HAPIRU ou HABIRU

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Le terme Hapiru (ou, plus fréquemment, le vocable, de valeur équivalente, Sa.gaz) apparaît dans les textes cunéiformes, depuis le début du ~ IIe millénaire et sur des sites disséminés à travers tout le Proche-Orient pour désigner des hommes, auxquels il faut identifier aussi les ‘prm d'Ugarit et les ‘Aperu d'Égypte, et que caractérisait une situation sociale particulière.

Le document le plus ancien qui mentionne les Sa.gaz date de la troisième dynastie d'Ur (~ 2100-~ 2003). Ils apparaissent ensuite dans divers textes administratifs des rois d'Isin-Larsa (~ 2003-~ 1763). Les tablettes cappadociennes signalent leur présence en Anatolie au début du ~ IIe millénaire.

Les archives du palais royal de Mari les montrent à l'œuvre en Mésopotamie au ~ xviiie siècle. On les retrouve au ~ xve siècle dans les textes d'Alalah et notamment dans l'inscription gravée sur la statue du roi Idrimi, dans les documents de Nuzi, de Tell el-Amarna, de Boghazköy, d'Ugarit. En Égypte, les ‘Aperu sont mentionnés dans divers textes qui s'échelonnent du ~ xve au ~ xiie siècle.

Le problème des Hapiru, qui n'offre qu'un intérêt limité pour l'assyriologue, intéresse particulièrement les historiens de l'Ancien Israël. On a suggéré, en effet, que les Hapiru n'étaient autres que les Hébreux. En réalité, si aucun obstacle insurmontable ne s'oppose, sur le plan de la philologie, à une équation Hapiru = ‘ibrîm (Hébreux), l'on ne s'entend toujours pas sur la nature ni sur la valeur — gentilice ou appellation — du nom des Hapiru. Ce qui ressort, toutefois, à l'évidence, des textes, ce sont, chez les Hapiru, des traits distinctifs qui ne conviennent guère aux Hébreux. Les Hapiru ne forment nulle part des groupes ethniquement homogènes. Mercenaires à Larsa, en Anatolie, à Alalah, dans le Nouveau Royaume hittite, à Ugarit ; serviteurs volontaires de particuliers, du palais ou du temple à Nuzi ; ouvriers des carrières ou vendangeurs en Égypte, ils constituent des agrégats de déracinés, le plus souvent d'origine urbaine, qui n'ont en commun que leur détresse matérielle ou leur condition dépendante. Les Hapiru n'apparaissent nulle part animés d'un idéal national ou politique ; ils combattent indifféremment pour ou contre l'Égypte, sur des théâtres d'opérations tels que la côte phénicienne où l'activité de tribus hébraïques n'a jamais été signalée et à une période où le pouvoir égyptien vacille, mais ne cesse de se manifester dans les marches asiatiques de l'Empire des pharaons. L'installation israélite en Canaan présuppose au contraire une éclipse totale du contrôle égyptien. Soldats par nécessité, les Hapiru ne sont pas turbulents par vocation. Les razzias et pillages qui leur sont imputables en Mésopotamie centrale à l'époque de Babylone I ou en Syrie-Palestine à la période amarnienne sont liés à l'anarchie temporairement prévalente sur ces aires géographiques. Dans les régions qui, à la même époque, sont « bien tenues », les Hapiru restent dans la discipline militaire. Le comportement hostile des Hapiru en Canaan apparaît très différent de celui que la tradition prête aux Hébreux de la conquête : les Hapiru vivent en symbiose avec la population locale ; lorsqu'ils attaquent une ville, ils la pillent, puis la brûlent sans se soucier du sort de ses habitants. La politique de Josué consiste à détruire ou à chasser l'ancienne population tout en conservant intactes les localités où vont s'installer les Israélites.

Le noyau originel des Hapiru aurait été constitué par un groupe issu des Amorites, nomades congénères des Araméens, dont les infiltrations dans le Croissant fertile sont signalées dès le début du ~ IIe millénaire. Poussés par les contingences à se plier à un mode de vie qui devait être caractéristique de tous les Hapiru postérieurs, les premiers d'entre eux donnèrent leur nom, peut-être un gentilice à l'origine, à une condition sociale.

Dans la Bible, le terme d'Hébreu a une indéniable valeur gentilice. Il sert aux narrateurs à distinguer les Proto-Israélites des autres groupes ethniques. Il se pourrait toutefois qu'il représente une forme évoluée à partir d'un ‘Apiru originel. Abraham, qui, à la différence de son neveu Lot, est qualifié d'Hébreu, aurait été un ‘Apiru, c'est-à-dire un étranger sans biens immeubles ni droits au pays où il séjournait. Plus tard, lorsqu'on eut oublié la signification primitive du mot, on le transforma en gentilice, selon la même hypothèse, et l'on imagina un ancêtre éponyme, ‘Eber, pour exprimer le lien de parenté existant entre les Israélites et leurs congénères d'Édom, de Moab, d'Ammon, de Syrie et d'Arabie. Mais le caractère factice de cette généalogie apparaît dans le fait qu'en dépit de la logique qu'elle implique les Israélites furent historiquement les seuls à être désignés du terme d'Hébreux.

Les Hapiru disparaissent des textes à la fin du ~ IIe millénaire, lorsque le Proche-Orient connaît une période de relatif équilibre.

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Valentin NIKIPROWETZKY, « HAPIRU ou HABIRU », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hapiru-habiru/