HALLUCINATIONS

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Le malade mental est souvent un « halluciné » : il prétend voir des personnages, entendre des voix, sentir des odeurs. Or nous ne voyons rien, nous n'entendons rien, nous ne sentons rien de ce qu'il dit percevoir. Faut-il admettre que les organes sensoriels du patient aient la possibilité de capter de mystérieux effluves et d'entrevoir des réalités insaisissables pour la plupart des humains ? Non ! Les hallucinations du malade mental ont des contenus imaginaires et trompeurs. Quelle que soit leur apparente richesse, les hallucinations ont des caractères de stéréotypie et d'uniformité qui en permettent la séméiologie, la nosographie, l'étude évolutive, l'analyse psychopathologique.

Vision de Milton de sa seconde femme, J. H. Füssli

Photographie : Vision de Milton de sa seconde femme, J. H. Füssli

Johann Heinrich Füssli (1741-1825), Vision de Milton de sa seconde femme, Catherine Woodstock, décédée en 1658. Huile sur toile (H. 0,95 m ; L. 1 m),1799. Galerie Milton, Bâle. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Cependant, l'idée selon laquelle un individu pourrait ressentir des influences supra-normales est-elle toujours considérée comme déraisonnable ? Il ne semble pas. « L'immense majorité des hommes, écrit D. Lagache, admet la possibilité d'agir à distance sur un esprit, par un pouvoir spirituel ou une action matérielle. » De même, la question des « modes accidentels de la perception » a été fort controversée. Certains ont parlé de zones perceptives émoussées au cours des millénaires. L'humanité aurait, autrefois, possédé communément la fonction hallucinatoire, puis l'aurait peu à peu perdue. Et peut-être des êtres lointains, extra-terrestres, possèdent-ils une intelligence capable d'influencer la nôtre ? Telles sont les suppositions d'un grand nombre de gens qui rangent dans l'insolite, le mystérieux, le plausible, une part de ce que les médecins considèrent comme pathologique.

Encore faut-il souligner avec quelle force et quelle constance les aliénistes, les psychiatres, les psychologues ont admis que l'hallucination puisse se rencontrer hors de la maladie mentale : les convictions à forte charge émotionnelle, les déterminismes sociaux, les sentiments religieux en seraient les principaux vecteurs.

A. Brierre de Boismont fut, au milieu du xixe siècle, le grand défenseur d'une « histoire raisonnée des apparitions, des visions, des songes, de l'extase... ». C'est dans son ouvrage, semble-t-il, que l'on trouve les premières tentatives de compréhension des hallucinations collectives : pourquoi des individus animés des mêmes préoccupations n'auraient-ils pas des visions quasiment semblables ? Et l'auteur de citer, parmi les causes des « hallucinations épidémiques », l'influence des idées dominantes (principalement dues au fonds commun des traditions, aux dires de sorcellerie, aux croyances mystiques) : l'influence, enfin, de certaines substances – boissons, vapeurs, arômes, onguents – capables d'agir sur l'organisme et, par là, d'augmenter la suggestibilité et les tendances imaginatives.

À la recherche d'une définition

L'hallucination est-elle une « perception sans objet » ? Cette formule, due à B. Ball (1853), a été beaucoup critiquée à cause de sa teneur excessivement sensorielle. On a même dit que cette sentence fut, pendant longtemps, la « pierre tombale » des recherches sur les hallucinations. Si l'on s'en tient, en effet, à cette perspective mécaniste, l'hallucination risque d'être confondue avec une simple erreur des sens : ceux-ci fonctionneraient « à vide » et seraient supposés envoyer aux autres secteurs « conscients » des incitations qui n'auraient été suscitées par aucun objet.

L'hallucination est-elle une « croyance erronée » ? C'est là une formule qui, contrairement à la précédente, donne une trop large part à la composante intellectuelle du trouble et qui passe sous silence sa teneur esthésique. Or le caractère de « sensorialité » est, de toute façon, un des aspects élémentaires de l'hallucination : celle-ci en effet ne peut être saisie qu'à travers la qualité sensible de son vécu. Et même lorsqu'il s'agit d'hallucinations qui semblent se produire « sans le secours d'aucun sens », selon la formule de J. Baillarger (1842), le malade reste tout de même persuadé qu'il subit des influences extérieures à sa personnalité.

Ainsi donc, la recherche d'une définition de l'hallucination comporte deux risques à éviter : d'une part, faire de l'hallucination un phénomène trop sensoriel ; d'autre part, voir dans l'hallucination un phénomène trop intellectualisé. Soucieux de ces divers points de vue, E. Esquirol (1772-1840), dans un mémoire écrit en 1817, avait proposé la formule suivante : « Un homme qui a la conviction intime d'une sensation actuellement perçue, alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n'est à portée de ses sens, est dans un état d'hallucination. » La plupart des auteurs contemporains sont revenus à cette définition et l'acceptent comme la meilleure qui ait pu être donnée.

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Écrit par :

  • : ancien directeur du Laboratoire pathologique de la Sorbonne, médecin-chef à l'hôpital psychiatrique de Bonneval, professeur à l'université de Paris-V

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Pour citer l’article

Henri FAURE, « HALLUCINATIONS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hallucinations/