GAUCHE SOCIALISTE EN FRANCE DEPUIS 1945

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Crise identitaire et difficile reconquête du pouvoir (2002-2012)

Les socialistes se divisent sur l’interprétation de la débâcle de 2002 : accident lié à la division des forces de gauche au premier tour ? Mauvaise campagne du candidat qui, convaincu qu’il serait qualifié au second tour, a osé déclarer que son projet n’était pas « socialiste » ? Désaveu des catégories populaires ? Il est indiscutable que la conversion du PS au libéralisme est indissociable de son décrochage électoral dans les milieux populaires. Le PS est devenu un parti de classes moyennes urbaines, diplômées et libérales sur le plan culturel. Le désarroi identitaire qui découle de ces évolutions (débats sans cesse reconduits autour du « projet » socialiste) s’inscrit dans un contexte plus global. Le nouvel âge du capitalisme mondialisé et financiarisé, la construction européenne sont des défis douloureux pour la social-démocratie, dont l’interventionnisme économique traditionnel s’inscrivait dans le cadre de l’État-nation. En outre, la fin de la guerre froide a fait perdre au socialisme sa position médiane entre le libéralisme de droite et de centre droit, et le communisme. En France, la mutation est d’autant plus problématique que la tradition interventionniste est profondément enracinée dans l’histoire du pays et que la radicalité de la gauche trouve toujours de puissants soutiens électoraux (les deux candidats trotskystes recueillent 10 p. 100 des voix lors du premier tour de 2002). Les dirigeants socialistes peinent à construire une identité politique qui les distingue et un programme alternatif, alors que les champs du politiquement pensable et des possibles politiques se rétrécissent inexorablement.

Le PS est parvenu au pouvoir en 1981 en réalisant l’alliance des classes moyennes et des catégories populaires. Dans les années 1980, l’équation électorale du PS devient plus complexe. La conscience de classe s’est affaiblie dans un monde ouvrier déçu par la « rigueur » socialiste, la lutte des classes a perdu de sa centralité, l’impression d’une « moyennisation » de la société s’est paradoxalement imposée, alors même que les inégalités sociales se creusaient. Quels groupes sociaux le PS cherche-t-il à unifier ? Qui représente-t-il ? La référence aux catégories populaires n’est plus structurante pour lui. Le discours socialiste, désormais centré sur « l’individu », semble flou et de plus en plus étranger aux conflits qui continuent de traverser la société.

À partir des années 1990, les socialistes cherchent à consolider un équilibre idéologique précaire entre efficacité économique et justice sociale, production et redistribution, performance économique et progrès social. Des formules oxymoriques tiennent lieu de synthèse et cherchent à concilier des injonctions contradictoires : le « réalisme de gauche » de Lionel Jospin, « l’ordre juste » de Ségolène Royal, « le redressement dans la justice » ou « le sérieux budgétaire de gauche » de François Hollande. Cet humanisme social mâtiné de redistribution et d’équité, sorte de jauressisme culturel (« la croyance dans l’avènement du socialisme à travers la matrice de la République sociale » selon P. Marlière), se substitue à la culture révolutionnaire du parti – quelques traces en subsistent dans les courants classés à la gauche du parti, ainsi de la « démondialisation » défendue par Arnaud Montebourg à la primaire de 2011. Les socialistes sont également amenés à prendre en compte des sujets habituellement choyés par la droite. En 2007, la tonalité de la campagne de Ségolène Royal en témoigne largement. La candidate cherche à transgresser certains interdits à gauche (elle critique les 35 heures, les enseignants, l’augmentation du SMIC, l’« assistanat », avance plusieurs propositions controversées, telles que l’encadrement militaire des mineurs délinquants…) et s’approprie avec enthousiasme les thèmes de l’identité nationale et de l’insécurité au cœur desquels s’inscrit son slogan de campagne : « L’ordre juste ».

La défaite et la défection de Lionel Jospin en 2002 ont ouvert pour le PS une longue période de crise de leadership, de divisions et de désarroi identitaire. Les luttes idéologiques internes se réorganisent et se polarisent peu à peu autour de l’enjeu européen. La construction européenne pose en effet un problè [...]

Présentation du programme présidentiel de Lionel Jospin, mars 2002

Photographie : Présentation du programme présidentiel de Lionel Jospin, mars 2002

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Crédits : Daniel Simon/ Gamma-Rapho

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François Hollande devant la photo de François Mitterrand, 2006

François Hollande devant la photo de François Mitterrand, 2006
Crédits : Pool Lafargue/ Luyssen/ Gamma-Rapho

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Guy Mollet, 1947

Guy Mollet, 1947
Crédits : Keystone-France/ Gamma-Rapho

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Guy Mollet, 1968

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Crédits : Jacques Haillot/ Apis/ Sygma/ Getty Images

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François Mitterrand, le 21 mai 1981

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Crédits : AFP

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  • : professeur de science politique à l'université de Lille

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Rémi LEFEBVRE, « GAUCHE SOCIALISTE EN FRANCE DEPUIS 1945 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gauche-socialiste-en-france-depuis-1945/