GENRES DRAMATIQUES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Une distinction première

Cet horizon d'attente est particulièrement prégnant dans les genres dramatiques, en raison de la distinction fondatrice entre la comédie et la tragédie. Dans sa Poétique (env. 340 av. J.-C.), Aristote pose en effet une bipartition entre deux genres, selon le type d'action et de personnages qu'ils imitent. La tragédie représente en effet une action noble, où les personnages sont généralement de haut rang, et la comédie une action vile, où les personnages sont de condition médiocre ou basse. La distinction des deux genres repose aussi sur le mouvement de l'action, qui mène à un dénouement malheureux dans le premier, heureux dans le second. Mais la deuxième partie de la Poétique, qui traitait en propre de la comédie, a disparu, si bien que ce dernier genre souffre depuis lors d'une lacune théorique. Car si les doctes, notamment au xviie siècle, s'attachent à définir la tragédie, ils laissent partiellement dans l'ombre sa sœur comique. Aussi faut-il souvent la déduire par une opposition des deux genres. La tragédie présente ainsi un « péril de vie » et exige « quelque grand intérêt d'État ou quelque passion plus noble et plus mâle que l'amour » (Pierre Corneille, Discours sur le poème dramatique, 1660) tandis que la comédie traite le plus souvent d'un problème matrimonial entre deux jeunes gens ; la tragédie imite des hommes de haute condition, la comédie ceux de condition moyenne ; la tragédie use d'un langage élevé, la comédie utilise le langage courant. Enfin, les effets sur le spectateur diffèrent : la tragédie cherche à « purger les passions » (catharsis) par la terreur et la pitié ; la comédie à réformer les mœurs en les tournant en ridicule. Cette distinction terme à terme entre les deux genres apparaît donc comme fondatrice du système théâtral : elle permet aux dramaturges et aux théoriciens d'établir un dualisme à partir duquel les autres genres pourront trouver leur sens, par [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée de lettres modernes, docteure en lettres modernes et en arts du spectacle

Classification

Autres références

«  GENRES DRAMATIQUES  » est également traité dans :

AUTO SACRAMENTAL

  • Écrit par 
  • Marcel BATAILLON
  •  • 3 126 mots
  •  • 1 média

« Acte » ou « pièce » pour la fête du Saint-Sacrement, l'auto sacramental est une des originalités du théâtre espagnol à son âge d'or. Liée à la réforme interne du catholicisme plutôt qu'à sa lutte contre le protestantisme (la défense de l'orthodoxie contre les sacramentaires n'y a presque aucune place), la floraison du genre illustre bien l'insertion du théâtre dans une vie sociale tout imprégné […] Lire la suite

BEAUMARCHAIS PIERRE-AUGUSTIN CARON DE (1732-1799)

  • Écrit par 
  • Pierre FRANTZ
  •  • 4 175 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une dramaturgie nouvelle »  : […] L'œuvre de Beaumarchais a traversé les siècles. L'œuvre, c'est-à-dire Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro  ; mais des rééditions récentes des Mémoires contre Goezman et des Parades , tout comme les mises en scène de La Mère coupable et de Tarare incitent à moins de sévérité que n'en a témoigné la critique contre ces œuvres mineures. En 1990, on a pu voir représenter au cours de la mê […] Lire la suite

BOULEVARD THÉÂTRE DE

  • Écrit par 
  • Daniel ZERKI
  •  • 5 989 mots

Il y eut les théâtres des boulevards . Tout d'abord au boulevard du Temple, puis, en une constante progression vers l'ouest, du boulevard Saint-Martin à la Madeleine, avec au sud un solide point d'ancrage au Palais-Royal et des têtes de pont lancées vers les boulevards extérieurs (où des théâtres de seconde zone, à Montmartre, à Montparnasse, aux Batignolles, à Grenelle, aux Gobelins, au faubourg […] Lire la suite

COMEDIA, Espagne

  • Écrit par 
  • Charles Vincent AUBRUN
  •  • 2 606 mots

Dans la première moitié du xvi e  siècle, la vie espagnole est toute d'émerveillement devant les mystères de la nature intérieure dévoilée par Pétrarque et les pétrarquistes, et aussi devant les mondes nouveaux révélés par Christophe Colomb et les explorateurs. C'est donc le temps où prédomine la poésie lyrique. Dans la seconde moitié du siècle, les Espagnols tiennent leur vie pour une suite d'ave […] Lire la suite

COMÉDIE

  • Écrit par 
  • Robert ABIRACHED
  •  • 5 416 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'évolution des formes populaires »  : […] En effet, de l'Empire romain au Moyen Âge européen, ce sont les formes populaires du jeu comique qui fleurissent partout, avec une continuité remarquable, au détriment du théâtre écrit. Si, dans les écoles, on a continué à lire Plaute et Térence, voire à composer des comédies latines, la renaissance du théâtre comique va se faire au Moyen Âge à travers la satire, la farce et l'allégorie, c'est-à- […] Lire la suite

COMÉDIE-BALLET

  • Écrit par 
  • Philippe BEAUSSANT
  •  • 736 mots

L'histoire de la comédie-ballet est fort courte : onze ans à peine, 1661-1672. Elle naît, en apparence, par hasard : lors de la fête de Vaux donnée par Fouquet (août 1661), afin de donner aux danseurs le temps de se changer entre les « entrées » du ballet, on intercale celle-ci entre les scènes d'une comédie. Cela s'était fait déjà : mais la nouveauté, due sans doute à l'initiative de Molière, est […] Lire la suite

COMÉDIE DE CAPE ET D'ÉPÉE

  • Écrit par 
  • Bernard CROQUETTE
  •  • 362 mots

Genre dramatique fidèlement adapté de la comedia de capa y espada espagnole qui a connu, de 1640 environ à 1656, une grande vogue en France. Les auteurs français — d'Ouville, l'initiateur du genre ( L'Esprit folet , La Dame suivante ), Scarron ( Jodelet ou le Valet maître , Le Gardien de soy-mesme ), Thomas Corneille ( L'Amour à la mode , Le Geolier de soy-mesme ), Boisrobert ( La Jalouse d'elle […] Lire la suite

COMÉDIE LARMOYANTE

  • Écrit par 
  • Nicole QUENTIN-MAURER
  •  • 128 mots

Genre théâtral du xviii e  siècle, illustré notamment par les quelque quarante pièces en vers de Nivelle de La Chaussée ( Le Préjugé à la mode , 1735 ; Mélanide , 1741 ; L'École des mères , 1744). Ces drames sentimentaux n'avaient pas la prétention d'amuser, mais d'émouvoir et d'attendrir. On y voyait des personnages vertueux appartenant traditionnellement à la bourgeoisie, en proie à des crises d […] Lire la suite

DRAME - Drame bourgeois

  • Écrit par 
  • René POMEAU
  •  • 3 504 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Beaumarchais »  : […] Beaumarchais, dans son Essai sur le genre dramatique sérieux , préface d' Eugénie (1767), reprend l'essentiel de cette poétique. Intérêt « plus pressant », affirme-t-il, celui d'un « malheur domestique », puisqu'un tel événement semble « nous menacer de plus près ». « Que me font à moi, sujet paisible d'un État monarchique du xviii e  siècle, les révolutions d'Athènes et de Rome ? » Bizarrement, l […] Lire la suite

DRAME - Drame romantique

  • Écrit par 
  • Anne UBERSFELD
  •  • 4 631 mots
  •  • 5 médias

Le drame romantique est en fait une forme théâtrale neuve, en rupture brutale avec les œuvres antérieures, et qui s'est cherché des garants essentiels : Shakespeare, la tragédie grecque. Rupture de l' unité classique, ouverture sur le monde et sur l'histoire, refus de la distinction du comique et du tragique, autant d'aspects d'une révolution irréversible. Plus longue et plus profonde en Allemag […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Elsa MARPEAU, « GENRES DRAMATIQUES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/genres-dramatiques/