VICO GIAMBATTISTA (1668-1744)

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La place de Vico est difficile à assigner. Longtemps ignoré ou méconnu, il n'a été réhabilité qu'au prix de bien des équivoques, et ce Jean-Baptiste semble condamné au rôle d'éternel « précurseur ». Précurseur de la philosophie romantique de l'histoire, précurseur de Hegel et du néo-hégélianisme, précurseur de la plupart des courants qui traversent la philosophie et les sciences humaines depuis le début du xixe siècle, il est un peu accablé sous le poids de rapprochements qui masquent plus qu'ils n'éclairent la signification et la portée de son œuvre. L'image romantique de l'isolé génial résiste mal à la patiente lecture des textes, et l'histoire des idées est en train de montrer que la Scienza nuova (« Science nouvelle ») n'est pas un météore apparu brusquement, au début du xviiie siècle. L'humanisme antique et renaissant, mais aussi la nouvelle science galiléenne, la tradition platonicienne et chrétienne, mais aussi l'épicurisme et le gassendisme, se retrouvent dans cette œuvre à l'abord déconcertant et difficile. Mieux situer la pensée de Vico dans son contexte napolitain et européen, loin d'amoindrir son originalité et sa profondeur, permet au contraire de les mesurer plus exactement. En faisant du « monde des nations » l'objet de sa « science nouvelle », Vico ne se contente pas de proposer une « philosophie de l'histoire » parmi d'autres, il instaure entre philosophie et histoire des rapports nouveaux. L'histoire devient philosophique et, surtout, la philosophie devient historique. La pensée contemporaine n'a pas fini de tirer les conséquences de ce principe.

Un homme de lettres napolitain

La Vie de Giambattista Vico écrite par lui-même (1728), plus connue sous le nom d'Autobiographie, qui compte à juste titre parmi les œuvres majeures de la littérature italienne, tire sa beauté et son pathétique du contraste qui existe entre la médiocrité d'une carrière besogneuse et la grandeur d'une pensée qui se cherche et se trouve avec une sorte de nécessité « providentielle ». Né à Naples, fils d'un pauvre libraire, Giambattist [...]


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Écrit par :

  • : maître de conférences honoraire à l'université de Paris-X-Nanterre

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Il n'est pas excessif de prétendre qu'avec Les Principes d'une science nouvelle relative à la nature commune des nations publiés en 1725, puis profondément remaniés en 1730 et 1744, par le Napolitain Giambattista Vico (1668-1774), c'est l'histoire qui fait sa véritable entrée en […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/la-science-nouvelle/#i_2829

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Pour citer l’article

Alain PONS, « VICO GIAMBATTISTA - (1668-1744) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/giambattista-vico/