DUFAY GUILLAUME

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Guillaume Dufay est l'un des plus grands musiciens français du xve siècle. Familier des cours princières européennes, tant laïques qu'ecclésiastiques, il a dû assimiler les techniques des écoles musicales de France, d'Angleterre et d'Italie, et en réussir la synthèse. Son œuvre, notamment ses messes, a servi de modèle aux générations suivantes. Il est le fondateur de cette école dite « franco-flamande » qui, pendant près de deux siècles (de Dufay à Ockeghem, de Josquin Des Prés à Roland de Lassus), allait porter l'art polyphonique à son apogée.

Guillaume Dufay et Gilles Binchois

Photographie : Guillaume Dufay et Gilles Binchois

Enluminure d'un manuscrit de la fin du XVe siècle, Le Champion des dames, de Martin Le Franc, représentant les compositeurs Guillaume Dufay, près d'un orgue positif, et Gilles Binchois, tenant une harpe. 

Crédits : AKG

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Musicien du pape et des princes

On connaît mal les années de jeunesse de Dufay. On présume qu'il est né vers 1400, à Cambrai ou dans le voisinage de cette ville, peut-être à Fay, village au sud du Cateau-Cambrésis. Le plus ancien document le concernant date de 1409 : il y est fait mention de l'admission d'un certain Willelmus (Guillaume) parmi les enfants de chœur de la maîtrise de la cathédrale de Cambrai. C'est là que le jeune Dufay eut successivement pour maîtres Nicolas Malin, Nicolas Grenon, Richard de Loqueville, tous musiciens au service du très puissant duc de Bourgogne (Cambrai était ville d'obédience bourguignonne). Dufay assista-t-il au concile de Constance, en 1417, dans la suite (une quarantaine de personnes) de Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai ? À Constance étaient réunis les plus grands prélats du temps, accompagnés de leurs musiciens : en marge des travaux du concile, des concerts eurent lieu, ainsi que des représentations de mystères. On imagine le profit qu'aurait pu tirer un jeune musicien de ce contact avec les plus illustres représentants de son art, flamands, anglais, allemands, italiens. Mais sa présence à Constance est hypothétique.

À partir de 1420, on trouve Guillaume Dufay à Rimini, au service de la puissante famille des Malatesta. Deux œuvres se rapportent à cette période en toute certitude ; il s'agit de deux pièces de circonstance, deux épithalames : Resvellies vous et faites chiere lye (Oxford, Bodleian Library, Can. misc. 213), pièce composée à l'occasion du mariage de Carlo Malatesta le Jeune avec Vittoria Colonna, nièce du pape Martin V, et Vasilissa ergo gaude, motet célébrant l'union de Théodore, despote de Morée, fils de l'empereur byzantin Manuel II Paléologue, avec Cléofe de Malatesta.

Ce séjour en Italie paraît avoir été de courte durée, car on retrouve trace de Dufay en France entre l'été 1420 et 1425. D'abord à Paris, en l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, où un certain Guillaume de Fays semble avoir été compromis dans une indélicatesse, dont il fut d'ailleurs innocenté ; la chanson Je me complains piteusement se rapporte sans doute à cet événement. Puis à Laon, de façon épisodique : Dufay y fut vicaire de Saint-Fiacre, puis vicaire de Saint-Jean-Baptiste, dans le diocèse de Laon, et eut un bénéfice en l'église de Nouvion-le-Vineux, près de Laon ; une autre chanson, Adieu ces bons vins de Lannoys, fait écho à ce séjour.

Mais la véritable carrière du musicien commence avec son entrée à la cour pontificale, en 1428. Il était retourné en Italie dès 1427 ; on a pu, en effet, établir sa présence à Bologne à cette date : le cardinal Louis Aleman d'Arles, légat à Bologne, avait demandé pour lui la permission de s'absenter de Cambrai. On pense que Dufay étudia à l'université de Bologne. C'est dans cette ville qu'il rencontra Robert Auclou, curé de Saint-Jacques-de-la-Boucherie à Paris, alors secrétaire du cardinal Louis Aleman. Ce qui permet de dater deux œuvres de Dufay : le motet Rite majorem / Artubus summis (dont le double texte donne en acrostiche les mots « Robertus Auclou curatus Sancti Jacobi ») et la Missa Sancti Jacobi.

De 1428 à 1437, Dufay appartient à la chapelle pontificale et connaît une vie brillante. Cette période est fertile en grands motets de circonstance, qui attestent que le musicien fut mêlé de près aux événements les plus marquants : par exemple, lorsqu'en 1431 Eugène IV accède au pontificat, Dufay écrit un motet isorythmique à cinq parties et à triple texte (Ecclesiae militantis / Sanctorum arbitrium / Bella canunt gentes). En 1433, à l'occasion du traité de paix signé entre le pape et l'empereur d'Allemagne Sigismond, Dufay compose son motet Supremum est mortalibus. Citons aussi le célèbre Nuper rosarum flores, écrit pour la consécration par Eugène IV, le 25 mars 1436, de la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence.

Une interruption, cependant, à ce service pontifical : en 1434, Dufay se rend à la cour de Savoie, auprès d'Amédée VIII (l'antipape Félix V), avec qui il conservera des rapports suivis.

Ordonné prêtre en 1428, sans doute à Bologne, Guillaume Dufay fut nommé chanoine le 12 novembre 1436. Il retourne alors à Cambrai. On sait qu'en 1451 il avait été nommé « chantre illustrissime de monseigneur le duc de Bourgogne » (Philippe le Bon). Mais, malgré quelques apparitions aux fêtes fastueuses du grand-duc d'Occident, il semble que sa situation bourguignonne ait été surtout honorifique. Mentionnons toutefois sa présence au fameux banquet du « Vœu du faisan », à Lille, en 1454, un an après la chute de Byzance, où il fit entendre sa belle Lamentatio Sanctae Matris Ecclesiae Constantinopolitanae. On sait d'autre part que, de 1453 à 1458, il séjourna surtout auprès de Louis de Savoie et de son épouse, Anne de Chypre. La dernière partie de sa vie se passe donc en allées et venues entre Cambrai et la Savoie ou l'Italie. Devenu un grand personnage, il vieillit comme un maître vénéré, comblé d'honneurs et de bénéfices. Le 27 novembre 1474, il s'éteignit à Cambrai.

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Pour citer l’article

Roger BLANCHARD, « DUFAY GUILLAUME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/guillaume-dufay/