FLANAGAN BARRY (1941-2009)

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Le sculpteur britannique Barry Flanagan est célèbre pour ses lièvres malicieux et burlesques, réalisés en bronze, présents dans les musées et les espaces publics un peu partout dans le monde. On a tendance à oublier que le même artiste a joué, dans les années 1960, un rôle éminent au sein d'une communauté qui regroupait de jeunes plasticiens britanniques comme Richard Long, Gilbert et George, Hamisch Fulton ou Tony Cragg. Les uns et les autres entendaient défier les règles de la sculpture classique et de l'orthodoxie formaliste, donnant ainsi ses lettres de noblesse à un certain état de la sculpture anglaise.

Né en 1941 à Prestatyn, au pays de Galles, Barry Flanagan étudie d'abord l'architecture et la sculpture au Birmingham College of Arts and Crafts, avant de se rendre à Londres, à la Saint Martins'School of Art, où enseignent Anthony Caro et Phillip King. Il y poursuit ses études de sculpture jusqu'en 1966. Il affirme au regard du travail de ses maîtres : « Le rejet a été pour moi source de motivation [...]. En libérant la sculpture des préjugés, vous la libérez du carcan de la signification pour lui permettre d'incarner l'expérience authentique. » L'artiste expérimente alors bon nombre de possibilités offertes par un certain type de matériaux et de formes préexistantes comme des sacs, des piles de tissus ou des cordes susceptibles de se transformer et d'affirmer leur instabilité en fonction de la lumière et de l'environnement (Light on Light on Sacks, 1969, Stedelijk Museum voor Actuele Kunst, Gand, Belgique). Dans le même temps, Flanagan se passionne pour la poésie concrète et l'œuvre d'Alfred Jarry. Il devient un adepte du Collège de pataphysique en tant que « défi des conventions sociales et recours à l'imaginaire et à l'absurde ». La poésie concrète comme la performance sont à cette époque inhérentes à sa démarche. Il propose ainsi un Silent lip poem (poème labial silencieux) au cours d'une manifestation internationale de poésie expérimentale à Oxford en 1965.

Lors de sa première exposition personnelle à la Rowan Gallery de Londres, en 1966, les œuvres de Flanagan sont confectionnées à partir de morceaux de tissus en forme de sacs remplis de papier, de mousse ou de sable, et semblent en relation étroite avec ses expériences concernant la poésie concrète. L'année suivante, lors de la biennale des Jeunes, à Paris, il expose Four casb 2'67 (Tate Gallery, Londres). Il s'agit de quatre sacs de toile bleue de forme tronconique. Les lettres du titre renvoient à l'initiale du nom de chaque matériau dont est faite la sculpture : canvass (and) sand bag. L'artiste incite les participants à remplir les sacs de sable, la forme et l'interprétation étant ainsi laissées à l'initiative du public. Poursuivant ses recherches liées à l'installation de ses œuvres en fonction de l'architecture, de la couleur et de la lumière, le sculpteur participe, en 1969, aux côtés de la jeune avant-garde internationale, à l'exposition Quand les attitudes deviennent formes organisée par Harald Szeemann, à la Kunsthalle de Berne. Préférant de beaucoup la manipulation des matériaux aux seuls concepts, il réagit, deux ans plus tard, en réalisant une gravure qui représente une valise pleine de billets qu'il intitule When Attitudes offend form (Tate Gallery, Londres).

En 1973, après une visite à la carrière de marbre de Pietrasanta en Italie, Flanagan utilise pour la première fois la pierre et commence à appliquer dans son travail des méthodes traditionnelles (A nose in repose, 1977, Tate Gallery, Londres). En 1981, il réalise son premier lièvre en bronze, cet animal aux grandes oreilles qui bondit, qui lève la jambe ou boxe (The Boxing Ones, 1985, musée d'Art moderne, Villeneuve-d'Ascq). Un an plus tard, il représente la Grande-Bretagne à la biennale de Venise, et y expose un ensemble d'œuvres en bronze qui déroute la critique. Depuis lors, les lièvres de Fanagan, dont il dit qu'ils sont « des substituts d'êtres humains », n'ont cessé d'affirmer leur impertinente présence dans nombre de musées, à travers les thèmes les plus variés : Ninjinsky on Avril Point (2001) en hommage au danseur russe, Thinker on a Rock (1997, National Gallery of Art, Washington) ou en référence au Penseur de Rodin. La Tate Gallery de Londres a pour sa part et par deux fois, en 1986 et 2000, rendu hommage au sculpteur qui disait de son animal fétiche : « Il représente la liberté... sa légèreté est emblématique, elle va de pair avec l'imagination... l'indépendance et tout cela est plutôt rare. » Ainsi, indépendance et liberté sont restées au cœur du propos et du cheminement d'un artiste qui, en travaillant le bronze de la manière la plus traditionnelle qui soit, s'affranchit aussi, non sans humour, des modes et des tendances artistiques du moment.

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Maïten BOUISSET, « FLANAGAN BARRY - (1941-2009) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/barry-flanagan/