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GUERRE

Typologie et fonctions des guerres

Le phénomène sociologique de la guerre est d'autant plus difficile à analyser qu'il se présente sous des aspects extrêmement divers suivant les types de société où il s'observe, suivant les techniques mises en œuvre et les contextes culturels où il se situe. La guerre est faite par l'histoire en même temps qu'elle la crée en partie.

On pourrait remonter au-delà de l'histoire et même au-delà de la condition humaine pour chercher dans la zoologie, la préhistoire et l'ethnologie les plus lointaines manifestations, sinon les principes biologiques, de la guerre. Plus exactement, on constate chez la plupart des vertébrés une conduite combative qui s'y présente comme normale, surtout chez les mâles. Les animaux livrent combat pour prendre ou conserver un objet, notamment une nourriture, pour conquérir une femelle et aussi pour préserver un territoire. Il arrive que les animaux supérieurs se battent par groupes, mais cela est rare, de sorte que la guerre proprement dite, en tant que phénomène social, est une des caractéristiques de l'espèce humaine.

Les racines archaïques

On ignore si les premiers hommes pratiquaient la guerre. Certains outils de l'époque paléolithique pourraient bien avoir été utilisés comme armes dans des combats entre tribus ou entre clans ; mais ce n'est là qu'une hypothèse. Les premières armes dont on puisse affirmer qu'elles eurent cet usage datent de l'âge du bronze, et on a la preuve qu'il y eut des troupes de guerriers dans la civilisation sumérienne.

L'observation des peuples sans écriture vivant actuellement apporte des renseignements plus sûrs au sujet des guerres faites avec des armes relativement rudimentaires (javelots, arcs et flèches, haches de pierre, etc.) et dans le cadre sociologique archaïque des tribus et des clans. On a soutenu, tantôt comme l'a fait notamment Wissler que la guerre est un phénomène universel, tantôt au contraire que les peuples primitifs ne la connaissent pas toujours, tels les Andamanais et les Eskimos. Tout ce que l'ethnographie démontre à ce propos, c'est que la guerre est un phénomène social extrêmement répandu, mais à des degrés divers. Ruth  Benedict a établi une distinction classique entre les cultures dionysiennes, où les vertus guerrières sont exaltées, et les cultures apolliniennes qui ont pour idéal une vie collective pacifique. Mais les Indiens Zuñis, cités comme exemple de cette seconde catégorie, font par leur histoire la preuve que même les tribus les plus apolliniennes ont des dieux de la guerre (peu estimés, il est vrai) et savent prendre les armes pour se dresser contre d'autres tribus qui les menacent. Les peuples nomades sont plus belliqueux, en général, que les agriculteurs sédentaires. Presque partout, la guerre est l'affaire des hommes uniquement. Cependant, on connaît quelques exceptions, par exemple chez les Indiens Apaches où les femmes participaient aux razzias.

Les causes de guerre chez les primitifs sont nombreuses et variées. Les apolliniens, le plus souvent, se contentent de se défendre. Mais les dionysiens font la guerre parfois pour le prestige qu'en retirent les vainqueurs, parce que tout homme chez eux ne vit pleinement que s'il se bat, et parce que les usages rituels peuvent imposer la capture d'ennemis. Les tribus archaïques peuvent aussi recourir à la guerre pour d'autres raisons, comme le pillage, la recherche du butin, des femmes, des esclaves, ou pour la délimitation des terrains de chasse et d'élevage, ou encore pour venger une offense ou pour réparer des torts. Quincy Wright a pensé pouvoir ramener à quatre types les guerres archaïques, en les distinguant suivant qu'elles ont pour motif ou objet la défense, la vengeance, l'acquisition (terres, femmes, esclaves, etc.) ou le maintien de la classe militaire dans la [...]

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Écrit par

  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : auteur de Law in Diplomacy
  • : professeur à l'Institut universitaire de hautes études internationales, Genève
  • : emeritus professor of international law, université de Chicago

Classification

Pour citer cet article

Jean CAZENEUVE, P. E. CORBETT, Victor-Yves GHEBALI et Q. WRIGHT. GUERRE [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Premiers canons - crédits : British Library/ AKG-images

Premiers canons

Destruction de l'aviation égyptienne au début de la guerre de Six Jours - crédits : Central Press/ Getty Images

Destruction de l'aviation égyptienne au début de la guerre de Six Jours

Pacte Briand-Kellogg - crédits : Keystone/ Getty Images

Pacte Briand-Kellogg

Autres références

  • BOUTHOUL GASTON (1896-1980)

    • Écrit par Hervé SAVON
    • 1 271 mots

    Juriste et sociologue, docteur en droit et docteur ès lettres, Gaston Bouthoul aurait pu s'engager dans une carrière universitaire classique qui eût été assurément brillante. Mais ce non-conformiste tranquille a craint d'aliéner ainsi une trop grande part de sa liberté. Entré au barreau (il fut notamment...

  • CALLIGRAMMES, Guillaume Apollinaire - Fiche de lecture

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    ...du recueil, signalée par son titre même, on ne saurait tenir pour secondaires les circonstances de sa rédaction, et, de fait, sa thématique centrale – la guerre – dont Apollinaire donne une vision profondément originale. À sa parution et plus encore dans les années qui ont suivi, Calligrammes n’a...
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    ...Néolithique, quand apparaissent la fortification des villages et la création d’armes ad hoc. Dans les observations ethnographiques, la fréquence de la guerre semble varier suivant les régions et relever souvent de la vendetta, d’autant qu’elle ne met aux prises que quelques dizaines de combattants. En...
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