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HAGGADAH

La définition purement formelle de l'Haggadah — à savoir la partie de l'enseignement rabbinique ne possédant pas de caractère juridique — ne rend que très imparfaitement compte du contenu positif de cet ensemble d'enseignements, dont la matière représente un tiers du Talmud de Babylone, un sixième du Talmud de Palestine et de nombreuses œuvres entrant dans le cadre du Midrash Haggadah. C'est là que l'on peut découvrir les exégèses et les interprétations homilétiques des rabbins de l'Antiquité, surtout palestiniens.

Cette immense littérature représente un univers mental où abondent allusions, jeux de mots et paradoxes. Elle fut pendant des siècles l'unique mode d'expression littéraire du peuple juif et utilise souvent les ressources du folklore, et des fables empruntées au contexte culturel de l'époque. Il y a dans l'Haggadah à la fois une liberté d'interprétation très large et une cohérence sous-jacente non moins réelle. Les interprétations, en effet, visent toutes un référentiel qui leur est commun, la Torah, laquelle exprime pour tous les docteurs la volonté de Dieu pour son monde. Les effets littéraires ou ludiques ne sont toujours que seconds par rapport à la finalité essentielle des rabbins : enseigner et faire pratiquer la Loi par les masses juives ; défendre et illustrer le judaïsme à l'égard des contestations païennes gnostiques ou chrétiennes.

L'Haggadah est moins l'expression d'individualités que d'écoles qui groupaient, autour d'un grand maître, un certain nombre de disciples. Dans chaque école, les enseignements étaient caractérisés, sur le plan de la méthode, par la valorisation de certains procédés herméneutiques et, sur le plan des idées, par l'accent mis sur telle ou telle problématique en fonction des traditions reçues et des exigences de l'actualité. L'Haggadah doit donc se définir comme un mode de pensée original à travers lequel les maîtres d'Israël n'ont cessé d'actualiser les problèmes fondamentaux de l'homme afin de lui faire adopter une conduite droite. Comme l'écrit le Sifré (sur Deut., xi, 21) : « Si tu souhaites connaître Celui par lequel le monde vint à l'être, alors étudie l'Haggadah, car par elle tu connaîtras le Saint — béni soit-Il — et tu suivras ses voies. »

— Roland GOETSCHEL

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Écrit par

  • : professeur des Universités, directeur du département d'études hébraïques et juives de l'université de Strasbourg-II, professeur associé à l'Université libre de Bruxelles

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ABEL

    • Écrit par André PAUL
    • 352 mots

    Selon le Livre de la Genèse, Abel, le berger, était le second fils d'Adam et d'Ève. Il fut tué par son aîné, Caïn, l'agriculteur, son sacrifice ayant été agréé par Dieu et celui de son frère refusé (iv, 1-9). Il semble qu'il ne faille plus retenir l'explication courante...

  • BALAAM

    • Écrit par André PAUL
    • 316 mots

    Héros de plusieurs légendes liées aux vieilles traditions israélites sur l'entrée en Canaan et entremêlées dans les récits bibliques du Livre des Nombres (xxii-xxiv). Originaire des environs de l'Euphrate, Balaam est tantôt devin étranger (Nombres, xxiv, 1), tantôt prophète (Nombres,...

  • HÉBRAÏQUES LANGUE & LITTÉRATURE

    • Écrit par Valentin NIKIPROWETZKY, René Samuel SIRAT
    • 8 474 mots
    • 1 média
    ...dédié au premier congrès sioniste. Les trésors de la littérature classique lui sont restés chers. Avec son ami Y. H. Ravnitsky, il publie le livre de la Haggadah, anthologie des textes allégoriques, de morale, de théologie, du Talmud et du Midrash. De même que Tchernichovski, il a traduit de nombreux classiques....
  • ISMAEL BEN ELISHA (1re moitié IIe s.)

    • Écrit par Michel GAREL
    • 258 mots

    Tanna (docteur juif de la période dite des tannaim) Ismael ben Elisha fut, après la destruction du second Temple, alors qu'il était encore enfant, emmené en captivité à Rome. Il fut racheté par Rabbi Joshua, dont il devint l'élève. Il vécut à Kfar Aziz, au sud d'Hébron. Son collègue le plus proche...

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Voir aussi