le 18 février 2005 à Locarno, le Suisse Harald Szeemann fut un commissaire d'expositions hors du commun. Se situant toujours dans une perspective a-historique, il entendait démontrer que la question de l'art contemporain ne pouvait trouver de réponse dans l'agencement chronologique des œuvres, mais dans l'activité même de l'artiste.

Né à Berne en 1933, Szeemann étudie l'histoire de l'art, l'archéologie et le journalisme. En 1957, il organise au musée de Saint-Gall une exposition sur les Peintres-poètes/Poètes-peintres : il décloisonne ainsi les catégories, comme il le fera souvent ensuite, montrant les manifestes poétiques du peintre Hundertwasser, les dessins de Victor Hugo ou les Visions de Goethe pour Faust.

Nommé responsable de la Kunsthalle de Berne en 1961, Szeemann y présente, en 1969, l'exposition phare Quand les attitudes deviennent forme. Celle-ci révèle sur la scène internationale à la fois son talent de visionnaire et celui des plus grands noms de la création vivante – Carl Andre, Joseph Beuys, Jan Dibbets, Barry Flanagan, Jannis Kounellis, Sol LeWitt, Mario Merz, Robert Morris, Panamarenko, Robert Ryman, Richard Serra ou Lawrence Weiner. Le commissaire de l'exposition pointe les notions de « concepts, processus et situations » pour mettre en évidence l'activité de l'artiste – quitte à ce que ce soit au détriment de l'objet fini.

En 1972, Szeemann est nommé à la tête de la Documenta de Kassel. Il y instaure une logique singulière des enchaînements et crée un climat poétique, faisant de happenings les temps forts de la manifestation. Il invente la notion de « mythologies personnelles », confrontant le travail de Jean Le Gac et de Christian Boltanski avec des productions de l'art brut, religieux ou populaire. Après quoi, Szeemann, à qui certains reprochent de construire le mythe de l'organisateur contre celui des artistes, se met en retrait. En 1974, il organise chez lui un hommage à son grand-père coiffeur, car « le métier de faiseur d'expositions et son contexte ne peuvent se renouveler que dans la réintégration de la dimension de l'intimité ».

Dès lors, c'est à partir de son Agence pour le travail intellectuel à la demande, au service d'un musée des Obsessions – qui deviendra l'Usine installée à Tegna, dans le Tessin –, que ce travailleur infatigable produira, en toute indépendance d'esprit, nombre de manifestations, dont certaines feront date.

Avec les Machines célibataires, exposition conçue avec Jean Clair pour le musée des Arts décoratifs à Paris en 1975, il dresse un catalogue des machineries littéraires élaborées par Jarry, Kafka et Roussel, en tant que métamorphoses de la structure de l'individu, qui cohabitent avec les œuvres de Munch, Duchamp ou Klapheck.

Au titre du musée des Obsessions, il faut citer les événements organisés à Monte Verità, site surplombant le lac Majeur, qui, au début du xxe siècle, fut le refuge d'une communauté en quête d'une société idéale, et le creuset d'idéologies révolutionnaires. En 1983, c'est La Quête de l'œuvre d'art totale, inspirée par Wagner, qui rassemble musique, poésie et Goethe, Schinkel, Scriabine, le Facteur Cheval, Malévitch, Artaud, ainsi que Beuys, Nitsch et Kiefer. Pour Zeitlos (Hors du temps), en 1988, Szeemann déploie, dans le cadre magique d'une ancienne gare, à Berlin, un gigantesque et silencieux hommage aux sculpteurs contemporains.

Devenu commissaire indépendant au Kunsthaus Zurich en 1981, il privilégie ceux qui ont été ses compagnons de route à la fin des années 1960 (ainsi, en 1993, pour la rétrospective Beuys au Centre Georges-Pompidou à Paris). Mais il n'en reste pas moins à l'affût de ce qui émerge en matière de création contemporaine. À Venise, il invente, en 1980, Aperto, exposition dédiée aux jeunes artistes. Après avoir conçu, en 1997, la quatrième biennale d'Art contemporain de Lyon, il sera, à Venise encore, en charge de deux biennales successives : en 1999 (APERTutto) et 2001(Plateau de l'humanité), où il n'a de cesse d'agrandir les espaces imposés pour tenter de casser la notion de nationalisme.

Avec la série d'expositions consacrée aux pays « visionnaires », de la Suisse (1991) à La Belgique visionnaire, inaugurée après son décès, en 2005, au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, Szeemann aura donné libre cours à l'art de confrontations insolites, alliant les créations d'artistes reconnus et celles, plus secrètes, liées à l'imaginaire et à l'inconscient collectif. Pour la Belgique, il montre ainsi Rops, Khnopff, Spilliaert, Magritte, Michaux, Broodthaers ou Delvaux avec l'Africain Georges Adéagbo (né en 1942 au Bénin, qui témoigne de la colonisation du Congo)... et convoque les figures d'Eddy Merckx ou de Paul Otlet (1868-1944) et Henri La Fontaine (1854-1943), à l'origine du Mundaneum qui vise à réunir en un même lieu toutes les connaissances du monde. Manière d'affirmer, pour celui qui rassemble ces créateurs et leurs projets : « Je ne m'intéresse qu'à la conscience divergente, parce que c'est là seulement que se trouvent les énergies utopiques. »

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Maïten BOUISSET, « SZEEMANN HARALD - (1933-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/harald-szeemann/